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Ivan DuqueVenezuela : la Colombie écarte toute solution militaire

Chronique du 26 octobre

Dans un entretien recueilli par Pierre Michaud  et publié ce 26 octobre sur Euronews, le présidentcolombien Iván Duque déclare : "j'ai toujours dit que la solution au Venezuela ne pouvait être militaire."

Le 7 août dernier, Iván Duque est devenu, à 42 ans, le plus jeune président de l'histoire récente de la Colombie. Ce conservateur, entré en politique il y a seulement 4 ans, va devoir gouverner un pays tiraillé entre droite et gauche, entre sympathisants et opposants au processus de désarmement des guérillas.

Euronews l'a rencontré à l'occasion de son premier tour d'Europe pour évoquer notamment sa position face à la crise au Venezuela, lui qui réclame la destitution de Nicolás Maduro.

Euronews : L'une des questions qui vous a amené ici à Bruxelles est la crise des réfugiés. On estime à un million le nombre de Vénézuéliens entrés en Colombie pour fuir la crise économique dans leur pays. C'est un chiffre très important. Dans quelle situation se trouvent ces personnes ? Iván Duque : Depuis l'arrivée au pouvoir de notre gouvernement, ce que nous avons fait, c'est dire au peuple vénézuélien que notre politique d'immigration est une politique accueillante. D'abord en faisant preuve de compréhension, parce qu'ils fuient la persécution d'une dictature. Ce que nous voulons faire en Colombie, c'est vraiment normaliser la migration, apporter une aide humanitaire. De toute évidence, il y a beaucoup de personnes qui se retrouvent dans des situations d'extrêmes vulnérabilité. Cela représente une pression fiscale et sociale pour la Colombie.

Euronews : Qu'attendez-vous de la part de l'Union Européenne ? Bruxelles a déjà débloqué 35 millions d'euros pour apporter une aide humanitaire dans la région. Lors de vos rencontres avec les dirigeants européens, avez-vous passé d'autres accords ? Iván Duque : Plusieurs. Tout d'abord, nous sommes reconnaissant pour le soutien économique qui nous est offert. Il va également falloir affronter les causes de cette crise. Je pense que le monde doit être plus strict sur les sanctions qui sont appliquées à la dictature et aux personnes qui forment son entourage.

Euronews : Vos relations avec le Venezuela sont loin d'être cordiales, vous parlez de dictature. Le gouvernement espagnol a proposé d'ouvrir un dialogue avec le président Nicolás Maduro, pour aller au delà des sanctions imposées par l'Union européenne. Que pensez-vous de cette perspective ? Iván Duque : Dialoguer avec ce dictateur, qui commet quotidiennement des crimes, n'a donné, pour l'instant, aucun résultat. La communauté internationale doit l'obliger à quitter le pouvoir et à entamer une transition pour aider les Vénézuéliens à retrouver leur liberté.

Euronews : Il a été dit que vous étiez favorable à une intervention militaire pour le renverser, vous confirmez ? Iván Duque : C'est le contraire. J'ai toujours dit que la solution ne devait pas être militaire. Parce que c'est toujours ce que souhaite un dictateur. Un dictateur cherche toujours à créer le mythe d'une intervention militaire pour donner du poids à son argumentaire et rester au pouvoir.

Euronews : De votre prédécesseur, Juan Manuel Santos, vous avez hérité de l'accord de paix conclu avec les FARC. Vous l'avez beaucoup critiqué pendant votre campagne électorale. Vous disiez d'abord vouloir revenir sur cet accord, puis vouloir le modifier. Maintenant que vous êtes président, que voulez-vous conserver, que voulez-vous changer ? Iván Duque : Je n'ai jamais dit que j'allais annuler l'accord. Pendant la campagne, j'ai été très clair sur les choses qui pourraient mal tourner. Aujourd'hui, en tant que président, j'ai dit ce que j'ai toujours dit : que nous allions le mettre en œuvre, en nous concentrant sur une transition pour réinsérer les guérillas. Nous soutiendrons tous ceux qui souhaitent véritablement se réinsérer. Et nous aurons une tolérance zéro pour tous ceux qui préféreront retourner à une vie de criminel.

Euronews : Tous les anciens chefs de guérillas pourront participer à la vie politique ? Iván Duque : En Colombie, nous ne pouvons pas avoir une politique de deux poids, deux mesures. Une politique selon laquelle une personne qui siège au Congrès et qui commet un crime ne peut plus jamais aspirer à cette position, et où ceux qui ont commis des crimes contre l'humanité y demeurent.

Euronews : Mais il y a des précédents en Europe. Par exemple, en Irlande du Nord, certains leaders de l'IRA ont participé ensuite à la vie politique du pays. Ne pensez-vous pas qu'en bloquant politiquement ces membres de la guérilla, vous déformez l'essence de ces accords ? Iván Duque : Premièrement, ils participent déjà. Deuxièmement, ce qui est sûr c'est qu'ils doivent passer devant la justice transitionnelle. Mais puisque vous me présentez des exemples venus d'autres pays, il y en a un autre très intéressant, en Espagne : le politicien basque Arnaldo Otegi. Otegi n'a pu se présenter aux dernières élections en raison de ses crimes de sang.

Euronews : Mais il n y a pas eu de processus de paix en Espagne. En Irlande du Nord ou en Colombie, oui. Iván Duque : Dans le cas de la Colombie, quand le processus a été validé, il a toujours été convenu qu'il y aurait une justice transitionnelle basée sur les principes de vérité, de justice, de réparation et de non-récidive.

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