logo ihs

Troupes ukrainiennes lors de l’exercice Saber Junction 2018 (crédit : Ministère de la défense de l’Ukraine)Ukraine : enseignements militaires du conflit

Chronique du 23 octobre

Le conflit dans l’Est en Ukraine est, selon les militaires français, "intéressant" en termes de retour d’expérience. Ce conflit légèrement oublié a été dévastateur en termes de pertes humaines. Et la ‘défaite’ des Ukrainiens, dans la première année de guerre 2014-2015, face à des troupes théoriquement plus faibles en nombre, recèle plus d’un enseignement;

 "C’est un conflit intéressant pour nous, aux caractéristiques dimensionnantes, tant dans le domaine capacitaire que dans celui de la préparation opérationnelle" a ainsi indiqué le général Pascal Facon, chef du CDEC (centre de doctrine et d’enseignement du commandement) de l’armée française devant les députés français fin septembre (1) . "Nous devons être prêts à nous engager dans un conflit approchant la haute intensité et les caractéristiques observées dans l’est de l’Ukraine."

Une bataille de blindés. "Ces combats ont opposé 30 000 Ukrainiens, déployant environ 2 000 véhicules blindés d’infanterie et 600 chars, faisant face à 2 000 combattants séparatistes équipés de véhicules blindés, souvent récupérés sur leurs adversaires."

Enseignement : "c’est une bataille de blindés qui justifie la réflexion d’aujourd’hui sur l’après-char Leclerc, le programme Main Ground Combat System (MGCS)".

Un grand nombre de blessés. En février 2015 "au moment où le front s’est stabilisé, on comptabilisait 5 300 morts et 12 000 blessés." En moins d’une année de combat. "Ce qui dépasse les taux de pertes de nos opérations actuelles."

Enseignement : "nous devons, à l’aune de ce retour d’expérience, nous préparer à gérer un nombre important de blessés".

Un faible entraînement + peu de volonté de combattre. Les forces ukrainiennes avaient un "entraînement limité". "Des durées de formation trop courtes et des équipements individuels inadaptés – sac à dos, chaussures, protections individuelles, trousses de première urgence inexistantes, transmissions non sécurisées – ont affecté initialement leur volonté de combattre."

Enseignement : "au premier stade de l’endurance, il y a donc l’équipement du soldat et l’entraînement dont il a bénéficié. Mais il y a aussi la force morale."

Une image dégradée des forces armées. En Ukraine, "les forces ukrainiennes semblent avoir été surprises par les événements dans le champ de la mobilisation. 50 % des effectifs attendus ne se sont pas présentés […] L’image parfois dégradée des forces armées au sein de la population a eu une influence évidente sur son efficacité. Cet état de fait a poussé les jeunes à rejoindre des bataillons de volontaires dont le volume total a atteint 7 000 hommes, plutôt que d’entrer un processus de mobilisation."

Enseignement : "l’importance qu’il convient d’accorder aux facteurs de résilience d’une société, à sa capacité à cultiver l’esprit de défense, son esprit guerrier."

Des forces peu agiles. Les Ukrainiens "ont probablement éprouvé des difficultés à mesurer qu’une action qualifiée de lutte antiterroriste pouvait dériver vers un conflit localement de haute intensité."

Enseignement : "au regard des conflits récents, l’agilité, envisagée sous l’angle de l’adaptation au changement et sous l’angle de la capacité à se reconfigurer, s’impose comme un facteur essentiel."

Inutile d’avoir de gros moyens si on n’a pas de maintien en condition opérationnelle

Fait intéressant : "sur le papier, les Ukrainiens disposaient d’une supériorité matérielle indiscutable avec 2 300 chars, 3 800 blindés et 3 100 pièces d’artillerie, mais, du fait des conditions de stockage de leurs matériels et de procédures de maintien en condition inappropriées, la disponibilité technique opérationnelle (DTO) n’excédait pas 60 % au début des combats."

Conclusion : "la masse, sans le maintien en condition opérationnelle (MCO), ne sert à rien".

La puissance de l’artillerie sol-sol et sol-air. "Durant les affrontements, deux régiments ont été détruits à 70 % en l’espace de six minutes par des lance-roquettes multiples."

Enseignement : "nous avons redécouvert la puissance de l’artillerie sol-sol et sol-air, l’effet de masse que cette arme procure dans des affrontements de haute intensité et la permanence des feux qu’elle assure."

Disposer de contre-feux. Dans l’Est de l’Ukraine, "l’artillerie sol-air séparatiste a littéralement interdit, en détruisant les aéronefs ukrainiens, la libre disposition de l’espace aérien, pourtant indispensable pour assurer l’appui des troupes au sol."

Enseignement : "La guerre de haute intensité met en lumière l’importance du déni d’accès et la nécessité de disposer de moyens permettant de le contourner pour accéder à un espace de manœuvre. La puissance des feux indirects repose aussi sur des capacités dans le domaine des radars de contre-batterie et dans la lutte anti-drones, qui constitue le premier stade de la lutte permettant de se soustraire à la contre-batterie adverse."

Source : article de Nicolas Gros-Verheyde sur le site Bruxelles 2

Note :(1) cf. le compte-rendu de séance de la commission Défense de l’Assemblée nationale du 25 septembre

Pour vous abonner ou commander un numéro de notre revue Histoire & Liberté

Recevoir nos mises à jour →   Revenir au fil de nos chroniques

Tweet