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MartinezCGT : la réélection à 90,6 % d'un apparatchik

Chronique du 24 mai 2019

En conclusion de son 52e congrès, le 17 mai la vieille confédération déclinante a entériné la reconduction pour un nouveau mandat de son secrétaire général Philippe Martinez. Il occupe ce poste depuis 2015.

Le bureau confédéral, comprend désormais Philippe Martinez, Fabrice Angéi, Angeline Barth, Pascal Bouvier, Virginie Gensel Imbrecht, David Gistau, Véronique Martin, Catherine Perret, Boris Plazzi, Nathalie Verdeil, Céline Verzeletti et David Dugué.

L'annonce de la réélection de Philippe Martinez a suscité une standing ovation dans la salle, suivie de quelques "tous ensemble ! tous ensemble !" alors que ce congrès a été marqué par le doute et un certain manque d'entrain.

Le camarade Martinez monta à la tribune après la proclamation de son élection et osa saluer les "débats vifs, animés, parfois musclés". "Rassemblons nous, a-t-il fait semblant de conclure par une envolée, gilets rouges, gilets jaunes mais aussi ceux qui n'ont aucun gilet et ils restent malheureusement les plus nombreux !"

La question des gilets jaunes a plané toute la semaine sur le Palais des congrès de Dijon. L'ambiguïté des vieux staliniens face à ce mouvement spontanéiste, protéiforme, développé grâce aux réseaux sociaux a crispé bien des adhérents du syndicat. Ceux-ci observent que, contrairement à la CGT qui a multiplié les échecs dans ses tentatives de mobilisation de 2017 et 2018, les gilets jaunes ont arraché quelques concessions substantielles au gouvernement.

À cela s'est ajoutée la rétrogradation de la CGT à la deuxième place, fin 2018, derrière la CFDT, et au fait que ces dernières années grèves et manifestations n'ont pas entraîné le retrait de réformes décriées, comme la loi travail, les ordonnances Macron, les réformes de la SNCF ou de la fonction publique.

Au sein de la CGT, l'opposition intérieure est venus des syndicats minoritaires, porteurs d'un contre-projet plus contestataire, estimant que Martinez ne l'est pas assez.

Outre la stratégie, certains militants ont reproché à leur direction un manque d'enthousiasme.

En ouvrant le congrès, Philippe Martinez a théorisé l'idée que la CGT devrait "donner plus de place" aux jeunes, aux femmes, aux précaires, mais aussi aux auto-entrepreneurs et travailleurs des plateformes.

le 7 mai, il avait dû reconnaître l'hémorragie d'adhérents frappant la centrale : inquiète le chef de file, Philippe Martinez : "Nous sommes, avait-il déclaré, un vrai panier percé ; 30 000 à 35 000 adhérents nous rejoignent tous les ans, c'est beaucoup, et malgré cela, nous en recensons au total de moins en moins"

La confédération a enregistré, rappelons-le une chute spectaculaire de 40 000 adhérents depuis 2012 : le nombre global des encartés est passé de 664 350 en 2016 à 653 222 en 2017.

Faire signer de nouveaux adhérents dans des bus estampillés CGT : telle est l'idée choc de la direction cégétiste pour se réimplanter dans les territoires.

Elle entreprendra donc un tour de France, sans se soucier des réseaux sociaux qui ont pourtant assuré le succès des gilets jaunes.

Une forte contestation interne s'est manifestée sur la gauche de la CGT, de plus en plus contaminée par son voisinage avec SUD-Solidaires, ainsi soulignée par le site du NPA : "Faute de droit d'organisation dans les débats, les oppositions à la ligne confédérale affleurent sur des thèmes et surtout des ambiances différenciées. Globalement, les interventions combatives, radicales, voir critiques sont plébiscitées à l'applaudimètre. La sélection, au travers du mode de mandatement des délégués avec le choix de 80 % de 'primo-délégués', produit un déroulement sensible à l'ambiance du moment, mais aussi à une (re)prise en main par les responsables de délégations lors des votes sensibles. Ainsi, si l'amendement proposant l'ajout de la Fédération syndicale mondiale (FSM), à la suite de la CES et de la CSI, comme organisations avec lesquelles la CGT doit 'rechercher constamment l'échange et l’unité',a été adopté sans que les résultats exacts soient connus, l’ensemble des résolutions ont été adoptées avec environ 70 % de voix (60 % en prenant en compte les abstentions)."

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