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Le président colombien Ivan Duque le 20 janvier à une marche de protestationColombie : un attentat de l’ELN tue 21 personnes

Chronique du 22 janvier 2019

Un attentat meurtrier contre une école de police dans le sud de Bogotá a fait 21 morts, le 17 janvier. Dénonçant la responsabilité de l’ELN, le président colombien Ivan Duque a annoncé la fin des discussions en vue d’arriver à un accord de paix avec l’organisation.

Le 20 janvier était organisée une marche de protestation à laquelle participait le chef de l'État. Cet attentat a en effet ravivé les souvenirs d’une époque que beaucoup de Colombiens espéraient révolue. Le mince espoir d’un processus de paix avec l’ELN – sigle signifiant "armée de libération nationale" – s’envole. Les discussions entamées en février 2017 avec cette guérilla forte de 1 600 à 1 800 hommes avaient été interrompues quelques mois plus tard et restaient au point mort.

Dans une allocution à la nation de 10 minutes, le président Ivan Duque a annoncé, dès le 18 janvier, la réactivation des mandats d’arrêts des 10 leaders de l’ELN auprès d’Interpol. Il a également demandé au chef de l’État cubain Miguel Díaz Canel de remettre aux autorités colombiennes les leaders de l’ELN. Actuellement à Cuba, ces derniers ont perdu les avantages de leur condition de négociateurs à La Havane.

Le Venezuela en accusation. "Nous dénoncerons tout État qui apportera de l’aide ou tolérera sur son sol la présence de groupe", a ajouté le président colombien, alors que les regards se portent vers le Venezuela voisin.

Jair Bolsonaro, récemment élu à la tête du Brésil a également fait une déclaration en ce sens. Les tensions entre la Colombie et le Venezuela, dont les relations diplomatiques étaient proches du néant, pourraient monter d’un cran avec cet épisode meurtrier.

Miguel Ceballos, haut-commissaire pour la paix, a, de son côté, rappelé le 18 janvier que la guérilla continuait à pratiquer l’enlèvement – citant l'exemple de trois pilotes d’hélicoptère il y a quelques jours dans le Norte de Santander, région frontalière avec le Venezuela – ainsi que les attentats contre les oléoducs, et qu’il n’y aurait "aucune possibilité de dialogue si ce groupe armé continue de perpétrer des actes criminels et terroristes".

Alors que les Farc se sont officiellement démobilisées, et que la violence s’est atténuée dans un pays ouvert depuis peu au tourisme européen, les associations de droits de l’homme dénoncent les "assassinats sélectifs" de leaders sociaux et d’anciens démobilisés, la plupart du temps impunis.

Des factions se disputent le contrôle du trafic de drogue. Des territoires stratégiques en milieu rural sont gangrenés par les affrontements pour le contrôle de la production et de la transformation de la coca. Ils mettent aux prises des bandes mafieuses héritées des paramilitaires, des dissidents des Farc, des groupes de l’ELN et de l’EPL (armée populaire de libération), ainsi que diverses factions comme le Clan du Golfe.

Les troupes de l’ELN sont cinq à six fois moins importantes que celles de Farc au moment des accords de paix. Mais leur structure de commandement est très différente, avec des groupes plus autonomes et des divisions internes, loin de la structure pyramidale des ex-Farc. Ceci complique encore un éventuel dialogue de paix.

Au cours d’une conférence de presse le 18, Guillermo Botero, ministre de la Défense, a confirmé que l’auteur présumé de l’attentat, José Aldemar Rojas, 56 ans était un spécialiste en explosifs dans la guérilla de l’ELN, à laquelle il appartient depuis 1994. Il a démenti l’appartenance du présumé terrioriste à l’ex guérilla des Farc, démobilisée en 2016. "Il a essayé à trois reprises de s’inscrire sur les listes afin de profiter des bénéfices du processus de paix, mais il a été à chaque fois démasqué par les membres des Farc." El Mocho, surnommé ainsi car il avait perdu sa main droite, faisait partie d’un puissant front de l’ELN qui opère dans le département de l’Arauca, à la lisière du Venezuela, selon le ministre de la Défense.

Des victimes très jeunes. Un complice présumé de 39 ans, Ricardo Andrés Carvajal Salgar, a été arrêté à Bogotá, dans la nuit de jeudi à vendredi. La police promet une récompense pour tout renseignement menant à la capture de complices.

Les autorités ont confirmé la présence de trois mineurs parmi les victimes, la plupart des autres déjà identifiées ont entre 18 et 25 ans et suivaient des cours à l’école des cadets.

Sources : Le Parisien et Le Monde avec AFP
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