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l'attentat du 13 novembre 2015Terrorisme : la traque des commanditaires

Chronique du 13 novembre

Dans un article publié Mediapart, Matthieu Suc fait un bilan qui souligne que, trois ans après, les commanditaires du 13-Novembre 2015 ont tous été éliminés:

D’après les services secrets français, sept hauts cadres de l’État islamique étaient impliqués dans la tuerie du 13-Novembre. Durant deux ans, les cerveaux de l’attentat parisien ont été traqués et tués, un par un, en Syrie.

Le 17 novembre 2017, une frappe de la Coalition internationale en Syrie fauche le Belge Oussama Atar. Sa mort n’a fait l’objet d’aucun communiqué officiel, ni de la part des pays membres de la Coalition, ni de la part de l’État islamique (EI).

Officieusement, les services de renseignement ont été plus prolixes. Chez les Israéliens du Mossad, on considère qu’avec son élimination (et celle de quelques complices les jours précédents), la branche chargée au sein de l’EI des attentats en Europe a été décapitée au cours de cet automne 2017.

Au même moment, du côté de la DGSE, la boucle est bouclée, deux ans presque jour pour jour après les attentats de Paris. Le service de renseignement français avait déterminé que sept hauts cadres de l’EI étaient impliqués dans les préparatifs et le pilotage des commandos du 13-Novembre. Durant les deux années qui ont suivi le massacre, ils ont été éliminés l’un après l’autre. Oussama Atar était le dernier nom sur la liste.

La conclusion d'une guerre secrète qui avait débuté trois ans plus tôt. Le 22 septembre 2014, le porte-parole de l’organisation terroriste, Abou Mohamed al-Adnani, déclare la guerre à l'Occident : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français [...] –, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. [...] Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec sa voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. » Dans la foulée, l’État islamique se dote d’un bureau des opérations extérieures, un service secret dédié à la projection d’opérationnels hors de la zone syro-irakienne. C’est en quelque sorte la “CIA des djihadistes”.

L’idée de cette structure a été soufflée au calife Abou Bakr al-Baghdadi par un Algérien ayant grandi en France, Abdelnasser Benyoucef. Ce vétéran du djihad afghan et tchétchène est devenu l’un des principaux cadres de l’État islamique, un terroriste haut placé mais qui adopte, selon le contre-espionnage français, « une posture discrète ». Il est suspecté d’avoir piloté la cellule de Verviers (Belgique) – démantelée avant d’avoir pu passer à l’acte en janvier 2015 – ainsi que l’étudiant Sid Ahmed Ghlam – accusé d’avoir tué une automobiliste à Villejuif en avril 2015. En Syrie, Benyoucef est l’émir militaire d’une équipe de Libyens, la katibat al-Battar (en référence à l’épée du prophète). Il a alors sous ses ordres le jeune Abdelhamid Abaaoud et plusieurs membres des futurs commandos de Verviers et du 13-Novembre.

À Raqqa, Abdelnasser Benyoucef loge son bureau des légendes djihadistes dans le palais de l’Hospitalité, là où le régime syrien recevait autrefois ses invités de marque. La terrasse sur le toit est à l’abandon. Personne ne peut deviner ce qui se trame derrière les arcades couleur sable. Nulle silhouette ne se dessine à l’ombre des fenêtres grillagées. Et quand un véhicule sort de l’enceinte, ses vitres sont teintées, ses passagers encagoulés.

Les immeubles mitoyens sont annexés ; ils servaient de siège à l’ancienne sécurité politique de Bachar al-Assad, ce qui permet aux espions djihadistes de bénéficier des infrastructures de cette branche du Moukhabarat chargée de la surveillance des opposants au régime. Désormais, dans cette enceinte, il s’agit d’envoyer des terroristes en Afrique, en Europe, en Asie, afin d’y commettre des attentats. Lorsqu’ils partent en mission à l’étranger, ceux qui travaillent dans ce complexe tombent la cagoule, se rasent la barbe, s’habillent à l’européenne et chaussent des Asics.

Abdelnasser Benyoucef en a eu l’idée, mais c’est un autre qui dirige ce bureau. Un de ses proches, qui se fait appeler Abou Ahmed al-Iraki. Derrière ce nom de guerre se cache Oussama Atar. Comme Benyoucef, Atar est déjà un vieux client de l’antiterrorisme. Il connaît depuis une décennie les Irakiens et les Syriens aujourd’hui à la tête de l’EI. En 2005, Oussama Atar avait été condamné à dix ans de prison par un tribunal irakien pour avoir pénétré illégalement dans le pays, puis incarcéré à Abou Ghraib et au camp Bucca – où se trouvait, à la même période, le futur calife Abou Bakr al-Baghdadi.

Atar est épaulé par le Français le plus haut gradé au sein du califat, Boubakeur el-Hakim. Lui aussi est une vieille connaissance des djihadistes sur place. À lui seul, el-Hakim se trouve à l’origine au début des années 2000 de la filière dite des Buttes-Chaumont, au sein de laquelle on retrouvera impliqué Chérif Kouachi et inquiété son frère Saïd, les futurs auteurs du massacre de Charlie Hebdo. El-Hakim combattait alors les Américains en Irak sous les couleurs d’Al-Qaïda en Mésopotamie et, à ce titre, bénéficie d’une certaine notoriété sur place.

Au sein du bureau des opérations extérieures de l’EI, il est chargé de la planification et de la coordination des attentats en Europe et au Maghreb. Il a notamment à son actif le pilotage depuis Raqqa de l’attaque du musée du Bardo, qui a fait vingt et un morts à Tunis en mars 2015.

Atar, Benyoucef, el-Hakim et quelques autres composent l’ossature du bureau des opérations extérieures. Ils supervisent l’ensemble des attentats ciblant des pays membres de la coalition internationale. « On n’arrivera jamais à établir judiciairement qui fait quoi, m’avoue un magistrat. C’est une structure mutualisée avec quatre ou cinq vétérans en responsabilité qui se repassent les dossiers d’attentat, en fonction de leurs emplois du temps respectifs. » Comme dans n’importe quel bureau, dans n’importe quelle entreprise.

Au sein de l’État islamique, cette structure est d’abord placé sous l’autorité d’un certain Abou Younès al-Iraki, avant d’échoir dans le portefeuille du tout-puissant porte-parole Abou Mohamed al-Adnani. Décrit comme un fin connaisseur du Coran et du droit islamique, il apporte sa caution religieuse aux projets retenus et délivre la validation finale. Au fil du temps, il s’impose comme le bras droit du calife Baghdadi et, à ce titre, a un droit de regard sur les forces spéciales et les services secrets. Aussi quand les plus performants des apprentis djihadistes sortent des camps d’entraînement, ils sont conduits, yeux bandés et oreilles bouchées, dans un bâtiment secret. Ils sont fouillés et y entrent un par un pour se retrouver, toujours aveuglés, en face d’al-Adnani à qui ils doivent jurer fidélité et, à travers sa personne, à « l’émir des croyants » al-Baghdadi. Plus tard, ceux qui survivront aux combats les plus durs auront l’insigne honneur de devenir gardes du corps des deux dignitaires de l’organisation terroriste. D’autres composeront les futurs commandos envoyés en dehors du califat.

Car après une série d’attentats déjoués ou échoués début 2015, l’État islamique décide de changer de stratégie. (…)

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