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erdogan faisant le salut des Frères musulmansIslamisme : une inauguration inquiétante en Allemagne

Chronique du 1er octobre

Dans Le Figaro du 29 septembre, Nicolas Barotte souligne un aspect crucial de la visite du président turc en Allemagne et de l'inauguration le 28 de la mosquée centrale de Cologne. Celle-ci abrite en effet le siège du Ditib, l'organisation musulmane turque qui contrôle quelque 900 lieux de culte dans le pays.

Avant de repartir pour la Turquie, Erdogan doit se rendre à Cologne. Il a prévu d'y inaugurer la grande mosquée dont la construction vient de s'achever au bout de neuf ans.

En arrivant de l'aéroport pour se rendre à son hôtel, en face de la porte de Brandebourg, Recep Tayyip Erdogan a salué jeudi d'un signe de la main ses supporteurs sur le passage de son cortège. Quatre doigts levés, le pouce recroquevillé vers la paume. Pour les connaisseurs de la vie politique turque, le geste ne doit rien au hasard : il s'agit du salut des Frères musulmans. Le pouvoir du président s'appuie aussi sur une dimension religieuse.

Avant de repartir pour la Turquie, samedi en fin de journée, Recep Tayyip Erdogan doit encore se rendre à Cologne. Le chef de l'État a prévu d'y inaugurer la grande mosquée dont la construction vient de s'achever au bout de neuf ans. La police locale s'attend à la présence de 25 000 supporteurs, c'est-à-dire beaucoup plus que les organisateurs ne pourront gérer. Pour la police locale, inquiète, les responsables de la mosquée risquent d'être dépassés. Plusieurs contre-manifestations ont aussi été annoncées, dont des militants prokurdes.

Bras religieux du pouvoir d'Ankara, le Ditib reçoit ses ordres directement de la Diyanet, l'office religieux du gouvernement.

Mais Recep Tayyip Erdogan tenait à l'escale. Il ne s'agit pas de n'importe quelle mosquée en Allemagne. Elle abrite le siège du Ditib, l'organisation musulmane turque qui contrôle quelque 900 lieux de culte dans le pays. Bras religieux du pouvoir d'Ankara, le Ditib reçoit ses ordres directement de la Diyanet, l'office religieux du gouvernement. Depuis le tournant autoritaire du régime en 2016, Ankara s'en sert pour surveiller et poursuivre à l'étranger ses adversaires.

Le procureur fédéral enquête actuellement sur dix-neuf religieux soupçonnés d'avoir collecté pour la Turquie des informations sur le mouvement güléniste en Allemagne. Les gülénistes sont accusés par Erdogan d'avoir fomenté la tentative de putsch de juillet 2016. Dans un rapport publié avant l'été, la communauté güléniste en Allemagne s'inquiète d'un "climat empoisonné", "d'intimidations", "d'espionnage", de pratiques "mafieuses" employées contre elle par le gouvernement d'Erdogan.

Selon des informations publiées par les médias et non démenties, le renseignement intérieur allemand s'interroge sur une mise sous surveillance du Ditib. Le ministère de l'Intérieur n'a pas confirmé les préoccupations, se contentant d'indiquer que "quelques personnes liées à des mosquées du Ditib ont développé des activités religieuses et nationalistes hostiles" à la sécurité nationale.

Une mise sous surveillance serait lourde de conséquence  : le Ditib risquerait de perdre son statut d'interlocuteur principal pour la communauté musulmane.

Une mise sous surveillance serait lourde de conséquence : le Ditib risquerait de perdre son statut d'interlocuteur principal pour la communauté musulmane. Plusieurs Länder ont aussi noué des contrats avec le Ditib pour assurer les cours de religion dans les écoles. Cette coopération est de plus en plus critiquée par ceux qui dénoncent le virage conservateur de la Turquie.

À Cologne, les responsables locaux ont renoncé à participer à la cérémonie d'inauguration : ni la maire, Henriette Reker, ni le ministre-président de Westphalie-Rhénanie-du-Nord n'ont souhaité y prendre part. Recep Tayyip Erdogan a prévu de prononcer quoi qu'il en soit un discours. Il devrait exhorter ses partisans à "cultiver leurs racines". À s'intégrer mais sans oublier leurs origines turques. Il soigne ses troupes en Allemagne.

Source : Le Figaro édition papier du 29 septembre

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