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après l'attaque de boko haramNigeria : attaque de Boko Haram contre une base militaire

Chronique du 31 octobre

Les jihadistes de Boko Haram ont lancé une importante attaque contre unSe base militaire dans le nord-est du pays, tuant un soldat, ont annoncé le 28 octobre des responsables de la défense. L'attaque contre le bataillon 145 à Gashigar, dans l'État de Borno, a commencé le 27"octobre et a continué tôt le lendemain matin, a précisé le porte-parole de l'armée de l'air, Ibikunle Daramola.

"Les BHT (terroristes de Boko Haram) à bord de camions équipés de canons (...) ont avancé sur le camp à partir de deux directions", a ajouté le porte-parole dans un communiqué. Avec le soutien d'hélicoptères, les forces régulières nigérianes "ont forcé les terroristes de Boko Haram à battre en retraite du camp." "Un soldat a été tué au cours de l'attaque et quatre ont été blessés", selon un communiqué posté sur Twittter.

Cette attaque est la deuxième en un mois contre Gashigar.

En septembre, les jihadistes à bord de camions équipés de canons de DCA avaient attaqué Gashigar avant d'être repoussés par l'armée.
Depuis juillet, au moins neuf bases militaires ont été attaquées de la même manière, principalement dans la partie nord de l'État de Borno, région très excentrée du pays, près du lac Tchad. Boko Haram a intensifié ses attaques au cours des derniers mois contre les bases militaires de Borno et de l'État voisin de Yobe, en dépit des affirmations des militaires selon lesquels les forces régulières ont le dessus contre les jihadistes. De nombreux soldats ont été tués, blessés ou sont portés disparus mais les militaires ont démenti ou minimisé leurs pertes.

Depuis septembre, les combattants de la faction de Boko Haram de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont multiplié ces dernières semaines les attaques contre l'armée nigériane et les civils. Une recrudescence qui pourrait s'expliquer par la mort de Mamman Nur, numéro"2 de l'organisation considéré comme "modéré".

Une sage-femme employée du Comité international de la Croix Rouge (CICR) détenue depuis plus de six mois par Boko Haram au Nigeria a été exécutée par l’organisation islamique, a révélé le CICR., ainsi que les rumeurs sur la mort supposée d’un haut responsable du groupe jihadiste font craindre une recrudescence des violences dans le nord-est du Nigeria.

Suite à l’enlèvement de la jeune femme, nommée Saifura Khorsa – dont la nationalité n’a pas été dévoilée – une "demande scandaleuse (de rançon)", dont le montant était "irrecevable", était parvenue aux autorités, qui l’avaient ignorée, indiquent des informateurs au sein du groupe.

Cette exécution intervient alors que des informations publiées la semaine dernière notamment par le quotidien nigérian Daily Trust indiquent que des combattants de la faction de Boko Haram de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) auraient tué leur numéro 2, Mamman Nur.

Celui-ci, un Arabe shuwa dont les parents étaient originaires du Tchad, était un proche et un lieutenant de Mohamed Yusuf, le fondateur de la secte Jama’atu Ahl as-Sunnah il-Da’awati wal-Jihad (Communauté des disciples pour la propagation de la guerre sainte et de l’islam), qui sera bientôt connue sous le nom de Boko Haram.

En 2009, après la mort de Yusuf, abattu par la police, Mamman Nur n’avait pas tardé à faire sécession du groupe de Boko Haram dirigé par Abubakar Shekau, "plus radical et le plus agressif", selon International Crisis Group, pour fonder l’ISWAP, qui s’était engagé à ne frapper que des cibles "dures", militaires et gouvernementales.

L’assassinat de Saifura Khorsa accrédite donc la thèse de l’assassinat de Mamman Nur, ou au moins de sa mise à l’écart au profit "des éléments les plus radicaux du groupe, qui préfèrent la violence aveugle telle qu’elle est menée par Shekau", a déclaré à l’AFP une source bien informée sous couvert d’anonymat. Abou Mosab Al Barnawi, le fils de Mohammed Yusuf, qui dirige actuellement l’ISWAP, serait lui-même menacé.

Le gouvernement nigérian n’a fait aucun commentaire officiel à propos de la mort supposée de Nur. Plusieurs sources bien informées ont indiqué à l’AFP que l’opposition à Nur n’a cessé de grandir depuis l’enlèvement de plus de 100 écolières dans la ville reculée de Dapchi, dans l’État de Yobe, en février dernier. Toutes les étudiantes sauf une – la seule chrétienne du groupe – ont été ramenées dans leur foyer après un mois de captivité.

Une personne impliquée dans les négociations entre le gouvernement et les ravisseurs a assuré qu’aucune rançon n’avait été payée pour la libération des jeunes adolescentes. "La seule condition donnée par le gouvernement était que les troupes observeraient un cessez-le-feu temporaire et permettraient un passage sûr pour permettre aux combattants de ramener les otages", précise-t-elle.

Leur libération a fortement déplu aux lieutenants de Nur, qui insistaient pour obtenir des rançons lucratives en échange des otages. Et lorsqu’en août dernier, l’ONU déclare qu’une "grande rançon" a été payée, les lieutenants ont été convaincus d’avoir été trompés, selon des témoignages recueillis par l’AFP. "La trahison est un crime impardonnable punissable de mort au sein de Boko Haram et Nur a été mis à mort sur la conviction qu’il a pris la rançon et l’a cachée", a déclaré l’une des personnes interrogées.

Les commandants les plus radicaux auraient désormais choisi un nouveau chef qu’ils appellent "Amirul Jaish" ("commandant en chef" en arabe). Ces dernières semaines, l’ISWAP a multiplié les attaques contre l’armée nigériane, ce qui, selon les analystes en sécurité qui suivent le conflit, est le signe que le groupe a renforcé ses capacités de nuisance et son organisation.

L’ISWAP domine les rives du lac Tchad dans l’État du Borno tandis que la faction dirigée par Shekau est concentrée autour et au sein de la forêt de Sambisa. Les discussions sur un éventuel rapprochement du groupe, qui est divisé depuis le mois d’août 2016, ont été envisagées à plusieurs reprises, mais n’ont pas abouti jusqu’à présent.

Le conflit entre l’armée nigériane et les insurgés islamistes a fait plus de 27 000 morts dans le nord-est du Nigéria depuis 2009. Près de deux millions de personnes ont été déplacées. Dans ce contexte de tensions et en vue des élections générales en février 2019, tous les experts craignent une grave escalade des violences.

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