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Fabien Roussel à l'Asssemlée nationalePCF : soutien aux gilets jaunes et nouvelle direction

Chronique du 27 novembre

Le 25 novembre, dans le contexte de leur Congrès, les communistes ont clairement soutenu le mouvement des "gilets jaunes". Le nouveau numéro un, Fabien Roussel, a ainsi critiqué un gouvernement qui "joue le pourrissement". Les 736 délégués du Congrès réuni à Ivry-sur-Seine ont aussi voté une motion de soutien au "mouvement contre la vie chère et l’injustice sociale et fiscale", une formulation traduisant l’envie des communistes de faire basculer les revendications du côté gauche.

Fabien Roussel, qui remplace désormais Pierre Laurent comme secrétaire national, a pris la parole à la tribune du congrès : "Le gouvernement porte une importante responsabilité", a attaqué le nouvel homme fort des communistes. "Alors que des violences ont eu lieu sur les Champs-Élysées, il joue le pourrissement et fait le choix de ne pas répondre à la légitime indignation populaire. La colère ne se déclare pas en préfecture !"

Dans son intervention le dimanche 26 dans l’après-midi, Ian Brossat, tête de liste pour les élections européennes, a lui aussi soutenu "la colère, la révolte contre l’injustice fiscale".

Voici comment Albert Mestre, dans Le Monde, présente l'élection de Fabien Roussel, député du Nord, nouveau secrétaire national du Parti communiste français :

Le député du Nord va prendre la succession de Pierre Laurent, Vraie ou fausse révolution ? Après trois jours de congrès à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) où 736 délégués ont longuement débattu sur le texte de leur "base commune", soit la feuille de route pour les prochaines années − pouvant parfois apparaître aux profanes comme relevant de la subtilité d’un concile du Vatican − les communistes se sont dotés d’une nouvelle direction. Elle sera conduite par un nouveau secrétaire national, Fabien Roussel (il était en première position de la seule liste soumise au vote, qui a été approuvée par 442 voix sur 569 exprimées, soit 77,6 %) après huit ans de gestion par Pierre Laurent, qui devient numéro deux du parti et présidera le Conseil national (CN, le "parlement" des communistes). Le parti presque centenaire s’est en outre doté d’un nouveau logo : une étoile avec une feuille, pour symboliser sa conversion écologique.

L’arrivée du député du Nord, 49 ans, à la tête du parti est la conséquence du vote du 6 octobre où le texte défendu par la direction a été mis en minorité par une contribution alternative intitulée "Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle", emmenée notamment par Fabien Roussel et André Chassaigne, le président du groupe communiste à l’Assemblée nationale. Pierre Laurent est apparu très ému lors de son discours vendredi, versant même des larmes. "Je suis un grand sensible dans la vraie vie. J’ai vécu beaucoup de choses fortes, des rapports humains, de la fraternité. Beaucoup de choses sont remontées", a-t-il expliqué ensuite.

Dans la meilleure entente possible. Pierre Laurent assure, lui, que tout se passera dans la meilleure entente possible. Qu’il reste, aussi, pour transmettre son expérience au député du Nord. "Je vais l’accompagner dans sa prise de fonction. Il y a plein de choses à prendre en main. Ce ne sera pas une direction bicéphale, même si on va beaucoup travailler ensemble. Nos rapports sont très bons."

Et le sénateur de Paris, 61 ans, d’ajouter : "La présidence du CN, c’est l’animation de la direction, moins dans les tâches exécutives, mais dans le travail de fond, programmatique, l’élaboration politique."

Manière de dire que la nouvelle direction sera sous liberté surveillée quant aux propositions politiques qu’elle défendra. Malgré cette unité affichée, aboutissant à des compromis, plusieurs problèmes restent pendants au sein du Parti communiste.

Dimanche, lors de son premier discours en tant que nouveau secrétaire national, Fabien Roussel a réaffirmé sa solidarité avec les "gilets jaunes", mais aussi avec les "blouses blanches [infirmières] ; les robes noires [les avocats] et les cols-bleus" qui ont "raison de donner de la voix". Un long passage a également été consacré à l’écologie, avant de donner comme objectif aux communistes de devenir des "écolo-cocos" :

"L’écologie doit être positive, et non punitive. Accessible à tous et non réservée aux seuls urbains aisés. La hausse des taxes sur l’essence et le diesel, c’est ce qu’il y a de plus injuste, car elle frappe les salariés les plus modestes. Comme l’a dit Nicolas Hulot, n’opposons pas les menaces de fin du monde et les fins de mois difficiles."

Un texte profondément réécrit. Plusieurs milliers d’amendements, des heures de débats interminables… Le texte du "manifeste", adopté par 42 % des suffrages début octobre a été profondément modifié. Considérant que ce dernier était, au départ, rétrograde sur beaucoup de points (notamment sur le "parti d’avant-garde"), la direction sortante a passé un mois et demi à batailler, comme le décrypte encore M. Laurent :

"On a réintroduit beaucoup de choses sur nos avancées des dernières années, sur le travail, le féminisme, l’écologie. Et l’on a précisé le contenu sur les élections européennes."

En clair : si lui et ses camarades ont cédé la place de secrétaire national, pas question de concéder un pouce de terrain sur le plan des idées.

Quelles alliances ? Dans ces discussions, le point le plus attendu était celui sur les alliances. Dans une formulation alambiquée où ce qui est tu est aussi important − voire plus − que ce qui est écrit, les communistes semblent tourner la page du partenariat privilégié avec La France insoumise (LFI), avec qui les relations sont extrêmement tendues. Fini, donc, le Front de gauche né en 2008, il y a pile dix ans.

En revanche, le texte est plutôt clément envers le Parti socialiste. Ce qui a ravi Olivier Faure et ses amis venus en invités au Congrès. Si, pour le PCF, le PS est "entré dans un long processus d’effondrement" et est "incapable de sortir des impasses du social-libéralisme", il "conserve néanmoins un enracinement dans les territoires". Et on peut même lire :

"Une social-démocratie peut renaître dans le futur, exprimant la recherche d’un changement à “petits pas” de la part de certains secteurs de la société et du salariat."

Le constat est plus dur concernant LFI : "Deux dynamiques la traversent : participer de la recomposition d’une nouvelle force social-démocrate, avançant des réponses réformistes sans prendre en compte l’enjeu de l’entreprise et les questions de classe ; s’engager jusqu’au bout dans l’aventure du “populisme de gauche”, au prix d’une rupture consommée avec les traditions de la gauche et du mouvement ouvrier."

Fermez le ban. Un retour, donc, au partenariat privilégié avec le vieil allié socialiste ? Aucun communiste ne le formule aussi abruptement. Mais ces paragraphes concrétisent une rupture avec le mouvement mélenchoniste. Et dessinent les futures alliances aux élections municipales de 2020. Le président de la commission du texte, Guillaume Roubaud-Quashie, estime pour sa part que cette interprétation "force et déforme" le sens de ces paragraphes : "Il n’y a aucune volonté de fermer davantage avec LFI qu’avec le PS", tient-il à préciser.

Une liste autonome aux élections européennes. C’est une belle illustration de la manière dont les communistes parviennent à ménager tout le monde, ou presque. En adoptant la formulation "nous proposons la candidature de Ian Brossat comme tête d’une liste de large rassemblement", le PCF arrive à satisfaire la nouvelle équipe dirigeante qui veut des listes autonomes communistes à chaque élection, et ceux, plus unitaires, qui pensent que le parti peut soutenir une liste unique avec une tête de liste non communiste.

En revanche, le problème pour les communistes reste les très mauvais sondages qui font planer un doute sur la capacité de la liste conduite par l’adjoint au maire de Paris chargé du logement d’atteindre les 3 % des voix donnant accès au remboursement de la campagne. Ian Brossat, dans son discours, a voulu placer les questions du "travail, pouvoir d’achat et de la vie chère" au cœur de son message, pour parler des "problèmes quotidiens" dus aux "politiques d’austérité", à la "concurrence effrénée".(...)

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