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Liao YiwuLiao Yiwu : 30 ans après Tiananmen

Chronique du 17 avril 2019

Trente ans après Tiananmen, le dissident chinois Liao Yiwu rend hommage aux sans-voix du printemps démocratique que Xi Jinping voudrait éradiquer [sur le site de Libération sous le titre "Liao Yiwu , anti-Xistème"].

Comme l’image est trompeuse. Dans sa veste Mao sombre et repassée, il apparaît en sage posé, les mains soignées et souvent jointes derrière la tasse de thé. Le crâne est rond, large et luisant, si peu velouté. La fraîcheur printanière d’une cour parisienne bordée de bambous l’installerait presque dans le décor d’un temple pour bonze zen et lisse. Tout à l’heure, sa fille de 4 ans viendra escalader ses cuisses pour le câlin du matin. Et le regard de Liao Yiwu s’illuminera, s’échappera. Avant que les deux billes d’encre reviennent en vigie scruter l’interlocuteur. Un critique littéraire allemand a croqué le regard de Liao Yiwu, l’une des voix touche-à-tout les plus éreintantes et bousculantes de la dissidence chinoise :"On dirait qu’un de ses yeux pleure et que l’autre rit et se moque de ces larmes."

Ce matin, le rire n’est guère de mise chez "cet ancien écorché vif, jadis grenade dégoupillée", comme le campe Marie Holzman, son amie et sa traductrice. Après une enfance en errance, trente ans de dissidence, dont quatre de camps et huit d’exil en Allemagne, Liao Yiwu est à Paris pour la publication de Des balles et de l’opium.Dans ce long récit de déambulations et de témoignages dans les contre-allées de l’histoire chinoise, en "travailleur du souvenir", il donne la parole aux sans-grade, aux sans-voix. Et redonne vie à la révolution citoyenne de Tiananmen écrasée dans le sang le 4 juin 1989, comme il l’avait évoquée dans le Grand Massacre,un poème lyrique et terriblement prémonitoire qui lui vaudra les geôles entre 1990 et 1994. "Pour rappeler que des gens ordinaires, parfois des brigands, des bons à rien n’ont pas fait ça pour rien. Pour qu’ils ne finissent pas dans les oubliettes de l’histoire."

Cette commémoration est l’occasion d’un rappel historique aux autorités françaises qui craignent bien trop souvent qu’un chouia d’engagement nuise aux investissements. "La France a soutenu ce mouvement, elle a été un pays d’accueil chaleureux pour les dissidents, se souvient Liao Yiwu. Trente ans plus tard, Macron a accueilli le meurtrier Xi Jinping qui a laissé mourir en prison mon ami Liu Xiaobo [prix Nobel de la paix, ndlr]. Car les dirigeants chinois sont des meurtriers à la tête d’un empire colonisateur et paranoïaque qui lave le cerveau des Chinois."

Liao Yiwu loue au contraire la chancelière allemande pour sa clairvoyance et sa "connaissance de l’histoire". "Angela Merkel ne demande pas que la Chine devienne démocratique du jour au lendemain, mais elle a trouvé un équilibre pour faire du business et, à la fois, dire leurs quatre vérités aux Chinois sur les questions morales."Et Merkel a joint le geste à la parole. A cinq reprises, elle a rencontré Liao Yiwu, a trinqué avec lui, a lu et a recommandé ses livres. Surtout, Berlin a organisé une "opération de sauvetage" en l’accueillant à bras ouverts.

Liao Yiwu est arrivé en Allemagne en juillet 2011, après un long périple via le Yunnan et le Vietnam. Avec pour simple bagage un ordinateur, une flûte, du cash, les poèmes de Confucius et la bible taoïste. Et sans prévenir personne. Depuis plusieurs mois, il était à nouveau dans le viseur de la dictature rouge.

(...) Lire la suite : sur le site de sous le titre Libération

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