In Memoriam

Tzvetan Todorov (1939-2017)

tzvetan todorovNotre ami Tzvetan Todorov est mort le 7 février.

La mémoire de ce grand intellectuel a été saluée par de nombreux médias, qui ont rappelé son parcours de la Bulgarie communiste à la France ainsi que sa contribution à la culture en tant que sémiologue, essayiste, historien des idées et de l’art. 

Nous lui rendrons l’hommage que nous lui devons pour nos propres raisons, dans la prochaine livraison d’Histoire et Liberté.

Rappelons simplement ici, pour prendre date, pourquoi il était notre ami.

Il était l'un des penseurs et des adversaires les plus intransigeants du totalitarisme, dont il avait éprouvé la réalité dans sa Bulgarie natale, C’est à ce titre qu’il avait participé à nos colloques. Il y défendait la démocratie libérale, "cette voie médiane qu’il faut défendre contre les extrêmes, tout en la critiquant au nom de l’idéal démocratique lui-même"

Il tenait passionnément à ce que la mémoire des totalitarismes serve à se repérer et à agir dans le présent. Son article sur David Rousset paru dans le numéro 43 de notre revue, que nous reproduisons ci-dessous, témoigne de cet engagement contre le déni du totalitarisme communiste dans la  gauche et dans l’extrême gauche.

Ce penseur de la démocratie et du totalitarisme était parvenu à la conclusion que le pire dans l’Histoire naît de la tentation du Bien. C’est d’ailleurs le titre de l’un de ses ouvrages, paru en décembre 2000, Mémoire du mal Tentation du Bien (1)

À titre personnel, je dois ajouter que le livre dans lequel je critique le Manifeste du parti communiste se conclut sur un texte de lui :

"Si nous voulons empêcher que recommencent les désastres du passé, nous devons nous pencher sur les auteurs de ces crimes : pourquoi ont-ils agi ainsi ? Quel est le mécanisme qui engendre l’horreur ? Avant, comme après son engagement politique, Duch est un être ordinaire, une personne attentive aux autres, appliquée dans son travail, intelligente. Pendant sa période Khmer rouge, il commet des crimes inouïs, présidant aux tortures et aux exécutions d’au moins 12 500 personnes. Son passage de l’un à l’autre état s’explique moins par son passé personnel que par son rapport à l’histoire collective : la monstruosité ne provient pas de l’individu. La force qui meut le régime est l’idéologie communiste, poussée ici au paroxysme et soutenue par la force armée (elle ne sera nullement mise en cause par le tribunal, qui ne juge que des individus). Les dirigeants Khmers rouges se réclament de Marx, Lénine et Mao, des communistes en France – où plusieurs d’entre eux ont étudié. Le but est de créer un homme nouveau et une société nouvelle."

"Quel est le régime politique le plus inhumain ?" se demande Rithy Panh, et il répond : celui qui décide quel doit être le bien de l’homme, et l’impose à tous". (2)

(1) Tzvetan Todorov, Mémoire du mal. Tentation du bien. Enquête sur le siècle. Robert Laffont.
(2) Tzvetan Todorov, in Books, magazine, numéro 31, mars 2012.

retrouver l'article"Le Procès de David Rousset et sa signification"qu'il avait publié dans le numéro 43 de notre revue Histoire & Liberté