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la manifestation du 16 juin17 juin - Hong Kong se bat pour sa liberté

Une immense foule protestataire s'est encore rassemblée ce 16 juin à Hong Kong. La colère était palpable après des affrontements violents entre manifestants et policiers.

Les organisateurs entendent maintenir la pression sur Carrie Lam, la chef de l’exécutif hongkongais,. Or, la veille 15 juin, elle avait annoncé la suspension sans délai du texte prévoyant des extraditions vers la Chine, projet qui avait mis l'ancienne colonie britannique en ébullition. Carrie Lam paraît désormais plus isolée que jamais après une semaine de mobilisation massive des multiples détracteurs du texte d’abord soutenu par Pékin.

Le South China Morning Post révélait dans la matinée du 15 que les responsables chinois du suivi des affaires de Hong Kong avaient tenu une réunion discrète à Shenzhen, consacrée à l’opportunité du passage en force de cette loi.

À 12 h 46, l'AFP informait que Pékin a déclaré "soutenir" la décision des autorités de Hong Kong de suspendre un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine, qui suscite une vaste opposition dans l'ex-colonie britannique. "Nous soutenons, respectons et comprenons cette décision" annoncée plus tôt dans la journée par la cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, dans un communiqué. Cette suspension vise à "écouter plus largement" les diverses opinions sur ce projet et "restaurer le calme au plus vite" dans le territoire, a ajouté le responsable chinois.

De leur côté, les organisateurs de la nouvelle marche populaire d’opposition au projet de loi, avaient cependant maintenu le rassemblement, selon le même format que la marche qui a réuni plus d’un million de personnes, dimanche 9 juin. « Nous devons dire au gouvernement que le peuple de Hong Kong continuera de manifester tant que nous ne verrons pas un retrait du projet", a déclaré à la presse Jimmy Sham, du Civil Human Rights Front. Un appel à la grève générale avait par ailleurs été lancé pour lundi.

"La ville entière retient son souffle, résumait encore, samedi matin 15, Jason Ng, du Groupe des avocats progressistes. Si Carrie Lam repousse indéfiniment l’examen du projet de loi, c’est une chose, mais si elle annonce un processus de consultation élargi et un report de l’examen à la rentrée, rien n’indique que les opposants s’en satisferont."

Selon d’autres sources, dont le journal prochinois Sing Tao, Mme Lam, en poste depuis à peine deux ans, a enchaîné, avant de prendre sa décision, les réunions tant avec ses conseillers, les députés de la majorité pro Pékin, qu’avec les représentants chinois à Hong Kong.

Correspondante du Monde à Hong Kong, Florence de Changy souligne ce qu'elle appelle le "silence éloquent du camp pro Pékin" : "Depuis quelques jours, écrit-elle, le silence assourdissant du camp pro Pékin, qui n’a pas soutenu Mme Lam dans la tourmente, et qui avait été le premier à émettre des réserves sur cette loi, ainsi que des rumeurs de dissensions au sein du Conseil exécutif, laissait penser que le vent était en train de tourner. Vendredi [14 juin], les langues ont commencé à se délier. Le député pro Pékin James Tien a été le premier à se désolidariser publiquement de Carrie Lam, s’étonnant de son acharnement. 'Je ne comprends pas pourquoi elle y tient tant que cela', a-t-il déclaré à la presse, soulignant les conséquences politiques qu’aurait forcément un tel affront à la population de Hong Kong. Car deux échéances électorales importantes approchent, avec, en fin d’année, des élections locales (de districts) et des élections législatives l’an prochain. 'Comment Hong Kong pourra-t-elle être gouvernée si nous perdons la majorité au Parlement ?', s’est-il inquiété. Malgré un mode de scrutin favorable au camp pro Pékin, la majorité ne lui est pas garantie, en cas de victoire massive du camp prodémocratie."

Le 12 juin, Hong Kong avait connu les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, quand des dizaines de milliers de personnes avaient été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

"Police de Hong Kong, tu dois nous protéger, pas nous tirer dessus", pouvait-on lire sur une banderole. Des manifestants brandissaient les photos des affrontements. "Retirez la loi maléfique !", scandaient à nouveau le 16, les protestataires vêtus de noir. Le défilé part d'un parc de l'île de Hong Kong pour gagner le Conseil législatif (LegCo, Parlement), au cœur de la ville. Il s'agit du même parcours que celui emprunté par une manifestation record organisée il y a une semaine et qui a réuni un million de personnes pour sept millions d'habitants, selon les organisateurs.

carrie lamEn effet Mme Lam ne s'est pas engagée à remiser définitivement son texte. Les protestataires réclament en conséquence l'abandon du projet, la démission de la chef du gouvernement ainsi que des excuses pour les violences policières. "Cette suspension signifie que le projet pourra être réactivé à n'importe quel moment", déclare le militant Lee Cheuk-yan.

Le projet de loi placerait la population de l'ancienne colonie britannique à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d'affaires craignent que la réforme nuise à l'image internationale et l'attractivité du centre financier. "La réaction de Carrie Lam n'était pas sincère, c'est pour cela que je manifeste aujourd'hui", explique Terence Shek, 39 ans, venu avec ses enfants.

Près de 80 personnes, dont 22 policiers, avaient été blessées le 11. Le 15, un homme est mort en tombant du toit d'un luxueux centre commercial du centre-ville, d'où il tenait depuis plusieurs heures une banderole: "Retirez complètement la loi d'extradition chinoise. Nous ne sommes pas des émeutiers. Libérez les étudiants et les blessés".

Les gens formaient d'immenses files d'attente pour déposer des bouquets de fleurs et des grues en origami sur les lieux du drame ainsi que des messages d'hommage au défunt. Malgré le recul gouvernemental, la foule ne décolère pas.

L'opposition au projet de loi est très large, mobilisant, d'après l'AFP, aux côtés de la population, des avocats, des organisations juridiques influentes, des capitaines d'industrie, des chambres de commerce, des journalistes, des militants, des religieux et des diplomates occidentaux.

En vertu du principe "un pays, deux systèmes", l'ancienne colonie britannique jouit de libertés inconnues en Chine, théoriquement jusqu'en 2047.