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communautarisme à l'écoleÉcole : le communautarisme à l'œuvre

Chronique du 17 octobre

Dans une tribune publiée par Figarovox Céline Pina(1) s'étonne de la prise de conscience tardive des autorités de l’État : "Une note pointe le communautarisme à l'école… quel scoop !"

Une note des services secrets révèle l'inquiétante montée des tensions communautaires à l'école. Céline Pina y voit la confirmation de l'existence d'un séparatisme musulman, dénoncé pourtant depuis plus de quinze ans par de multiples voix émanant de la société civile.

Selon Europe 1, une note "ultra-confidentielle" des services secrets, adressé au plus haut sommet de l'État, explique que se multiplient à l'école les problèmes et les tensions liés au fait que certains élèves musulmans font passer leurs préceptes religieux avant la loi, contestent le savoir du professeur au nom du Coran, ne respectent plus l'autorité d'une institution dont ils contestent la légitimité et instaurent intolérance et volonté séparatiste au nom de leur foi, au sein même de l'institution où est censé être transmis l'esprit citoyen.

Ultra-confidentielle cette note ? On a envie d'éclater de rire tant le scoop est éventé. En effet, on cherche en vain une quelconque révélation dans une note qui ne raconte que des faits archiconnus et dénoncés depuis des années, et pas seulement par des lanceurs d'alerte, mais au sein même de l'institution : du rapport Obin au dernier livre de Bernard Passet ("principal ou Imam de la république") en passant par les alertes données par certains élus locaux inquiets et excédés. Est-il possible que nos services secrets aient oublié les manifestations de haine et les sifflets constatés dans certains Collèges et Lycées au moment de la minute de silence lors des attentats de Charlie Hebdo ou qu'ils ignorent vraiment le relevé des incidents qui émaillent depuis des années les tentatives d'enseigner la Shoah ou simplement l'anatomie du corps humain ? Que dire quand ces violences font que certains établissements ne peuvent plus accueillir d'élèves juifs car ils ne peuvent garantir leur sécurité ? Cela fait quelques années maintenant que ces histoires choquantes sont le quotidien de nombre de quartiers et d'établissements scolaires, cela fait des années que la presse régionale en parle et l'école était déjà au cœur des "Territoires perdus de la République", livre collectif qui poussait un cri d'alarme dès 2002 sur la montée de l'offensive islamiste dans les banlieues. Aussi ne peut-on s'empêcher d'éprouver un sentiment de sidération quand cette note est présentée comme une grande découverte alors qu'elle n'évoque, pour nombre d'acteurs de terrain, qu'une réalité qu'ils affrontent seul depuis longtemps. Réalité qui leur a valu souvent de se faire traiter de racistes et de suppôts de l'extrême droite par ce sommet de l'État, dont le principal privilège est de pouvoir ignorer que la concorde civile se désagrège et la confiance en la protection de l'État se délite, car dans certains endroits, on ne vit déjà plus sous la loi française et que dans beaucoup d'autres, l'on craint de basculer dans ce no man's land des territoires à la fois perdus et abandonnés.

Ultra-confidentielle cette note ? On a envie d'éclater de rire tant le scoop est éventé.

On a d'autant plus l'impression que l'on se moque de nous, que si nos grands dirigeants ont la mémoire courte et les yeux bandés, les citoyens ne peuvent, eux, se permettre le luxe du déni tant la lèpre paraît se répandre sans qu'elle ne soit combattue. Il semblerait ainsi qu'au plus haut sommet de l'État, on a vite oublié que l'école a été le lieu de la plus importante offensive islamiste dès 1989, quand des militants ont essayé d'y faire accepter le voile. Cet étendard de l'islam politique avait alors pour vocation d'inscrire le refus de l'égale dignité des êtres humains au cœur même du service public chargé de transmettre cet idéal qui fonde l'esprit de notre constitution et de nos lois. Et cela a failli marcher, avec la complicité du Conseil d'État et à cause de la lâcheté du ministre de l'Éducation de l'époque. Ce qui nous a sauvés : un parlement qui a pris ses responsabilités et des hauts fonctionnaires courageux, notamment un. Car ce rapport "ultra-confidentiel" dont se gargarise Europe 1 ne dit jamais que ce que disait déjà en 2004 le rapport Obin, qui eût le mérite de montrer à quel point la loi sur l'interdiction du port du voile à l'école était une nécessité.

Cet inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale n'avait pas mâché ses mots à l'époque lorsqu'il avait évalué "les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires". Il ne s'en était pas tiré par une pirouette sur les religions en général, permettant de diluer le problème en ayant l'air de l'aborder et de fermer le ban tout en faisant semblant d'être un parangon de lucidité. Il avait clairement nommé le problème et décrypté les enjeux : "Un grand nombre d'élèves d'origine maghrébine, Français voire de parents français, la majorité sans doute dans certains établissements, se vivent comme étrangers à la communauté nationale, opposant à tout propos deux catégories : "les Français" et "nous". […] L'identité collective, qui se référait souvent hier chez les élèves à une communauté d'origine, réelle ou imaginaire, et qui avait fait parler à certains sociologues de "l'ethnicisation" des rapports entre les jeunes, semble se transformer de nos jours en un sentiment d'appartenance assez partagé à une "nation musulmane", universelle, distincte et opposée à la nation française. Ses héros sont à la fois les adolescents palestiniens qui affrontent à mains nues les blindés israéliens, et dont les images des corps ensanglantés passent en boucle sur les chaînes satellitaires des pays arabes, et les chefs djihadistes responsables des attentats de New York et de Madrid".

Le rapport évoquait aussi la question d'influences extérieures : "Le projet de ces groupes ouvertement ségrégationnistes et qui dénoncent l'intégration comme une apostasie ou une oppression, va encore plus loin. Il essaye aussi de rassembler ces populations sur le plan politique en les dissociant de la nation française et en les agrégeant à une vaste ‘nation musulmane'".

Cette note peut annoncer un sursaut salvateur de nos gouvernants.

Du coup, on peut avoir le sentiment qu'apprendre à notre Président que la terre est ronde sera l'objet de la prochaine note ultra-confidentielle de nos services à ce rythme. Et peut-être aurait-on tort de montrer tant d'ironie. Car si nos gouvernants successifs ont refusé d'ouvrir les yeux sur le séparatisme islamiste, cela n'est pas le cas de nos services. Aussi l'histoire de la note "confidentielle" qui fuite est peut-être une meilleure nouvelle qu'il n'y paraît. Elle peut permettre en effet de mettre en scène la prise de conscience de la situation au plus haut niveau de l'État, tout en innocentant nos grands élus de leur aveuglement passé : ils n'ont pas été lâches et irresponsables, ils n'étaient juste pas informés.

Cette mise en scène est d'autant plus indispensable que le départ de Gérard Collomb, alertant sur l'aveuglement gouvernemental face à l'islamisme nous a fait regretter qu'il n'ait pas été capable d'autant de courage et de détermination quand il était en poste. Il n'en reste pas moins que cette grenade qui a été dégoupillée sous le nez du Premier ministre l'empêche de jouer avec crédibilité le grand air de l'ignorance et de l'innocence. Dans le gouvernement Macron plus personne ne pourra dire demain qu'il ne savait pas.

Alors si cette histoire de rapport "ultra-confidentiel" est parfaitement hypocrite, mais qu'elle annonce un sursaut salvateur de la part de ceux qui nous gouvernent, cette petite atteinte à notre intelligence collective aura finalement servi une juste cause. C'est ce qui importe au fond. Il faut pouvoir reconnaître que c'est bien parce que les privilèges protègent de certaines réalités qu'ils sont désirables. Ce faisant, ils peuvent réellement donner une illusion de solidité de leur monde à ceux qui le dirigent tandis que ceux qui le vivent ne peuvent en ignorer l'éclatement. C'est peut-être ce véritable fossé que cette note essaie de combler. En ce cas elle permettrait que soient prises les mesures qui s'imposent, tout en sauvant la face de ceux qui, en position de les prendre, les ont longtemps ignorées et ne sont pas pour rien dans l'état de déréliction de certains établissements. À défaut d'être très moral, le procédé a le mérite du réalisme : on ne reconstruit jamais sur du vide et le succès d'une idée politique ne se mesure pas aux courageux qu'elle fait se lever, mais aux timorés et aux cyniques qui finissent par l'épouser.

Céline Pina

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Note : (1) Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de "la femme musulmane" de Pontoise et a publié "Silence Coupable" (éd. Kero, 2016). Elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l'indispensable universalité de nos valeurs républicaines.

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