logo ihs

poutine et medvedevRussie : revers électoraux pour Poutine

Chronique du 2 octobre

Dans L'Opinion du 28 septembre Junzhi Zheng souligne que quatre gouverneurs sortants du parti au pouvoir, Russie Unie, soutenus par le Kremlin, n’ont pu s’imposer au premier tour et, deux d’entre eux ont perdu au second face aux candidats de l’opposition

​Les députés de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, ont adopté le 27 septembre en dernière lecture le projet de réforme qui repousse l’âge légal du départ en retraite. Après avoir été amendé, le projet prévoit de porter l’âge de départ à la retraite de 60 ans à 65 ans pour les hommes et de 55 ans à 60 ans pour les femmes. Le texte doit maintenant être approuvé par la chambre haute du Parlement avant d’être promulgué par le président Poutine.

La "meilleure Coupe du monde de football" ? Oubliée ! Cela fait un bon moment que l’euphorie du Mondial est révolue en Russie, cédant sa place à la grogne de la population, outrée par la réforme des retraites. En réalité, le mandat de Vladimir Poutine, élu en mars Président pour la quatrième fois, commence mal. Plusieurs protégés de son parti viennent d’échouer à se faire élire dès le premier tour dans des scrutins régionaux, ce qui est en soi inhabituel. Mais, pire, ils ont été battus au second tour par des "petits" candidats d’opposition.

Tout a commencé le 9 septembre, journée électorale au cours de laquelle les Russes étaient invités notamment à choisir leurs nouveaux gouverneurs. En Primorié (Extrême-Orient), le gouverneur sortant et candidat de Russie Unie, Andreï Tarassenko, 55 ans, n’ayant pas recueilli 50 % des voix au premier tour, a dû affronter Andreï Ichtchenko, 37 ans, le candidat du Parti communiste, dans un second tour. Un scandale a éclaté lors de ce second tour : Tarassenko s’est déclaré vainqueur alors que le dépouillement de 95 % des votes venait contredire cette annonce… Les résultats ont été ensuite annulés par la commission électorale centrale et un nouveau scrutin se tiendra en décembre prochain.

Un malheur n’arrive jamais seul. Dans le territoire de Khabarovsk, région voisine, le résultat est sans appel. Au second tour, le candidat de Russie Unie et gouverneur depuis 2009, Viatcheslav Chport, a été sèchement battu par son adversaire du Parti libéral-démocrate (le LDPR de l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski), Sergueï Fourgal : 27,97 % des suffrages contre 69,57 %.

Raisons de santé. Même triomphe électoral pour le LDPR dans la région de Vladimir, située à 180 km à l’est de Moscou, où son candidat Vladimir Sipiaguine a remporté le scrutin à 57,03 % contre 37,46 % pour la représentante de Russie Unie, Svetlana Orlova, gouverneure sortante.

Mais c’est dans la république de Khakassie (Sibérie) que s’est jouée la plus grande surprise des élections régionales : en poste depuis près d’une décennie et âgé de 56 ans, Viktor Zimine, le candidat de Russie Unie, a été devancé au premier tour de plus de douze points par Valentin Konovalov, le poulain communiste âgé de… 30 ans. A la veille du second tour, le gouverneur sortant a jeté l’éponge, invoquant des "raisons de santé" et ne laissant qu’en lice des candidats de l’opposition jusqu’ici méconnus du grand public, qui concourront en octobre.

Recueillir moins de 50 % dans quatre régions constitue un désaveu inédit pour l’inamovible parti au pouvoir. Andreï Tourtchak, le secrétaire général de Russie Unie, tente de minimiser cette première : la performance électorale du parti est "généralement réussie" et les revers sont dus au "contexte d’informations négatives provoqué par la réforme des retraites".

Annoncée par le Premier ministre Dmitri Medvedev le jour du coup d’envoi du Mondial, la réforme des retraites prévoit de relever dès 2019, étape par étape, l’âge de la retraite de 60 à 65 ans pour les hommes, et de 55 à 60 ans pour les femmes. Elle touche un point très sensible pour la population : la faible espérance de vie russe. Selon Rosstat, l’agence fédérale de statistiques, elle est de seulement 67,51 ans pour les hommes et de 77,64 ans pour les femmes, en 2017. Beaucoup de Russes risquent donc de ne jamais atteindre nouvel âge de retraite, ou d’en profiter très peu de temps.

Stabilité. Ainsi depuis juin, des manifestations contre la réforme se sont enchaînées dans tout le pays, faisant chuter la cote de popularité du tandem Poutine-Medvedev. Selon une récente étude du centre Levada, la cote de confiance du président russe a reculé à 48 %, soit une baisse de 12 points par rapport à celle de janvier dernier, et du jamais vu depuis juin 2013, tandis que la méfiance de la population envers le Premier ministre a doublé en six mois, à 30 %, un nouveau record.

Pour le politologue Abbas Galliamov, le socle de Vladimir Poutine vacille avec la réforme des retraites qu’il tâche de faire passer : "La demande de stabilité précédemment dominante dans le pays a été remplacée par une demande de changement. Or, au cours des dernières années de son règne, Poutine s’est constamment présenté à la population comme le défenseur de la stabilité. Du coup, cette réforme peut apparaître comme une manifestation de faiblesse, une concession forcée : une partie de l’opinion peut croire que le président a décidé de changer sous la pression des libéraux, de l’Occident, de Navalny et d’autres “ennemis de la Russie”. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, il est plus difficile pour le gouvernement de gagner une quelconque élection".

Source : L'Opinion édition papier du 28 septembre

Pour vous abonner ou commander un numéro de notre revue Histoire & Liberté

Recevoir nos mises à jour →   Revenir au fil de nos chroniques

Tweet