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l'attentat-suicide revendiqué par le groupe islamiste pakistanais Jaish-e-MohammedInde : face aux islamo-terroristes pakistanais

Chronique du 28 février 2019

Le 14 février, un attentat-suicide revendiqué par le groupe islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammed (JeM) dans la partie indienne du Cachemire provoqué la mort d’au moins 40 paramilitaires indiens et relançait la tension avec l'Inde.

Le 17 février, le prince Mohammed Ben Salman venait à Islamabad évoquer la solidarité islamique avec le premier ministre pakistanais, Imran Khan, au lendemain de cet attentat terroriste réenclenchant le vieux conflit à propos du Jammu-Cachemire, remontant à la partition de 1949.

Au 26 février, le correspondant du Monde à New-Delhi, Julien Bouissou présentait ainsi la situation :

L’Inde a annoncé avoir conduit, mardi 26 février au petit matin, des "frappes" sur le "plus grand camp d’entraînement" du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM), à Balakot, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord du Pakistan. Cette attaque provoque un nouvel accès de fièvre entre ces deux puissances nucléaires autour de la région disputée du Cachemire. Ces événements ont provoqué l’inquiétude de la communauté internationale. La Chine et l’Union européenne ont ainsi appelé mardi les deux pays à "la retenue". La France, de son côté, a défendu "la légitimité de l’Inde à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier" et demandé au Pakistan de "mettre fin aux agissements des groupes terroristes installés sur son territoire". L’Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres par le passé, dont deux au sujet du Cachemire, une région himalayenne, peuplée en majorité de musulmans, divisée entre ces deux pays, chacun la revendiquant depuis des décennies.

"Danger immédiat". Les autorités indiennes ont expliqué leur action le 26 février par le fait que le groupe rebelle JeM préparait de nouveaux attentats-suicides en Inde. "Au vu du danger immédiat, une frappe préventive est devenue absolument nécessaire", a déclaré Vijay Gokhale, un haut responsable de la diplomatie indienne à New Delhi. "Aux premières heures aujourd’hui, l’Inde a frappé le plus grand camp d’entraînement de Jaish-e-Mohammed à Balakot", a dit M. Gokhale, qualifiant ce raid d’"action préventive non militaire", un raid "spécifiquement ciblé sur le camp de JeM". "Dans cette opération, un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants de haut rang et de jihadistes entraînés aux attentats-suicides de Jaish-e-Mohammed ont été éliminés", a-t-il poursuivi.

"Réponse opportune". Le Pakistan a réagi avec colère, dénonçant des affirmations "fictives" à destination du public indien "dans un contexte électoral", au prix d’"un risque sérieux pour la paix et la stabilité régionales". "Les avions indiens ont fait leur intrusion du côté du secteur de Muzaffarabad", capitale du Cachemire pakistanais, avait indiqué un peu plus tôt sur Twitter le général Asif Ghafoor, porte-parole de l’armée pakistanaise. "Confrontés à la réponse opportune et efficace de l’armée de l’air pakistanaise, [ils] ont largué en hâte une charge explosive en s’enfuyant qui est tombée près de Balakot. Pas de victimes ni de dégâts", a-t-il précisé, contredisant la version indienne.

À seulement quelques semaines des élections générales prévues en avril et mai, le gouvernement indien était sous pression de son opinion publique pour venger l’attaque-suicide de Pulwama. En 2016, quelques jours après l’attaque contre une de ses bases militaires à Uri, l’Inde avait envoyé des hélicoptères à quelques kilomètres à l’intérieur du territoire pakistanais, évoquant des "frappes chirurgicales". Une riposte bien moins élevée que celle de mardi matin. Sur le front diplomatique, l’Inde s’est efforcée ces derniers jours d’isoler le Pakistan. Avec l’aide de la France, elle cherche à inscrire Masood Azhar, le chef du JeM qui vit en liberté au Pakistan, sur la liste de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. Une source diplomatique juge toutefois improbable qu’après les frappes indiennes de mardi, la Chine, proche alliée du Pakistan et membre du Conseil de sécurité, donne son accord. Pékin y a déjà mis son veto à trois reprises.

"La loi islamique ou la mort". Les ministres des affaires étrangères chinois et pakistanais se sont également entretenus au téléphone mardi matin, selon l’agence de presse chinoise Xinhua. "L’Inde a obtenu une déclaration du Conseil de sécurité condamnant l’attaque de Pulwama, la ministre indienne des affaires étrangères, Sushma Swaraj, a été invitée pour la première fois à s’exprimer devant l’Organisation de la coopération Islamique [OCI] le 1er mars, donc l’Inde est arrivée au bout de ce qu’elle pouvait faire diplomatiquement", estime un diplomate. L’invitation de l’OCI, qui émane des Emirats arabes Unis, un allié d’Islamabad, marque une victoire diplomatique importante pour l’Inde.

New Delhi a également intensifié la répression dans la région du Cachemire indien en proie à une insurrection séparatiste. Quelque 10 000 paramilitaires indiens y ont été déployés samedi, et près de 160 séparatistes ont été arrêtés ces derniers jours. L’insurrection au Cachemire indien s’est amplifiée et radicalisée au cours des dernières années. Entre 2014 et 2018, le nombre "d'incidents terroristes", selon la terminologie du gouvernement indien, a presque triplé, passant de 222 à 614. Dans les manifestations, le slogan "Shariyat ya Shahadat" ("la loi islamique ou la mort") a remplacé au fil des ans celui d’"Azad" ("liberté").

Le Pakistan est désormais au centre de la campagne électorale indienne. Le dirigeant nationaliste hindou Narendra Modi accuse constamment le Parti du Congrès, dans l’opposition, de "faiblesse" vis-à-vis du Pakistan, et s’est taillé une réputation d’homme fort, prônant la fermeté au Cachemire indien. Lors de l’inauguration d’un mémorial de guerre, lundi 25 février, soit quelques heures avant l’offensive aérienne, M. Modi a dénoncé la "négligence criminelle" des "précédents gouvernements" vis-à-vis du Pakistan.

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