logo ihs

Les arbres de KourapatyBiélorussie : réhabilitation de Staline

Chronique du 29 avril 2019

Le 13 avril Vatican News faisait état de la Consternation en Biélorussie face à la destruction des croix de Kourapaty. Il y a quelques jours, souligne l'article, des bulldozers envoyés par les autorités se sont employés à arracher les 70 croix de Kourapaty, lieu symbole de la répression stalinienne  

C'est dans ce lieu symbolique près de Minsk, la capitale, que sont enterrées des dizaines de milliers de victimes du régime soviétique. Les Églises catholique et orthodoxe ont fermement condamné cette décision du gouvernement Loukachenko. La consternation est unanime, surtout au regard du calendrier: détruire des croix, en plein Carême, alors que les chrétiens regardent justement vers la croix du Christ, symbole de Salut et d’espérance.

Cette décision attriste tant les orthodoxes que les catholiques qui affirment ne pas avoir été consultés au préalable. Selon les évêques, ce geste démontre l’indifférence des autorités face à la tragédie des meurtres de masse, dont Kourapaty, un des nombreux Golgotha du monde contemporain, est devenu le symbole.

Ce bois proche de Minsk fut en effet le lieu d’exécution de dizaines de milliers de Biélorusses, parmi lesquels de nombreux chrétiens. Ces massacres perpétrés par le régime soviétique entre 1937 et 1941, à l’acmé de la terreur stalinienne.  Découvert en 1988, il est vite devenu un lieu de pèlerinage et de prière. Au fil des ans, de nombreuses croix de bois ont ainsi été érigées en mémoire des victimes.

De nouvelles ont été installées l’année dernière, par des opposants au président Loukachenko. Cette initiative a poussé les autorités à sévir, prétextant de l’illégalité de ces croix. Catholiques et orthodoxes tentent donc aujourd’hui de clarifier les choses: ces croix ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques, rappellent-ils: elles sont un mémorial spirituel pour ces milliers de personnes victimes d’un régime «qui a lutté contre Dieu».

Kourapaty, précise la chronique Le Blog de Gilles est un lieu dans la banlieue de Minsk, capitale du Bélarus, où les agents du NKVD soviétique (Narodniï Komissariat Vnoutrennikh Diel ou Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) ont assassiné des milliers de civils, biélorusses et autres, entre 1937 et 1941.

Les charniers de Kourapaty ont été découverts et la vérité n'a été connue qu'en 1988, quand Zianon Pazniak (plus tard fondateur du Front Populaire Bélarusse) et Yauhen Šmyhaliou ont publié un article"Kourapaty – la route de la mort". Cela déclencha les premières manifestations de masse anti-soviétique dans la Biélorussie moderne.

Si les premières autorités du Bélarus indépendant ont attribué le statut de site de mémoire à Kourapaty, l'affaire reste sujette à controverses. Il faut dire que les autorités bélarusses actuelles rechignent à évoquer les répressions staliniennes, le Grande Terreur n'est pas traitée dans les livres scolaires et les historiens n'ont pas accès à la totalité des archives. On ne connaît même pas le nombre exact des victimes, que les historiens estiment entre 40 000 et 250 000 ! Le périmètre de la zone n'est même pas clairement délimité. Dans la"grande tradition soviétique" (cf . Le massacre de  Katyń en 1940), on a essayé en 1994 de mettre le massacre sur le dos des Allemands.

Les premiers incidents avaient déjà éclaté de septembre 2001 à juin 2002 quand des activistes de l'opposition avaient campé sur le site pendant 8 mois pour s'opposer à la construction d'une voie express qui aurait traversé le site en plein milieu. C'est à cette époque qu'ils avaient érigé des croix pour délimiter le site.

En 2009, des tombes de victimes du NKVD avaient été vandalisées.

En 2012, les autorités de Minsk approuvèrent la construction d'un centre de loisir dans la zone protégée. Devant les protestations, le Ministre de la Culture ….. déplaça les limites de la zone protégée, au grand dam des historiens et de la société civile. La construction a été achevée en 2015 mais demeure fermée.

En février 2017, c'est la construction d'un business center qui a remis le feu aux poudres. Cette fois, la protestation a pris un tour nettement plus politique, clairement anti-Loukachenko, le Malady Front (Front de la Jeunesse) recevant le soutien, outre des résidents locaux et de groupes de la société civile, des Chrétiens Démocrates, du Parti Civil Uni et du mouvement"Pour la Liberté".

Ce 4 avril 2019, la police a bouclé le périmètre de Kourapaty, et des ouvriers forestiers ont commencé l'enlèvement des croix qui avaient été mises en 2001-2002. Il faut dire que le mois dernier, Loukachenko s'était plaint (pour quelle raison?) de la présence de ces croix. 15 manifestants qui tentaient de s'opposer à l'enlèvement des croix ont été arrêtés.

On en est là pour l'instant. Nul doute que les forces de l'ordre de cet État policier sauront garder la situation en main. Et ce n'est pas une surprise que l'autocrate de Minsk, à l'instar de son mentor du Kremlin, fasse preuve d'un tropisme notoire pour le dictateur Staline. Car, dans le même temps, on fleurit le"petit père des peuples" à 15 km de Kourapaty.

(...) Lire aussi : "Belarus : qui en veut au site de mémoire de Kourapaty ?"

→ Recevoir nos mises à jourRevenir au fil de nos chroniques

Tweet