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Che Guevara Thomas SankaraAfrique : le mythe révolutionnaire Sankara

Ce 17 décembre 2018, Le Monde transmettait la nouvelle, non sans une pointe de satisfaction :

Des fonctionnaires français, des journalistes et de simples citoyens sont cités dans le dossier tout juste déclassifié de la mort en 1987 du président burkinabé. Les dossiers s’accumulent sur le bureau du juge burkinabé François Yaméogo. Des centaines d’auditions et d’enregistrements, jusqu’ici classés "secret-défense" par la France. Ces archives, "sensibles", toujours sous le secret de l’instruction, devraient apporter de nouvelles révélations sur l’assassinat du jeune président Thomas Sankara, le 15 octobre 1987.

C’était l’un des engagements pris par le président Emmanuel Macron lors de sa visite à Ouagadougou en novembre 2017. Mais l'avocat de la famille, qui suis l'affaire depuis 30 ans précise aussi, après avoir consulté les archives : aucune piste n’est à écarter.

Deux noms reviennent à "plusieurs reprises" dans les différents documents. "Ceux de Charles Taylor et de Prince Johnson. Il y a des témoignages de leurs entourages et des articles qui les citent", précise l’avocat. Les soupçons contre l’ancien président du Liberia, condamné pour "crimes contre l’humanité" par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, et l’ex-chef de guerre libérien ne sont pas nouveaux. Pour certains, les deux hommes seraient même bel et bien impliqués dans le renversement du dirigeant burkinabé.

Au total, les pistes sont nombreuses, parfois contradictoires.

Mais trente ans après sa mort, Thomas Sankara reste une icône de la jeunesse africaine. 4 août 1983 s'étant promu président de son pays à la faveur d'un coup d'État, il rebaptise l'ancienne Haute-Volta en Burkina Faso. fils d'un peul et d'une mossi, il avait mûri tôt l'idée d'une révolution démocratique et populaire, il s'est prononcé pour la rupture du pacte qualifié de néocolonial avec la France, fut abattu le 15 octobre 1987 avec 12 de ses compagnons. Ce dernier putsch laisse son ancien camarade Blaise Compaoré seul au pouvoir.

Ce personnage charismatique, anticolonialiste et panafricaniste était né le 21 décembre 1949 à Yako au Nord de l’ex-Haute-Volta. Il fut formé militairement à Madagascar. En janvier 1983, à la faveur d’un coup d’État, il est nommé premier ministre. Le pays connaît alors une période d’instabilité et de nombreuses tensions minent l’armée. Arrêté en mai, Thomas Sankara resurgit en août à la suite d’un nouveau coup d’État mené par son ami, le capitaine Blaise Compaoré.

Âgé d’à peine 33 ans, il devient président et symbolise l’Afrique des jeunes et de l’intégrité. D’allure sportive, charismatique et le sourire facile, il bénéficie d’une indéniable popularité. Travailleur acharné, parfois autoritaire, il n’apparaît qu’en treillis avec, à la ceinture, un pistolet à crosse de nacre offert par le dictateur communiste nord-coréen Kim Il-sung.

Il vit simplement, avec sa femme et ses deux fils dans un palais présidentiel délabré et n’a pour seuls biens que sa guitare et sa Renault 5 d’occasion, un véhicule qu’il impose comme voiture de fonction à tous les membres du gouvernement.

À peine au pouvoir, il change le nom de son pays et la Haute-Volta devient le Burkina Faso ("pays des hommes intègres"). Ses priorités : assainir les finances publiques, améliorer la situation sanitaire avec de grandes campagnes de vaccination et la construction de dispensaires – par les habitants eux-mêmes –, faciliter l’accès à d’éducation, développer l’agriculture, la production et l’artisanat local.

Un président à la poigne de fer, qui parfois dérange

Sous son règne, la population burkinabée est surveillée par les "comités de défense de la révolution" (CDR) et sanctionnée par les "tribunaux populaires de la révolution" (TPR). Thomas Sankara achève une grève d’instituteurs par des licenciements et l’opposition syndicale est réprimée par des arrestations.

Sur la scène internationale, ses relations avec les autres pays sont parfois complexes. Ses prises de position, ses liens avec les sulfureux dirigeants de la Libye et du Ghana lui valent quelques inimitiés en Afrique, à commencer par la Côte d’Ivoire, où Felix Houphouët-Boigny redoute que la jeunesse ivoirienne s’inspire de celle du Burkina Faso. Au président français François Mitterrand, qui avait accueilli officiellement le Sud-Africain Pieter Botha, lié à l’apartheid, il donne une leçon sur les droits de l’homme.

Thomas Sankara appelle aussi l’Afrique à ne pas payer sa dette aux pays occidentaux : "La dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, nous allons mourir. Soyons-en sûrs également." Il inquiète, dérange de vieux bastions et se sait menacé. En 1987, il déclare : "Je me sens comme un cycliste qui est sur une crête et ne peut s’arrêter de pédaler sinon il tombe."

Le 15 octobre 1987, après quatre années au pouvoir et alors que "l’homme intègre", comme il est appelé, se rend à un conseil des ministres extraordinaire, il est assassiné avec douze de ses compagnons. Le putsch laisse Blaise Compaoré seul au pouvoir. Les corps sont enterrés en catimini le soir même au cimetière de Dagnoën, dans l’est de Ouagadougou.

Sans que son mythe puisse prévaloir d'aucune réalisation positive concrète ce dictateur est néanmoins, comme Che Guevara, devenu une icône africaine.

 

 
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