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le front de l’Etat islamique dans le Grand Sahel5 juillet - Niger : le groupe État islamique dans le grand Sahara

Le groupe État islamique a revendiqué le 3 juillet l'attaque de camp d'Inates, à la frontière avec le Mali, qui a coûté la vie à 18 soldats nigériens l'avant-veille 1er juiller, a rapporté l'organisme américain de surveillance des mouvements extrémistes SITE. "Les soldats du califat ont attaqué la base militaire d'Inates il y a deux jours", déclare un communiqué qui parle de dizaines de morts et de blessés au sein des troupes nigériennes, rapporte SITE, citant le groupe ISWAP, État islamique en Afrique de l'Ouest, dans lequel s'est récemment fondu l'État islamique dans le grand Sahara (EIGS), selon des experts de la mouvance islamiste. Une source sécuritaire attribue l'attaque à l'EIGS, actif dans ce secteur dans les derniers mois, dont la fusion avec l'ISWAP est récente. Selon le message de l'ISWAP, deux kamikazes se sont faits "exploser à l'intérieur de la base". "Après, les combattants ont attaqué le périmètre", selon le texte qui parle d'une bataille de "plusieurs heures". L'ISWAP assure encore que ses combattants ont fait fuir les soldats, se sont "emparés d'armes" et sont "retournés sains et saufs dans leurs positions".

Cette première attaque d'une base de l'armée a "commencé par l'explosion de deux véhicules kamikazes à l'entrée du camp suivie des tirs des terroristes venus à motos. La riposte avec l'appui aérien des partenaires (français et américain) a permis de mettre l'ennemi en déroute hors de nos frontières", avait expliqué le ministère de la Défense le 2 juillet.

C'est dans cette même zone que 18 combattants de l'EIGS ont été tués lors d'une opération conjointe des forces armées nigériennes, françaises et américaines menée du 8 au 18 juin dans l'ouest du Niger.

L'opération conjointe s'était déroulée dans la région frontalière nord de Tongo Tongo où est actif un groupe de l'EIGS impliqué dans une embuscade qui avait coûté la vie à 28 soldats nigériens le 14 mai.

En octobre 2017, l'EIGS avait revendiqué une attaque qui avait coûté la vie à 4 soldats américains et 5 militaires nigériens dans la zone de Tongo Tongo, située dans la région de Tillabéri (ouest), à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Mali. Cette attaque survient au moment où Niamey accueille cette semaine, du 4 au 8 juillet, un sommet de l'Union africaine qui doit réunir une cinquantaine de chefs d'État. La capitale nigérienne, déjà habituellement fortement militarisée, fait l'objet d'un déploiement important de forces de sécurité en vue de cet événement que les autorités considèrent comme important pour l'image du pays.

Pays très pauvre, le Niger, comme ses voisins sahéliens, le Mali et le Burkina, fait face à des attaques récurrentes des groupes jihadistes dans l'Ouest. Le Niger est aussi confronté aux raids du groupe islamiste nigérian Boko Haram dans le Sud-Est.

Selon Newsweek, l'attaque, début octobre 2017 au Niger, qui avait provoqué la mort de quatre soldats américains, serait l'oeuvre de cette nouvelle organisation terroriste dans la région que dirige un certain Adnan Abu Walid al-Sahraoui, un dissident d'Al-Mourabitoun affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Sahraoui commande ainsi depuis quatre ans ce petit bataillon de combattants qui a prêté allégeance au groupe islamiste (ISIS) en mai 2015.

abu al walid al sahrawiLe ministre de l’intérieur nigérien, Mohamed Bazoum, considère que l'EIGS est formé de jeunes Nigériens embrigadés au cours de l’année 2012 par le Mujao Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest. Ces jeunes ont été démobilisés au lendemain de l’opération Serval de l'armée française dans le Nord du Mali, mais ont repris leurs activités sous la férule de certain Abu Walid al-Sahraoui ancien dirigeant du Mujaot né au Sahara occidental et qui a passé son enfance dans des camps de réfugiés dans le sud de l'Algérie. Ce serait les mêmes hommes qui auraient formé Al-Mourabitoun ("Les Sentinelles"), dirigé par Mokhtar Belmokhtar, responsable notamment de l’attaque de l'hôtel Radisson Blue dans la capitale du Mali, Bamako, en novembre 2015, au cours de laquelle 20 personnes ont été tuées. Saharaoui a quitté Mokhtar Belmokhtar pour Daech. Avant les combats qui ont couté la vie aux 4 soldats américains et 5 Nigériens, le groupe dirigé par Al-Sahraoui s’était fait remarquer lors d’une opération militaire en février 2017 au Niger, à Tiwa, qui avait coûté la vie a une douzaine au moins de soldats nigériens.

Au Sahel, les Etats-Unis "aident les partenaires en Afrique de l'Ouest et du Nord à accroître leurs capacités immédiates et à long terme pour faire face aux menaces terroristes et empêcher la propagation de l'extrémisme violent", selon le département d'Etat. Selon une analyse du général Joseph Dunford, chef d'État major des armées américaines, en effet la guerre est en train de se déplacer du Proche-Orient vers l'Afrique.

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