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Zineb El RhazouiFrance : le courage de Zineb El-Rhazoui

Chronique du 9 avril 2019

L'hebdomadaire Le Point [n° 2431 daté du 4 avril] consacre sa première page et un entretien à "Zineb El Rhazoui, la femme qui fait peur aux islamistes":

Quelque part à l'étranger. Pour des raisons de sécurité, on ne dira rien de plus de notre lieu de rencontre insolite avec celle qui est l'une des femmes les plus protégées de France, et qui fait la couverture du Point de cette semaine. Retrouver Zineb El Rhazoui, qui accumule les fatwas comme d'autres les timbres, s'apparente à un film d'espionnage, sauf que les enjeux sont bien réels. À 37 ans, l'ancienne de Charlie Hebdo est l'adversaire la plus acharnée de l'islam politique et la voix (tonitruante) des athées de culture musulmane en France. Fille d'un mécanicien de Royal Air Maroc et d'une mère franco-marocaine, la native de Casablanca vit sous protection policière depuis le 8 janvier 2015, au lendemain de l'attentat qui a coûté la vie à huit de ses collègues. Pour avoir déclaré à la télévision que "l'islam doit se soumettre à la critique", la militante laïque a en décembre reçu une nouvelle salve de menaces de mort.

Au Point, l'auteure de Détruire le fascisme islamique (ed. Ring) a accordé toute une journée, loin, très loin de ce contexte délétère. Il fallait bien ça face à ce flot urgent de paroles entrecoupé de bouffées de Vogue menthol qui raconte le combat de toute une existence. La diplômée de sociologie des religions manie un franc-parler que l'on retrouve très souvent chez les athées de culture musulmane, ces "apostats" condamnés à mort dans 13 États musulmans, ciblés par les islamistes, mais aussi politiquement abandonnés dans nos pays occidentaux par une partie de la gauche qui les qualifie – un comble ! - d'islamophobes comme par l'extrême droite qui détourne leur message humaniste. Comme le Germano-Égyptien Hamed Abdel-Samad, le Canado-Pakistanais Ali A. Rizvi ou l'Iranienne Maryam Namazie, Zineb El-Rhazoui réclame simplement le droit de critiquer le dogme religieux, sans fustiger les musulmans en tant qu'individus. Mais, loin des clashs des talk-shows, la journaliste et essayiste a pu développer une pensée bien plus complexe que ne le laissent entendre ses détracteurs, qui tentent de la dépeindre en une "forme de Zemmour" alors qu'elle défend notamment l'enseignement de l'arabe comme langue secondaire à l'école et qu'elle a rappelé à l'auteur du Suicide français que ni le prénom ni les origines ne font le Français. Son principal vœu est d'ailleurs qu'on arrête de considérer les "musulmans" comme une masse homogène, contrairement à ce que font les identitaires de tout bord.

Le cauchemar de Charlie Hebdo. Une journée durant, Zineb El Rhazoui s'est ainsi confiée comme jamais auparavant. Dans une première partie bouleversante, elle évoque ses fatwas, sa famille, ses années de militantisme au Maroc qui lui ont valu bien des ennuis avec les autorités, le cauchemar du 7 janvier 2015 alors qu'elle était à Casablanca, et pourquoi, selon elle, la distinction entre islam et islamisme est factice.

Dans une deuxième partie, cette militante de la laïcité aborde les polémiques autour du voile, l'attentat de Christchurch et la réaction, pour elle, navrante de Najat Vallaud-Belkacem, l'essor de l'athéisme dans les pays musulmans qui lui donne tant d'espoir ou la volonté d'Emmanuel Macron de réformer le culte musulman qu'elle qualifie de dangereuse. Elle a aussi parlé de sa fille de trois ans, qu'elle ne veut pas voir grandir dans la peur.

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