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Poutine chef de bandeUkraine : la Russie cherche à s’emparer du sud

Chronique du 10 décembre

Le 7 décembre, l’attaché militaire ukrainien au Proche-Orient, Oleksandr Galkyne, fait un point sur les enjeux, au gré d'un entretien publié par L’Orient Le Jour de Beyrouth, répondant aux questions de Caroline Hayek.

Le conflit entre Moscou et Kiev est brusquement revenu sur le devant de la scène suite à l’agression directe des forces russes contre des navires ukrainiens dans la mer d’Azov le 25 novembre dernier. C’est la première fois que la Russie intervient sans se cacher depuis l’annexion en 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée et le début la même année d’un conflit armé dans l’est de l’Ukraine entre forces gouvernementales et séparatistes pro-russes. L’attaché militaire ukrainien au Proche-Orient, Oleksandr Galkyne, basé à Damas, fait, pour L’Orient-Le Jour, un point sur les enjeux militaires.

Caroline Hayek : Quels sont les enjeux de la confrontation entre la Russie et l’Ukraine en mer d’Azov ?

Oleksandr Galkyne : La Russie a entamé ses opérations contre l’Ukraine en 2014, avec l’occupation de la Crimée et la guerre à l’est du pays. La Russie a utilisé pour cela des soldats sans épaulettes. Ils ont envoyé des unités russes, à travers des compagnies militaires privées, dans l’est de l’Ukraine, sans jamais l’admettre. En revanche, Vladimir Poutine a admis cela concernant la Crimée. La situation est différente aujourd’hui des pressions russes opérées précédemment car la flotte russe a attaqué des navires ukrainiens en mer Noire. On sait que les dirigeants russes ont planifié cette opération pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la Russie veut détourner l’attention par rapport à ses problèmes intérieurs, notamment économiques. Les Russes espèrent créer l’illusion auprès de leur population en prétextant un contentieux qui viendrait de l’Ukraine. Ils continuent de préparer leurs prochaines opérations contre l’Ukraine, et nous pensons qu’ils augmenteront leurs effectifs en Crimée, comme ils l’ont fait dans l’ouest de leur pays, proche de notre frontière. Ils veulent occuper la mer d’Azov et prendre le contrôle du détroit de Kertch, en dépit de l’accord de 2003 (un pacte de coopération, signé avec la Russie, garantissant aux deux parties des droits de passage et d’utilisation de ces eaux) que Moscou continue à violer. Nous sommes prêts à affronter la Russie si elle nous déclare la guerre.

Caroline Hayek : La situation actuelle est-elle clairement aujourd’hui plus préoccupante qu’en 2014-2015 ?

Oleksandr Galkyne : Oui, car il s’agit d’une agression franche et non plus d’une guerre cachée comme par le passé. Le but militaire de la Russie est de garder son emprise en Crimée et d’étouffer davantage l’Ukraine qui a souffert économiquement du contrôle systématique des navires circulant dans la mer d’Azov. Mais ils essaient surtout de créer les conditions propices pour s’emparer du sud de l’Ukraine en reliant directement par voie terrestre la Russie à la Crimée, d’une part, mais également à certaines parties de la Moldavie, d’autre part. La Russie va être de plus en plus agressive, et Vladimir Poutine refuse tout dialogue avec le président ukrainien, donc nous sommes face à une situation dangereuse. Avec l’application de la loi martiale, nous nous préparons en vue de défendre notre territoire.

Caroline Hayek : Par cette dernière agression, la Russie cherche-t-elle à tester les alliés de l’Ukraine ?

Oleksandr Galkyne : Tout à fait. Ils ont attaqué nos bateaux, capturé nos marins et attendent désormais de voir la réaction des pays qui nous soutiennent. Chaque jour, nous perdons des soldats à cause des tirs d’artillerie russes contre nos positions dans l’est de l’Ukraine. Nous voulons la paix et notre indépendance. La campagne de communication extrêmement agressive des Russes contre l’Ukraine tend à montrer que cette dernière agression était planifiée à l’avance. La guerre de l’information menée par la Russie partage les mêmes buts que les opérations militaires qu’elle mène. Ils déploient des ressources très importantes dans ce domaine à travers les médias, et on peut aujourd’hui mettre ces deux types de guerre au même niveau de dangerosité.

Caroline Hayek : Sentez-vous suffisamment de soutien de la part de vos alliés ?

Oleksandr Galkyne : Le message adressé à la Russie par le secrétaire général de l’OTAN la sommant d’arrêter toute agression contre l’Ukraine est important pour nous parce que, dans une telle situation, le soutien de chaque pays nous aide pour la défense de notre territoire. En 1994, l’Ukraine a signé le mémorandum de Budapest, acceptant de se défaire du stock d’armes nucléaires en échange de sa protection et la garantie de son indépendance par la Russie (ainsi que par les États-Unis, a France, le Royaume-Uni et la Chine). Mais on voit bien aujourd’hui que la Russie ne le respecte pas. Nous espérons en outre faire partie de l’OTAN car c’est le meilleur rempart sécuritaire possible.

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