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un camp de rééducation en chineChine : retour aux camps de rééducation

Chronique du 3 octobre

Sur le site Réinformation TV, Clémentine Jallais consacre un article aux camps de rééducation politique en Chine communiste – comme au bon vieux temps :

Ces camps de rééducation existent donc bel et bien au nord-ouest de la Chine, dans le Sinkiang et ce sont les Ouïghours, peuple turcique à majorité musulmane, qui sont principalement visés. Le gouvernement en nie toute existence, préférant parler de "formation professionnelle"… formation pour le moins coercitive qui passe en particulier par l’interdiction de la pratique religieuse et l’endoctrinement. Il faut mettre au pas ces communautés coupables de n’être point assez chinoises et de porter, de ce fait, des ferments potentiels de rébellion. Pékin veut définitivement modeler les Ouïghours musulmans à son image – les chrétiens subissent le même sort. Pas de liberté pour les ennemis du communisme.

Être Chinois ou ne pas être – ou plutôt être communiste ou ne pas être… L’ONG Human Rights Watch a publié un rapport révélant l’ampleur de la répression que le gouvernement chinois fait peser sur l’ensemble de la population ouïghoure, nous apprend Breitbart. Et de deux manières bien complémentaires : par la détention arbitraire de familles entières dans des "camps de rééducation" et par l’organisation d’une surveillance humaine et technologique méthodique de tous les citoyens libres du Sinkiang. Des deux côtés, les droits de l’homme, définis comme tels, sont largement violés : droits fondamentaux à la liberté d’expression, à la religion et à la vie privée, et surtout protections contre la torture, les mauvais traitements et les procès inéquitables. Des violations "d’une ampleur jamais vue en Chine depuis la Révolution culturelle de 1966-1976", selon l’ONG qui a pu recueillir le témoignage de cinq personnes vivant dans les camps et de 58 anciens résidents du Sinkiang, vivant depuis à l’étranger.

De la détention arbitraire de masse : les belles heures du patriotisme chinois. Selon le rapport, jusqu’à un million de personnes vivraient dans les camps de rééducation politique. Un rapport similaire publié dans Radio Free Asia suggère qu’un Ouïghour sur six au Sinkiang a été détenu dans un tel camp. Ceux qui se sont échappés ont rapporté qu’ils devaient atteindre un certain "niveau" de patriotisme pour pouvoir sortir : par exemple, apprendre plus de 1 000 caractères chinois, ou encore, selon les rapports d’autres ONG, manger du porc, écouter et regarder des heures de propagande pro-Xi Jin-ping… Certains Ouïghours ont signalé à Human Rights Watch que la moitié ou plus des membres de leur famille proche se trouvent dans ces camps. Une femme a déclaré que son mari, ses quatre frères et leurs douze neveux, c’est-à-dire tous les hommes de la famille, y étaient détenus depuis 2017. En dehors du camp, ce n’est pas tellement mieux. Chaque résident, dont l’ADN a été en général extrait de force par la police, est suivi dans tous ses déplacements, les contrôles sont systématiques, les restrictions récurrentes. Chaque profil a son propre indicateur de fiabilité politique… Même les pays voisins ont été mis sous pression, de sorte que certaines familles ont été, sans doute ad vitam, divisées, laissant parents et enfants de part et d’autre des frontières.

Sous prétexte de terrorisme, on peut tout mettre en place – ou presque.

Les camps de rééducation : un "soft power" de contrôle sociétal ? Car c’est bien sous prétexte de terrorisme que le gouvernement chinois a investi tant de "ressources" financières, humaines et techniques pour le contrôle social au Sinkiang. Depuis mai 2014 et le lancement de sa campagne "Strike Hard" au Sinkiang, le gouvernement chinois a mis peu à peu en place un certain nombre de mesures de plus en plus répressives, comme l’interdiction des transports publics aux barbus, la fermeture des mosquées ou l’interdiction de pratiquer l’islam…

Depuis la fin 2016, les sanctions se sont multipliées, le nombre de personnes officiellement arrêtées a triplé. Et ces fameux camps de rééducation politique ont vu le jour, en marge des prisons réglementaires.

Des camps qui n’ont aucun  fondement en droit chinois, mais dont Pékin garantit bien sûr les bonnes intentions… Dès le lendemain de la parution du rapport, le ministère chinois des Affaires étrangères accusait Human Rights Watch de "préjugés contre la Chine". Et jeudi, Li Xiaojun, du Bureau d’information du Conseil des Affaires d’Etat, répondait aux questions des journalistes aux Nations unies, en insistant sur le fait qu’aucun "mauvais traitement" des musulmans n’était commis dans le pays.

"Ce que la Chine est en train de faire, c’est de créer des centres de formation professionnelle, des centres éducatifs (…) c’est comme si vos enfants allaient dans des écoles de formation professionnelle pour acquérir de meilleures compétences et de meilleurs emplois après l’obtention du diplôme" ! La générosité communiste est toujours à prendre avec des pincettes…

La Chine offre des diplômes "sans heurt". Il a refusé l’expression "camps de rééducation" disant que c’était la marque de fabrique "des pays d’Europe orientale", comprenez des gouvernements soviétiques du XXe siècle… Sauf qu’en l’occurrence, la Chine est le plus grand disciple sur terre de ces totalitarismes qui perdurent de manière revisitée à travers elle – un programme communiste dépourvu de son volet économique n’en demeure pas moins communiste.

Il suffit de relire le discours de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise du Sinkiang, en mars 2017 : « La formation n’a qu’un seul objectif : apprendre les lois et les règlements… éliminer les idées sur l’extrémisme religieux et le terrorisme violent, et guérir les maladies idéologiques. Si l’éducation ne se déroule pas bien, nous continuerons à dispenser une éducation gratuite jusqu’à ce que les élèves obtiennent des résultats satisfaisants et obtiennent leur diplôme sans heurt"…

Et pendant ce temps, la Chine caracole sur la scène internationale, sans heurt non plus

Source : Réinformation TV

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