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ortegaNicaragua : Ortega contraint à des négociations

Chronique du 27 février 2019

Le président du Nicaragua Daniel Ortega a annoncé le 20 février des "négociations" avec l'opposition, qui exige sa démission, pour tenter de mettre fin à la crise politique et aux manifestations qui ont fait 325 morts depuis dix mois.

Depuis plusieurs semaines, la répression s'étaient intensifiée contre les médias.

À cause de cette offensive, le quotidien La Prensa a été contraint ces derniers jours de réduire le nombre de pages de ses journaux.

Après la télévision, c'est en effet au tour de la presse écrite de souffrir des représailles du président Ortega au Nicaragua. Les médias indépendants sont depuis plusieurs mois dans le collimateur du gouvernement et ont vu plusieurs de leurs journalistes arrêtés pour avoir révélé les pressions exercées par le chef d'État ainsi que les violences policières subies par les manifestants hostiles au pouvoir.

Alors que depuis septembre les services douaniers immobilisent les matières premières utiles à l'impression des journaux, c'est-à-dire l'encre et le papier, de La Prensa, le groupe éditorial a annoncé lundi être contraint de réduire la pagination de ses quotidiens. Le journal fera désormais 12 pages, au lieu des 16 habituelles, afin de prolonger son espérance de vie. "C'est un combat que nous devons faire ensemble, peut-on lire dans un éditorial du quotidien. Vous comprenez, cher lecteur, les raisons qui nous poussent à prendre ces mesures d'urgence pour maintenir cette flamme en vie, et nous nous engageons à fournir les meilleures informations possible dans ce nouvel espace." "Si le régime continue son illégale intransigeance, La Prensa et Hoy se verront obligés d'informer exclusivement à travers leurs plateformes digitales", écrivait déjà le groupe la semaine dernière.

Carlos Fernando Chamorro, fondateur et directeur du journal El Confidencial, témoignait ainsi de la situation commune à de nombreux journaux nicaraguayens, au micro d'un journaliste de RFI : "La presse nationale vit aujourd'hui ses pires moments, à cause de la répercussion dont elle est victime de la part d'un régime dictatorial qui criminalise notre profession, notre travail, la liberté de la presse". Les journalistes se sont engagés dans une véritable lutte pour assurer le droit à l'information au peuple nicaraguayen.

Le gouvernement prétendait cependant souhaiter "installer la table pour les négociations" le 27 février avec des représentants désignés par l'opposition pour "ouvrir une nouvelle voie" vers l'entente, "car il n'est plus question de revenir à la situation antérieure" aux manifestations, a déclaré M. Ortega prenant la parole durant une cérémonie.

L'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entreprises, organisations de la société civile et des syndicats, a annoncé dans la foulée qu'elle acceptait ces pourparlers et qu'elle y enverrait une équipe de six négociateurs.

L'ancien guérillero Daniel Ortega, 73 ans, au pouvoir depuis 2007, est en effet confronté depuis avril 2018 à des manifestations massives. Le parti sandiniste FSLN, apparu en 1961, avait été l'unique guérilla latino-américaine ayant remporté une victoire militaire, contre le régime de Somoza en 1979, avant de perdre le pouvoir la décennie suivante puis de le reprendre à nouveau, par les urnes.

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