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Tareq OubrouIslamisme en France : le projet Tareq Oubrou

Chronique du 12 novembre

Dans un de ses passionnants et lucides Écrits sans censure, Mohamed Louizi met à nu le Projet islamiste de Tareq Oubrou :

"Moi en tant que théoricien, métaphysicien, je vois le présent mais je vois le temps long. Le temps de la religion, ce n’est pas le temps du politique, ce n’est pas le temps de l’identité. C’est une vision qui s’inscrit à long terme. Si on veut vraiment que l’islam soit une religion de l’Occident, il faut du temps. Celui qui veut courir quarante kilomètres ce n’est pas comme celui qui veut faire cent mètres. Ce n’est pas le même rythme … "

Ainsi parla Tareq Oubrou clairement, non sans vanité perceptible en s’autoproclamant "théoricien" et "métaphysicien", dans un centre islamiste à Stains, dans le département de la Seine Saint-Denis, le fameux 9-3, devant des hommes et des femmes, des "frères" et des "sœurs", rassemblés sous un même toit mais séparés tout de même par un couloir qui semble être celui de la pudeur islamiste : les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Mais qui a parlé de mixité ?

Celui qui est désormais plébiscité ouvertement par le banquier Hakim El-Karoui (et par l’Institut Montaigne), et qui, selon certaines indiscrétions, pourrait être nommé prochainement par Emmanuel Macron, le président de la République, au poste usurpatoire et illégitime de "grand imam de France", à la tête d’un prétendu "consistoire islamique de France" ou d’un soi-disant "conseil théologique des imams" n’a pas tenu ce propos, comme on pourrait le supposer à tort ou à raison, il y a bien longtemps. Il ne l’a pas tenu durant ses années de militantisme islamiste acharné et à visage découvert pour rétablir le califat depuis son fief de Bordeaux alors que le filtre de l’habilité langagière, de la dissimulation taqiyyaniste, acquis avec l’âge et la fréquentation de certaines obédiences ésotériques, lui faisait défaut. Il avait ainsi dit dans un discours dogmatique et antisémite des années 1990, je cite :

"En 2 mars 1924, le califat est déclaré aboli par Mustafa Kamel, connu sous le nom d’Atatürk, c’est-à-dire, le père des Turcs, qui est un juif d’origine qui s’est déguisé en musulman. La Oumma se trouve alors dans une situation illégale. Je dirais même dans une condition de péché. Car le califat est une obligation [religieuse]. Et la réunion des musulmans autour d’un calife est une obligation [religieuse]. Et tant que les musulmans ne sont pas réunis autour du califat, ils sont des pécheurs sauf ceux qui œuvrent pour instaurer ce califat", à savoir : les Frères musulmans.

Non ! Ce n’est pas dans les années 1990 que Tareq Oubrou a dit avec assurance et acuité : "si on veut vraiment que l’islam soit une religion de l’Occident, il faut du temps. Celui qui veut courir quarante kilomètres ce n’est pas comme celui qui veut faire cent mètres. Ce n’est pas le même rythme … », mais en novembre 2016. Un an après les attentats de Paris. Quelques mois après que le groupe Etat islamique, Daesh et son calife, l’avaient menacé de mort. Cette menace fut utilisée par la suite, par une certaine presse complaisante, tel un gage de différenciation entre l’islam califal violent de Daesh et l’islam supposé "libéral", "légaliste" et du "juste milieu" de Tareq Oubrou. Force est de constater que cette menace ne pouvait que profiter à celui qui fait des pieds et des mains pour redorer son blason, faire oublier un passif frérosalafiste qu’il n’a jamais soldé et se repositionner pour paraître, aux yeux du petit monde politique et médiatique parisien, comme l’homme providentiel dudit "islam de France". N’a-t-il pas déclaré en mai 2018, dans le cadre de ce même processus de blanchiment de soi, qu’il quitte le foyer des Frères musulmans en France sans pour autant "rompre avec [sa] famille" islamiste ?

Quand on observe attentivement les choses, à la lumière de ce propos formel et explicite de Tareq Oubrou, on peut considérer sans risque de se tromper qu’au fond, entre le projet islamiste de Daesh et le projet islamiste de Tareq Oubrou, la différence majeure réside dans la cadence des actes fondateurs, dans le rythme des séquences d’implantation des jalons sur le chemin qui mène au califat. C’est la même différence qui existe en athlétisme entre le sprint et l’endurance. Si Daesh a décidé de sprinter pour rétablir le califat, ici et maintenant, en courant très vite les "cent mètres", Tareq Oubrou, lui, prône l’endurance et préfère le rythme marathonien, fidèle à l’idéologie des Frères musulmans qui vise le Tamkine par étapes et par étages sur le temps long. Paris ne s’est pas fait en un jour. Il ne sera pas "islamisé" en une génération de loups barbus. La meute rôdant autour sait donner du temps au temps …

Il y a presque deux ans, jour pour jour, le 20 novembre 2016, le frérosalafiste Nabil Ennasri avait choisi, comme premier invité de la première édition du prétendu "espace pluriel" du centre islamiste Shatibi de Stains, un conférencier "de marque" : son Frère, Tareq Oubrou. Ce dernier fut invité à discourir au milieu d’un public initié autour de la question stratégique : "La communauté musulmane de France entre spiritualité et identité : quel projet pour quel avenir ?". Tout un programme ! La conférence dura plus d’une heure. Le montage publié par Nabil Ennasri, quelques jours plus tard, dure 59 minutes et 23 secondes. Il semble, après vérification, toujours accessible sur Youtube. Un extrait vous est proposé sur ce lien. En plus du son, on a l’image. En plus des mots, on a les gestes. En plus du sens, on a les a priori. En plus des séquences cinégraphiques, on a le décor scénographique.

Sans papiers, sans notes, Tareq Oubrou, avec une spontanéité millimétrée, fit parler ses tripes, ses sourires, ses points de suspension ô combien révélateurs : les initiés ont certainement compris le dit et aussi le non-dit. Le temps dehors semblait maussade et pluvieux. Tareq Oubrou, aux mille et un discours adaptés à la situation, avait prévenu ses spectateurs et téléspectateurs : "Même le climat, il a une influence sur le discours. Je suis sûr et certain que s’il faisait beau, mon approche ne serait pas la même". Ici, il parlait bien de la part variable de son approche, de son discours, et non de sa part fixe, constante car idéologique. Cette part, malgré les précautions sémantiques, a pu s’imposer petit à petit, au fil des minutes qui défilaient. Certainement, la fatigue y était pour quelque chose. Et tant mieux ! Elle a permis au naturel, souvent chassé au cours des prises de parole sur les plateaux de télévision et les studios des radios, de revenir au galop sans voile. Ainsi, il faut vraiment prendre son mal en patience pour entendre à la cinquantième minute cette recommandation : "si on veut vraiment que l’islam soit une religion de l’Occident, il faut du temps. Celui qui veut courir quarante kilomètres ce n’est pas comme celui qui veut faire cent mètres. Ce n’est pas le même rythme" ! (…)

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