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Martinez le 14 novembreCGT : "on n'obtient rien"

Chronique du 17 décembre

Raphaëlle Besse Desmoulières dans Le Monde relate la mobilisation de la vieille centrale stalinienne, le 14 décembre, à la veille du Ve acte, de celle des Gilets jaunes. L'article est publié sous le titre ravageur À la manifestation de la CGT : "Nous, ça fait des années qu’on fait des cortèges pépères et qu’on n’obtient rien"

Quelques milliers de manifestants, résume l'article, essentiellement des militants syndicaux, ont défilé dans le calme vendredi à Paris à l’appel de la CGT.

Ils étaient peu nombreux, les "gilets jaunes", à être présents, vendredi 14 décembre, dans la manifestation parisienne organisée dans le cadre d’une journée d’action interprofessionnelle à l’appel de la CGT. Ou alors leur chasuble fluorescente était siglée des trois lettres de la centrale de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Parmi les quelques milliers de personnes qui ont défilé dans le calme entre République et Nation (6 000 selon la Préfecture de police, 15 000 selon les organisateurs), essentiellement des militants CGT, épaulés par des collègues de FO, Solidaires et de la FSU, qui avaient appelé localement à se joindre au cortège, et des lycéens.

Beaucoup de ces syndicalistes ont été, au départ, plutôt méfiants à l’égard de ce mouvement spontané et hétérogène, né d’une révolte contre la hausse des taxes sur les carburants, et qu’ils pensaient proche de l’extrême droite. Mais leur regard a évolué au fil des semaines et des revendications plus larges qui ont émergé, dont certaines recoupent les leurs : hausse du smic, rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), défense des services publics… "C’est très bien, ça a permis que les gens se soulèvent et expriment leur colère, se félicite ainsi Céline, militante CGT qui travaille à la mairie de Bezons (Val-d’Oise). Même si je ne suis pas pour la violence, le fait qu’ils soient désorganisés, au moins on parle d’eux. Nous, ça fait des années qu’on fait des cortèges pépères et qu’on n’obtient rien."

À ses côtés, son collègue Sébastien, de l’union départementale du Val-d’Oise, enchaîne : "On veut traduire cette colère par des revendications dans les entreprises, explique-t-il. On n’oppose pas les mouvements, on veut les mettre bout à bout et faire converger ce qui se passe dans les boîtes avec les “gilets jaunes”." Mais comme le reconnaît Stéphane, un militant qui travaille dans le secteur de l’aide à domicile à Paris, "difficile de faire une mayonnaise avec tout ça". Lui n’est pas allé battre le pavé les samedis avec les "gilets jaunes" ; mais il se souvient de la manifestation qu’avait organisée parallèlement la centrale de Montreuil, le 1er décembre, à Paris et au cours de laquelle il avait croisé un gros bataillon de protestataires à Bastille. "J’ai discuté avec des gens qui faisaient le même métier que moi mais qui ne nous connaissaient pas, raconte-t-il. Il y a un grand décalage entre le monde du travail et les syndicats."

"Macron a créé un monstre". Un constat qui renvoie les organisations de salariés à leurs propres faiblesses. S’il en assume une part, Patrick, de la Fédération CGT santé et action sociale, rappelle aussi la responsabilité du président de la République, qui a mis les partenaires sociaux à distance depuis le début du quinquennat. "Macron a créé un monstre : il a voulu un lien direct avec le peuple, nous y voilà. Tout ça lui pète aujourd’hui à la figure", juge cet Avignonnais. Pour ces syndicalistes, il est parfois difficile de discuter sur les ronds-points et autres barrages. Si les "gilets jaunes" se méfient des politiques, c’est aussi vrai pour les syndicats. Aliénor, cheminote de 25 ans et adhérente à la CGT, y est allée avec son gilet orange de la SNCF. Elle reconnaît qu’elle n’était pas forcément "la bienvenue" mais que, petit à petit, elle a réussi à nouer des contacts.

La jeune femme raconte d’ailleurs que ce vendredi, avec des collègues cheminots, elle a retrouvé à Saint-Quentin-en-Yvelines des lycéens et des "gilets jaunes" pour se rendre place de la République. Et samedi, comme les deux précédents, elle a prévu de venir à Paris. "Macron, ce qu’il a annoncé, ce ne sont que des miettes, lance-t-elle. Ce sont toujours les mêmes qui ont leur part du gâteau. Je veux la mienne. La convergence des luttes, ce n’est pas que du bla-bla. C’est tous ensemble dans la rue que l’on fera bouger les choses."

Elle est loin d’être la seule à faire le déplacement les samedis dans la capitale. "On y va en citoyen, déclare aussi Sébastien. On enlève notre badge syndical et on enfile notre “gilet jaune”." La CGT n’a pourtant jamais appelé à défiler aux côtés de ces nouveaux contestataires. Jeudi, plusieurs dizaines de militants ont signé un appel publié sur le site de Libération appelant la confédération à ne "pas détourner le regard de cette colère sociale". "C’est vrai que c’est compliqué en interne, mais ça l’était déjà avant, souligne Patrick. On fait des journées d’action à répétition mais, depuis 1995, on n’a pas obtenu de victoire éclatante. Ça crée de la frustration."

Rares sont ceux prêts à renoncer. Pour ces militants, les annonces de lundi faites par Emmanuel Macron ne sont pas suffisantes. "Il y a eu un recul mais ce n’est pas une victoire, estime Stéphane. La vraie victoire, ce sera de faire payer ceux qui ont le fric." La plupart d’entre eux ont prévu de revenir mardi. La CGT a appelé à poursuivre la mobilisation ce jour-là. En espérant que, cette fois, ils seront entendus par les "gilets jaunes".

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