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grande muraille de chineChine : la face cachée

Chronique du 15 janvier 2019

Dans Le Point du 14 janvier Luc de Barochez considère que la République populaire, 70 ans cette année, a beau s’afficher toute-puissante, son économie ralentit. La dictature, souligne-t-il, n’en sera que plus brutale :

La Chine projette en ce début d’année une image de toute-puissance et de domination. En envoyant avec succès, le 3 janvier, un robot explorateur sur la face cachée de la Lune, elle prouve qu’elle a rejoint l’élite technologique mondiale ; en menaçant Taïwan d’user de la contrainte pour réunifier le pays, elle manifeste son impatience devant la volonté de l’île rebelle de rester indépendante ; en testant une énorme bombe conventionnelle antibunker ou en déployant un nouveau missile nucléaire intercontinental, elle montre qu’elle a, le cas échéant, les moyens militaires de ses ambitions.

La Grande Stratégie mise en œuvre par le président Xi Jinping vise à ravir aux États-Unis leur place de numéro un mondial, autant que possible sans affrontement militaire. Le meilleur général est celui qui soumet l’ennemi sans combat, expliquait déjà il y a vingt-cinq siècles le stratège Sun Tzu. Dans le match planétaire de l’autoritarisme asiatique contre la démocratie libérale, l’année 2019 est capitale à double titre pour les dirigeants de Pékin. D’abord parce qu’ils vont célébrer, le 1er octobre, le 70e anniversaire de la République populaire – sa longévité a dépassé celle de l’Union soviétique, qui a duré à peine soixante-neuf ans. Ensuite parce qu’ils vont passer sous silence le 30e anniversaire du soulèvement de la jeunesse pékinoise réprimé dans le sang le 4 juin 1989 sur la place Tian Anmen.

Contestation. Le Parti communiste chinois est parvenu à se maintenir après le massacre en garantissant à une classe moyenne de plus en plus nombreuse une augmentation permanente de son niveau de vie. Or le ralentissement économique menace ce pacte. Malgré les mesures de relance décrétées par le gouvernement, l’économie souffre d’un déficit de réformes, du vieillissement de la population, d’une bulle d’endettement, du poids des grandes entreprises d’État, de la corruption et de l’affairisme des cadres du Parti et de l’armée, de l’affrontement commercial avec les États-Unis. Les déboires d’Apple en témoignent. Le fabricant de l’iPhone a secoué les marchés boursiers, le 2 janvier, en réduisant pour la première fois en seize ans ses anticipations mondiales de revenus du fait du marasme chinois.

Le professeur d’économie Xiang Songzuo, de l’Université du peuple, à Pékin, s’est inquiété le mois dernier d’une surévaluation des chiffres de la croissance chinoise. Dans un discours, il a révélé qu’au lieu des 6,5 % annoncés par les autorités la hausse du PIB se situerait "au mieux autour de 1,67 %" pour 2018. "Tout art de la guerre repose sur la duperie", disait aussi Sun Tzu. Les critiques du professeur Xiang, que le pouvoir s’est empressé de censurer, témoignent d’une contestation interne persistante.

Coercition. Plus l’économie ralentit, plus le Parti communiste, qui redoute une répétition de Tian Anmen, renforce son emprise sur la population. Le système de "crédit social" qu’il entend introduire d’ici à 2020 vise à classer les citoyens en fonction de leur comportement, grâce à un contrôle vingt-quatre heures sur vingt-quatre utilisant les techniques les plus avancées, tels la reconnaissance faciale, l’espionnage numérique, les données biométriques et un réseau d’au moins 200 millions de caméras de surveillance. Là aussi, il s’agit de soumettre l’ennemi sans combattre, au prix d’une dictature de plus en plus brutale. Cependant, l’emploi croissant de la coercition entrave à son tour le développement économique chinois et pèse sur les perspectives d’avenir. L’erreur des Occidentaux fut de croire que la mort de Mao, en 1976, serait suivie d’une libéralisation. Il serait tout aussi erroné de croire aujourd’hui que l’essor de la Chine se poursuivra sur la lancée des quarante ans écoulés.

Malgré les recettes éprouvées de Sun Tzu, la victoire du totalitarisme sur le libéralisme n’est pas acquise.

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