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chavez et castronVenezuela : réalités de la torture

Chronique du 9 novembre

Dans une enquête publiée par Mediapart, Jean-Baptiste Mouttet, sous le titre : "Au Venezuela, des opposants racontent la torture" on découvre un autre aspect de l'oppression complétant la misère infligées l'une comme l'autre au peuple vénézuélien, au nom du socialisme du XXIe siècle :

Bastonnades, électrocutions, asphyxies : les prisonniers politiques vénézuéliens sont victimes de multiples supplices et vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Dans l'incapacité de se défendre équitablement, ces détenus constituent une monnaie

Ils étaient une centaine de Vénézuéliens à suivre le cortège funèbre de Fernando Albán, le 10 octobre. "Assassins !", "Nous exigeons la justice !", pouvait-on lire sur les pancartes. Le gouvernement explique que le conseiller municipal du parti d'opposition Primero Justicia (PJ) s'est suicidé deux jours auparavant en se lançant du 10e étage du siège des services de renseignement vénézuéliens (Sebin), en plein centre de la capitale Caracas. Mais, pour l'opposition, il a été tué "par le régime".

Fernando Albán était suspecté d'avoir participé à l'attaque aux drones contre le président Nicolas Maduro en août dernier. Sa mort brutale n'étonne pas les anciens prisonniers politiques. "Les conditions auxquelles sont soumis les prisonniers, la terreur, peuvent amener à ce qu’une personne mette fin à sa vie. Cela montre la violence de cet organisme [le Sebin – ndlr]", nous explique Lorent Saleh, 30 ans, libéré le 12 octobre dernier et envoyé en Espagne après quatre ans de détention. Il a lui-même tenté de mettre fin à sa vie en avril 2015.

Or, comme le souligne l'avocat Alfredo Romero, le directeur de l'ONG Foro Penal qui assiste juridiquement des personnes emprisonnées arbitrairement, "l'État est responsable des détenus" – l'article 43 de la Constitution le rappelle. Le frêle Lorent Saleh est une figure honnie des maduristes. Pour le gouvernement, il était un "terroriste", proche d'Alvaro Uribe, qui planifiait des attentats au Venezuela. Quand il raconte la torture, son flot de paroles devient plus saccadé. Il décrit les "coups" encaissés lorsqu'il a changé de centre de détention, ou encore ce commissaire qui lui a "sauvé la vie" alors que des fonctionnaires l'asphyxiaient.

L'asphyxie, tout comme l'électrocution, sont des supplices qui reviennent systématiquement dans les témoignages des 8 anciens prisonniers politiques que Mediapart a pu interroger. Le Colombien Juan Pedro Lares, arrêté le 30 juillet 2017 et retenu par le Sebin durant 10 mois alors qu’il avait 23 ans, l’a subie. Il détaille la procédure : "Ils remplissent un sac de pesticides ou de gaz lacrymogène", le passent autour du cou et "frappent à l'estomac pour t'obliger à respirer".

Les théâtres de ces sévices sont bien connus des Vénézuéliens. À Caracas, l'Hélicoïde est un des centres de détention qui possède la plus triste réputation. Cet imposant bâtiment, ressemblant à une termitière, a été construit au début des années 1960 pour accueillir un centre commercial ou un hôtel de luxe. C'est aujourd'hui une prison contrôlée par le Sebin. "Bienvenue en enfer !" C'est par ces mots que Villca Fernández a été accueilli dans l'édifice par un commissaire. À son arrivée, l'ancien dirigeant étudiant de l'Universidad de Los Andes (ULA) est resté un mois, "jour et nuit", le bras gauche menotté à une grille dans un "couloir obscur avec des rats grands comme des lapins".

Pour Villca Fernández, les geôliers ont agi ainsi "pour [le] soumettre, [le] ramollir". Accusé d'incitation à la haine, divulgation de fausses informations, le jeune homme costaud se lève pour faire du café quand il s'agit de nous raconter par visioconférence son traitement à l'Hélicoïde. "Je ne savais pas qu'un être humain pouvait faire tant de mal à un autre être humain", dit-il. Libéré et directement envoyé au Pérou en juin 2018, il est resté en prison deux ans et demi.

Il se rappelle les déambulations nocturnes du commissaire surnommé "El Perro" (le Chien) et de sa batte en bois "géante". "Il sortait les prisonniers des cellules, les dénudait et les frappait jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus tenir sur leurs pieds." Dans les souvenirs resurgissent comme des fantômes les noms et les surnoms des bourreaux les plus sadiques.

Alexander Tirado alias "El Gato de Aragua" (le Chat d'Aragua), membre fondateur du parti Voluntad Popular, était un des meneurs des manifestations antigouvernementales connues sous le nom de mouvement "La salida" (la sortie), en 2014, dans l'État d'Aragua. Il fut arrêté le 21 mars 2014 et libéré quatre ans plus tard, le 3 juin 2018. Lui aussi a un nom qui le hante, et qu'il prononce avec précaution : Julio César Perez, directeur de la communauté pénitentiaire de Fénix, dans l'État de Lara.

Le 19 novembre 2014, Julio César Perez "est venu avec environ 8 personnes vêtues de noir, avec des fusils, nous chercher [lui et Raúl Emilio Baduel, fils du général Baduel]. Ils nous ont amenés sur un terrain goudronné, nous ont demandé d'enlever nos habits. En pleine journée, ils nous ont obligés à nous coucher". Sous le soleil vénézuélien, avec l'asphalte brûlant, "mon pénis s'est enflammé. J'ai toujours des marques. Et ils frappaient si on bougeait." Raúl Emilio Baduel a eu des côtes cassées.

Ceux qui sont passés par le centre pénitencier de la Uribana, comme "El Gato", se souviennent de cette batte de cricket utilisée pour frapper les prisonniers et qui portait une inscription ironique : "défense des droits de l'homme".

Les mauvais traitements peuvent survenir sans raison, par sadisme, pour soumettre un détenu ou lui extorquer des informations. Le 23 mai, en marge des manifestations contre le gouvernement, Yunior López, assistant du maire (Primero Justicia) de Mérida, est arrêté par la Direction générale de contre-intelligence militaire. "Ils m'ont dit : “Oublie ton avocat. Tu es à nous maintenant.” Ils voulaient le code de mon téléphone portable. L'un d'entre eux a chargé un pistolet et me l'a mis sur la nuque. C'est là que j'ai donné le code de mon portable." Il sera par la suite accusé d'espionnage, de trahison à la patrie et jugé devant un tribunal militaire.

Torture psychologique. Les cas de torture ne sont pas seulement physiques mais aussi psychologiques. Rosmit Mantilla, député de l'Assemblée nationale de Voluntad Popular – connu pour avoir révélé son homosexualité – était accusé d'avoir reçu de l'argent pour financer les manifestations anti-gouvernementales de 2014. Il a passé plus de deux ans dans l'Hélicoïde.

Pour le pousser à lever une grève de la faim, "le commissaire Richard Centano" lui apprend que sa sœur est enceinte – "Il connaissait jusqu'au nom de son médecin" – et lui signifie "qu'il peut se passer n'importe quoi".

Les chantages visant des amis (…)

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