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Ultragauche : le retour des 10 de Tarnac

Chronique du 8 juillet 2019

Dans L'Opinion, Emmanuelle Ducros  relate les menaces et insultes d’un groupe d’ultragauche ont émaillé les réunions de préparation de l’événement qui devait accueillir jusqu'à 50 000 personnes à la fin de l’été. Les organisateurs ont été contraints à renoncer. Voici "comment Julien Coupat a saboté un festival écologique et décroissant dans la Creuse":

Maxime de Rostolan s’est fait un nom en développant le concept des "fermes d’avenir". Une manière de pratiquer l’agriculture à petite échelle et de promouvoir des circuits de proximité. Pas forcément la réponse idéale aux grandes questions mondiales sur l’alimentation, mais on peut lui reconnaître une démarche sincère et engagée. D’ailleurs, il a décidé il y a quelques mois se convertir son expérience en mouvement associatif politique : La Bascule. Le but ? Pousser des citoyens à s’engager politiquement et de façon optimiste pour les municipales et favoriser la transition écologique. Les principes de base sont décroissants, à l’image de ceux de Maxime de Rostolan, qui promeut un mode de vie frugal, et surfent sur la vague des marches pour le climat et du procès de "l’Affaire du siècle".

Cette association avait décidé de faire le point au cours d’un festival, le dernier week-end d’août. Tout était prêt. La Bascule avait trouvé un terrain d’accueil, celui d’un éleveur bio du plateau de Millevaches, sur la commune de Pigerolles. Elle avait rassemblé des personnalités pour venir l’animer, imaginé un programme de débats et d’ateliers. Le réalisateur Cyril Dion, auteur du documentaire à succès Demain en faisait partie, et les noms des chanteurs -M- et Manu Chao circulaient. Le député LREM de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau, avait même pris son téléphone pour faciliter le travail avec la préfecture. "50 000 personnes sur le plateau de Millevaches, dans un des départements les moins peuplés de France, une bonne idée", explique-t-il.

"Oui, c’est une menace". Mais La Bascule est tombée sur un os. Lundi soir, alors que le collectif organisait une réunion publique à la salle des fêtes de Faux-la-Montagne, un groupe d’opposants au projet, venus de Creuse et de Corrèze – et notamment du village de Tarnac – a fait irruption. Ce fut brutal. Des journalistes du quotidien La Montagne étaient là, ainsi qu’un reporter de France Bleu Creuse étaient là et en témoignent. "On était à la limite du mauvais geste", écrit Romain Conversin, le journaliste du quotidien régional. [lire son reportage sur le site de La Montagne de Clermont-Ferrand : "Pourquoi le festival l'An Zéro n'aura finalement pas lieu à Gentioux (Creuse) fin août ?"] Il rapporte les insultes et les menaces qui fusent. "Vous n’êtes pas les bienvenus ! Ce n’est pas assez clair ? Cassez-vous ! Cassez-vous !" ou encore "Juste pour être très clair : vous avez le temps d’annuler. Nous, on ne vous demande pas d’annuler. On vous dit : c’est annulé. On a décidé d’annuler. Oui, c’est une menace."

Les auteurs de ces propos ? Quelques habitants du plateau qui regrettent, pour certains, de n’avoir pas été consultés plus tôt et qui, pour d’autres, reprochent au festival d’être "un produit d’En Marche", incompatible avec une idéologie écologique (des graffitis en ce sens avaient d’ailleurs fleuri à Faux-la-Montagne, et qu’importe que les noms de François Ruffin, député insoumis, ou Priscillia Ludosky des Gilets jaunes, aient été évoqués parmi les invités). Mais aussi des visages connus, comme celui de Julien Coupat, leader de ce que l’on appela les "Neuf de Tarnac". On le voit, sur les photos de La Montagne, invectiver les organisateurs. Dans son entourage, des ex-zadistes de Notre-Dame-des-Landes qui occupent illégalement des yourtes sur le plateau. On les surnomme dans la région "les Indiens du plateau".

"L’Humanité ne sera vraiment libre que quand le dernier possédant aura été pendu avec les tripes du dernier start-uper".

L’organisateur est outré, "triste que notre monde soit à ce point déchiré". "Nos intervenants comme (...) Pablo Servigne, Cédric Herrou, Nicolas Hulot, Guillaume Meurice, Julien Bayou sont visiblement perçus comme pas suffisamment purs et trop conciliants avec le système en place". Il raconte : " Les jeunes qui venaient dialoguer se sont fait insulter, menacer, violenter. Ils sont ressortis choqués de cet échange qui n’en fut pas un. Une quinzaine d’enragés ont affirmé fermement leur autorité et assuré qu’ils s’emploieraient à saboter l’événement s’il avait lieu, suivi sur le fond plus que sur la forme par d’autres villageois", raconte Maxime de Rostolan sur sa page Facebook. Il déplore que des médias "libertaires qui n’accordent aucun droit de réponse" soient entrés en guerre contre le projet pour ce qu’il incarne. Dans un des fanzines hostiles au festival, on peut lire : "L’Humanité ne sera vraiment libre que quand le dernier possédant aura été pendu avec les tripes du dernier start-uper".

Seuls propriétaires. Triste fin : La Bascule renonce à organiser son festival qui visait à "creuser de belles idées" sur le plateau de Millevaches. Il cherche une autre terre d’accueil.

"La dérive totalitaire de l’ultra-gauche du plateau de Millevaches est inquiétante. Persuadés de détenir seuls la vérité, ils s’opposent à toute autre organisation qui viendrait empiéter sur leur fonds de commerce, se navre le député Jean-Baptiste Moreau, le seul du département. Je connais bien Maxime de Rostolan. Il est loin d’être un macroniste. La Bascule nous tape dessus souvent. Pour autant, l’ultra gauche du plateau, dont la plupart des représentants occupent des propriétés de façon totalement illégale, rêve d’une société totalitaire qui nie toute démocratie. Menace de morts, intimidation, violences… Ils sont anti-société de consommation, anti-propriété, mais se jugent seuls propriétaires du plateau et de son esprit."

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