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christofias28 juin - Chypre : la disparition du communiste Christofias

Né en 1946, il aura été Président de la république de Chypre de février 2008 à février 2013. Pendant toute cette période il fut le seul dirigeant communiste au sein de l'Union européenne.

Il avait été élu, n'ayant obtenu que 33 % des voix au premier tour, du fait de la division profonde entre ses adversaires. Son prédécesseur, le nationaliste Tassos Papadopoulos (1934-2008), mourut en décembre de la même année.

Il eut pour successeur le conservateur Nikos Anastasiadis encore en poste aujourd'hui, ayant été réélu en 2018.

Russophone, il était diplômé de l'Institut des sciences sociales de Moscou. Il professait officiellement l'athéisme, chose assez rare chez ses compatriotes. Il avait été pendant 20 ans secrétaire général du parti communiste AKEL de 1988 à 2009. Ce parti avait pendant longtemps obtenu les scores électoraux les plus élevés de l'Europe non-communiste, entretenant des liens étroits avec ses camarades du Proche-Orient ainsi qu'avec le KKE parti communiste grec dit de l'extérieur, c'est-à-dire d'obédience strictement moscovite.

Son mandat de 5 ans s'est achevé dans une déroute financière d'autant plus totale qu'au moment de l'adhésion de la République de Chypre celle-ci était considérée comme une bonne élève de l'Union européenne. Christofias disparut de la scène politique après 2013.

Il a été largement tenu pour responsable de la crise financière qui a touché le pays en 2012 et a conduit l'île à solliciter en 2013 un plan de sauvetage auprès de bailleurs internationaux. Sa cote de popularité s'était alors effondrée.

C'est aussi sous sa présidence que 13 personnes sont mortes dans l'explosion en 2011 d'une cargaison d'armes iraniennes à destination de la Syrie saisie en 2009 sur la base navale de Mari, dans le sud de l'île. L'explosion avait aussi détruit la principale centrale électrique de l'île.

Une enquête publique menée peu après le drame avait démontré la responsabilité de Dimitri Christofias, qui avait insisté pour que la cargaison reste à Chypre afin de maintenir ses liens avec la Syrie et l'Iran, mais son immunité présidentielle lui a évité les poursuites pénales.

Plusieurs partenaires de M. Christofias au sein de sa coalition avaient alors quitté le gouvernement.

L'Humanité du 24 juin dressait ainsi son panégyrique : "Au pouvoir de 2008 à 2013, il entreprend un dégel entre le sud du pays et le nord occupé par la Turquie. Si ses efforts n’ont pas abouti à une réunification, des progrès concrets ont été enregistrés : possibilité pour les ambulances et les travailleurs de traverser la ligne verte, reprise des échanges. Cela a permis un décollage de l’économie qui bénéficia tant aux Chypriotes turcs qu’aux Chypriotes grecs."

"Au début de son mandat, Christofias a augmenté le salaire minimum et les pensions. Une politique qui s’est achevée quand les banques chypriotes se sont effondrées à la suite de la crise grecque, en 2012. L’Union européenne n’accepte alors d’accorder un plan d’aide qu’au prix de l’austérité, raison pour laquelle il ne fut jamais signé par Dimitri Christofias. Ce dernier tenta de limiter la casse en obtenant de Moscou un prêt de 2,5 milliards d’euros. Il s’opposa vigoureusement aux privatisations exigées par Berlin."

Dans l'Histoire du communisme il est pratiquement le seul cas d'un apparatchik à avoir pris le pouvoir à la suite d'une élection démocratique et le seul à avoir été contraint de le quitter après une défaite électorale. Mais ce double mérite ne semble pas avoir enthousiasmé l'Huma.

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