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le népal entre l'inde et  la chineNépal : une proie pour l'empire chinois

Chronique du 17 janvier 2019

Envoyée spéciale de Mediapartau Népal, Laure Siege a publiait ce 12 janvier un long reportage intitulé "La Chine à la conquête du toit du monde" dont on trouvera ci-dessous quelques extraits :

Dévasté par une décennie de guerre civile puis de puissants séismes, le Népal est sur le chemin de la reconstruction politique et économique. Maintenu à flot par l’aide internationale, le pays himalayen veut en finir avec sa dépendance du grand frère indien. Les investissements de la Chine sont accueillis à bras ouverts et les plans d’un train à travers l’Himalaya esquissés.

"Du côté chinois, la route est si lisse qu’on dirait la Suisse. Du côté népalais, c’est disco dance dès la sortie de Katmandou", résume Indra Bahadur Tamang. Depuis quatre ans, le jeune homme transporte des cargaisons de la région autonome du Tibet vers les marchés de la capitale népalaise, inondés depuis plus de dix ans par des produits made in China.

 (…) Dans la vallée de Langtang, région proche de l’épicentre des tremblements de terre du printemps 2015, tout est à reconstruire : le bourg principal a été rayé de la carte, le réseau d’infrastructures s’est écroulé et le poste de Tatupani-Zhangmu, par lequel passaient 80 % du commerce transnational, a dû être fermé. Rasuwagadhi-Jilong est désormais le seul passage routier reliant le Népal à la Chine, déterminée à améliorer l’accessibilité de son voisin.

L’afflux massif de capitaux chinois à Timure, dernier village avant la frontière, a bouleversé la vie pastorale de ses 500 habitants, propulsés au cœur des échanges sino-népalais juste après une catastrophe naturelle qui a détruit leurs maisons, temples et montagnes. Cette famille y tient un modeste hôtel. "Nous sommes complets presque toutes les nuits. Nos clients sont des ouvriers et des touristes indiens, des chauffeurs de camions et des fonctionnaires népalais, des hommes d’affaires et des ingénieurs chinois.

"Et des soldats...", explique Khado, au milieu d’une conversation grâce à l’application Line avec sa sœur qui vit à une poignée de kilomètres, du côté tibétain.

Tout en servant des canettes chinoises de "Lhassa – la bière du toit du monde", la quadragénaire explique qu’elle n’est pas retournée dans la capitale tibétaine depuis sa fuite et a mis au monde trois enfants en exil. En 2014, Asia News a signalé que "les autorités népalaises avaient abandonné la politique de protection des exilés tibétains et coopéré avec la Chine sur un plan de contrôle des frontières en échange de prêts financiers", ce qui a mis fin à l’exode tibétain par le Népal, et inquiète les 20 000 personnes de la communauté présente dans le pays.

Dans ces villages isolés, négligés par l’État népalais et les agences internationales, la présence de la Chine s’est intensifiée depuis le tremblement de terre. Ici, c’est le voisin du Nord qui a déblayé les routes, distribué de l’aide et extrait ses travailleurs du complexe hydroélectrique à la sortie de Timure, où 35 employés ont perdu la vie dans un glissement de terrain provoqué par les secousses telluriques.

(…)En 2014, un glissement de terrain avait déjà entamé de 10 % la capacité hydroélectrique du pays et, l’année suivante, la série de séismes a causé des pertes estimées à 160 millions d’euros dans le secteur. "La probabilité qu’un tel événement se reproduise augmente, car de plus en plus de barrages sont construits dans l’une des zones de séisme les plus actives au monde. Plus de 400 sont prévus ou en construction dans les vallées escarpées de l’Himalaya en Chine, en Inde, au Pakistan et au Bhoutan", détaille le New Yorker, tandis que International Rivers interroge la balance bénéfice-risque de ces infrastructures massives : "Ces barrages dépendent de la fonte des neiges et d’un débit constant pour rester rentables. Mais le changement climatique pourrait réduire la neige accumulée dans les sources du fleuve Trishuli et les avantages énergétiques de ces projets pourraient être de courte durée."

Malgré ces avertissements et les plaintes des locaux après la disparition des poissons, le projet de Rasuwagadhi a repris en 2016. Le Népal, traversé par 6 000 rivières, cherche désespérément des investisseurs pour développer et exporter son immense potentiel hydroélectrique, estimé à 83 000 MW, soit 100 fois ses besoins domestiques actuels, et largement inexploité. La plupart des projets suivent le modèle BOOT, selon lequel une entreprise construit, possède et exploite le complexe pendant le temps nécessaire pour récupérer son apport initial, puis le transfère au pays hôte.

(…) Au début du XIXe siècle, les Népalais exportaient riz, farine et beurre clarifié au Tibet contre laine et sel. Aujourd’hui, la flotte de camions entre à vide à Kerung, hormis pour de rares convois de blé et de piment. Pour certains, l’ouverture de nouvelles liaisons plongerait le pays, avec 90 % des importations et 10 % des exportations à son actif, dans un déficit commercial encore plus profond. "Les Népalais ne font que consommer et même l’agriculture est en déclin. Le gouvernement doit investir dans l’infrastructure pour que les gens aient accès aux marchés et aux moyens de production, mais il n’y a pas de planification", estime Guna Raj Luitel, rédacteur en chef du quotidien Nagarik.

"Si vous voulez être riche, commencez par construire une route", dit le proverbe chinois. Le Népal est un des pays les plus pauvres du continent mais occupe une position stratégique entre les géants asiatiques, porte d’entrée pour la Chine vers les marchés et voies commerciales du sous-continent indien. En retour, elle offre des prêts sans demande d’ajustement structurel ou d’exigence démocratique pour des projets d’infrastructures clés en main qui facilitent la consolidation de la jeune et fragile République népalaise.

De l’autre côté du massif de l’Himalaya, la République populaire de Chine a injecté des dizaines de milliards d’euros pour contrôler l’immense province tibétaine par le développement, notamment par le "Train du ciel", qui relie en deux jours Pékin à Lhassa depuis 2006. En juin 2018, le Népal et la Chine ont ravivé le projet d’amener la ligne jusqu'à Kerong en 2020, Katmandou en 2027, puis Lumbini. 90 % de la ligne sur le territoire népalais serait composée de ponts ou de tunnels. (…) → Lire la suite sur le site de Mediapart

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