logo ihs

obradorMexique : un gentil populiste de gauche

Chronique du 10 avril 2019

Dans une chronique publiée par Causeur, Juan Cristóbal évoque les premiers pas d’Andrés Manuel López Obrador à la tête du Mexique : Il les juge ainsi "dans la droite ligne de ce qu’il a montré pendant sa campagne: le nouveau président a tout du populiste à la Bolsonaro, mais lui est un populiste de gauche."

Dans les médias européens, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) est souvent présenté comme une figure bienveillante de la gauche, loin de l’image d’extrême droite de son homologue brésilien, Jair Bolsonaro. Il est vrai qu’après 71 ans de pouvoir hégémonique du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et 18 ans de "transition démocratique", le premier triomphe de la gauche mexicaine à l’élection présidentielle semblait confirmer un vrai jeu d’alternance. Il convient cependant de se demander si la division gauche/droite constitue la catégorie la plus pertinente pour comprendre le phénomène politique "AMLO".

Obrador, la "gauche" plus ultra. Bien que sa figure domine de manière écrasante la gauche mexicaine depuis qu’il a été élu chef du gouvernement de la capitale mexicaine en décembre 2000, sa filiation idéologique de gauche n’a jamais été assurée. Ayant probablement rejoint le PRI en 1976, il n’apparaît pas non plus comme un vrai outsider. Et plusieurs de ses collaborateurs les plus proches dans son  gouvernement furent des personnalités du PRI dans les années 70, ou bien des enfants de personnalités du pouvoir de l’époque. Il veut en tout cas s’inscrire dans une histoire longue du Mexique avec ce qu’il nomme la "quatrième transformation du Mexique", supposée être le quatrième grand changement après l’Indépendance, la Réforme (qui achève la séparation de l’Église et de l’État) et la Révolution. Tout indique enfin, selon la très sérieuse sociologue María Amparo Casar, que ses vastes programmes sociaux qui touchent, selon les estimations, 23 millions de personnes, relèvent très classiquement d’une relation de type clientéliste.

Par ailleurs, le président n’a jamais été un défenseur avéré des minorités discriminées. (...)

Le "bon peuple" et la "mafia au pouvoir". Le discours électoral d’Obrador s’est structuré selon la rhétorique populiste la plus pure, à savoir par l’opposition entre le "bon peuple" et la "mafia au pouvoir", le "PRIAN" (jeu de mots qui fusionne les noms des deux partis de gouvernement, le PRI et le PAN). Ainsi, son mouvement Morena (brune) fait référence à des images fortement émotionnelles telles que la "vierge brune" (virgen morena), sans doute le symbole culturel le plus puissant pour les Mexicains, de la même manière qu’elle évoque la couleur de peau de la majorité des Mexicains, celle des métis et des Indiens. Au fur et à mesure que la campagne politique avançait, les journalistes réputés et les médias influents furent également qualifiés de "sbires de la mafia au pouvoir" ou de "presse conservatrice", le tout accompagné de l’offre habituelle de réponses simples à des problèmes complexes.

Petit Chávez deviendra grand. Mais ce qui est vraiment troublant, ce sont les traits autoritaires qui refont surface avec le président Obrador. À la manière d’ "Aló Presidente" de Chávez, l’actuel président mexicain donne des conférences tous les jours à sept heures. Nous retrouvons la litanie de dénonciations contre les "néo-libéraux", les "conservateurs" et les médias. Une nouvelle orientation du gouvernement peut être annoncée à tout moment et des accusations peuvent être portées, devant les médias, contre la "corruption" provenant des fonctionnaires des agences autonomes, comme cela s’est passé dans le cas du président de la Commission de régulation de l’énergie, Guillermo Ignacio García, qui a osé discuter, techniquement, d’une proposition d’Obrador.
 (...)

Obrador, toujours à la campagne. Ni vraiment de gauche, ni véritable outsider, ainsi pourrait se résumer Obrador. Au pouvoir depuis plus de 100 jours, il semble encore être en campagne électorale. Le président a passé plus de temps à visiter les différents coins du pays qu’à s’asseoir à son bureau afin de mettre en œuvre son programme. Jusqu’à maintenant, après l’orgie de corruption des dernières années, l’ancien président Peña Nieto et ses proches passent des journées tranquilles. Au même moment, l’insécurité s’accroît et l’on est en train de passer de l’échelle des assassinats ciblés à celle des massacres indiscriminés. La croissance économique n’est pas non plus au rendez-vous : d’après la Banque du Mexique et l’OCDE, les prévisions de croissance du Mexique pour 2019 sont passées, en quelques mois, de 2,5 % à 1,7 %. Mais l’essentiel est de montrer qui est le nouveau maître au pouvoir au Mexique. Selon l’adage de Lampedusa, "il faut que tout change pour que rien ne change", Obrador semble davantage se livrer à la transformation du symbolique et à la prise du pouvoir qu`à la transformation du réel.

Malgré sa grande popularité actuelle – plus grande que Poutine, mais moins que celle du terrifiant président philippin Duterte -, beaucoup d’intellectuels et de journalistes mexicains sont très préoccupés par ce scénario d’une dérive autoritaire dans le style Chavez-Maduro ou Ortega. (...)

Lire → la suite sur le site de Causeur
Lire aussi : "La gauche mexicaine à la conquête de l’Occident diabolique"

→ Recevoir nos mises à jourRevenir au fil de nos chroniques

Tweet