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le pcf existe-t-il encore ?PCF : il veut prouver qu’il existe encore

Chronique du 20 septembre

Voici comment Mediapart analyse la situation et l'action actuelles du Parti communiste français, dans le cadre de la Fête de l'Huma qui se tenait à La Courneuve les 14 et 15 septembre :

Longtemps mis en sourdine, le PCF entend recommencer à peser dans le débat politique. À deux mois de son congrès, la direction sortante, très contestée, pourrait laisser la place à une ligne plus identitaire.

Ce week-end, à la Fête de l’Humanité, il fallait être aveugle pour ne pas les voir: les affiches à l’effigie de Ian Brossat, placardées partout dans les travées poussiéreuses du site de la Courneuve. Le PCF a sorti le grand jeu pour soutenir sa nouvelle tête de liste aux élections européennes : 100 000 affiches imprimées, avec le quadragénaire, sur fond bleu et jaune fluo, qui regarde l’air inspiré un azur invisible.

On pensait que "L’humain d’abord !", le slogan qui s’étale en diagonale sur la pancarte, était un copier-coller de celui porté par Jean-Luc Mélenchon, quand il faisait la campagne présidentielle du Front de gauche en 2012 ? "Pas du tout !, se plaît à démentir André Chassaigne, le patron des députés communistes à l’Assemblée nationale. C’est pas Mélenchon qui l’a inventé, c’est un communiste du Nord ! Tout le monde l’a oublié, mais je vous jure que c’est vrai !"

Communiste et fier de l’être : tel pourrait être le maître mot de cette rentrée politique, chargée en événements pour le parti. Il y a d’abord le congrès "extraordinaire" (avancé par rapport à la date prévue dans les statuts), qui aura lieu, en novembre, à Ivry-sur-Seine, puis les européennes, au printemps 2019. Le PCF a décidé d’y présenter une liste coûte que coûte. Même si elle est, en définitive, 100 % communiste et que les sondeurs la créditent de 2 %, là où il faut faire au moins 3 % pour se voir rembourser ses frais de campagne. "L’alliance avec Génération.s [le mouvement de Benoît Hamon - ndlr] n’est pas exclue, mais de toute façon, si on s’allie avec Benoît Hamon à la fin, il faut qu’on pèse dans le rapport de force, et donc, on doit se faire entendre dès aujourd’hui", avance Ian Brossat pour justifier la mise en avant de sa candidature.

Le député du Nord, Fabien Roussel, candidat contre Marine Le Pen aux régionales de 2015. © Reuters
Le député du Nord, Fabien Roussel, candidat contre Marine Le Pen aux régionales de 2015. © Reuters
Après des années d’effacement, le parti a décidé d’exister à nouveau. Et comme un grand corps rouillé qui se remet soudain à bouger, il n’évite pas quelques maladresses. Fin août, jugeant que son université d’été avait été sous-médiatisée — elle était organisée le même week-end que celle de La France insoumise, à Marseille —, le parti a eu la curieuse idée de saisir le CSA pour se plaindre. La semaine dernière, Ian Brossat a diffusé des tweets au bazooka contre les positions sur les migrants de La France insoumise. Résultat, ils ont prêté le flanc à un boycott savamment orchestré par les Insoumis du discours annuel du secrétaire national, à la Fête de l’Huma – de quoi gâcher un peu, une année encore, ces trois jours placés pourtant sous le signe du rassemblement.

La première étape de la nouvelle ère voulue par le PCF consiste à redevenir audible après deux présidentielles (soit une décennie) où le parti ne s’est pas confronté au suffrage universel suprême – la dernière candidate en date, Marie-George Buffet, a, qui plus est, réalisé le score microscopique de 1,9 % en 2007. Il s’agit aussi de solder la période "Mélenchon" : la mort lente du Front de gauche après 2012, et surtout le fiasco des dernières législatives, où le PCF et La France insoumise se sont retrouvés concurrents dans les urnes, alors qu’ils soutenaient le même candidat à la présidentielle, ont laissé des souvenirs amers. De même que l’humiliation ressentie après les déclarations de Jean-Luc Mélenchon qualifiant le PCF de parti de "la mort et du néant" ou s’en prenant ad hominem à des responsables nationaux.

"Historiquement, la force du PCF a été de réveiller la fierté ouvrière, or cette fierté populaire est désormais revendiquée, et incarnée pour une grande part, par La France insoumise. C’est avec ce nouveau paysage politique que le PCF doit composer, et pour cela, il doit retrouver une figure tutélaire forte, comme il a eu Thorez ou Marchais, qui imprimait dans les catégories populaires", explique Emmanuel Bellanger, historien du PCF.

Les atermoiements stratégiques de Pierre Laurent, qui a attendu que Benoît Hamon s’écroule dans les sondages à la présidentielle pour finir par soutenir le candidat de La France insoumise, lui sont, du reste, reprochés de toutes parts. "Il faut que le PCF joue son basket", dit André Chassaigne en une formule qu’il affectionne. "On ne peut plus être dans la main des autres", ajoute Ian Brossat, dans une critique à peine voilée des choix de la direction. "Aujourd’hui, le ciment du parti, c’est le rejet de Pierre Laurent, non sur sa personne, mais sur son absence de ligne", abonde, avec moins de pudeur, le député de Saint-Denis, Stéphane Peu.

"La gauche a besoin d’un PCF qui relève la tête, qui redevienne influent, ambitieux", explique Fabien Roussel, dont il se dit çà et là qu’il serait un bon client pour prendre la suite place du Colonel Fabien, au cas où la direction actuelle serait désavouée, mi-octobre, par le vote des militants. Le député du Nord, qui parle déjà comme un secrétaire national – "Je ferai tout pour que le parti reste uni" –, semble, en tout cas, avoir le CV taillé pour le rôle. À 49 ans, il bénéficie d’une forte implantation sur les terres historiques du Nord et peut se prévaloir d’un fait d’armes qui a son importance : aux dernières législatives, il a écrasé le candidat de La France insoumise sur sa circonscription (23 %, contre 9 % au premier tour). Autres points forts : son bagou et sa décontraction tranchent avec le côté minéral et intello du secrétaire national actuel, Pierre Laurent.

Avec André Chassaigne et l’économiste Frédéric Boccara, Fabien Roussel a donc décidé, une fois n’est pas coutume, de dynamiter le parti. Tous les trois – et bien d’autres – ont signé un "texte alternatif" à la "base commune" de la direction actuelle. Un texte qui promet qu’il y aura, pour sûr, un bulletin communiste en 2022 dans les isoloirs. "Je ne critique pas Pierre Laurent ou la direction, car elle a dû faire des choix compliqués, mais maintenant, il faut qu’on soit clairs", estime Fabien Roussel. Quant on objecte que d’ici 2022, les choses peuvent changer, il répond par un grand éclat de rire : "Vous croyez, vous, que les Wauquiez, Mélenchon et les autres ne sont pas déjà en campagne ?"

Du côté de la direction actuelle, on rit beaucoup moins. Fébrile, Pierre Laurent reconnaît à demi-mot que, pour la première fois de son histoire, ce 38e congrès pourrait voir une ligne alternative l’emporter sur la ligne sortante. "Nous sommes sur un texte de rassemblement, qui pourra être amendé par la suite, et puis ce n’est pas ‘‘le texte de Pierre Laurent’’, c’est un texte de rassemblement", avance Fabien Guillaud-Bataille, secrétaire fédéral de la puissante fédération du Val-de-Marne, comme s’il voulait dire aux militants qu’il y a encore beaucoup de choses à faire ensemble. "Il n’y a aucune fatalité à ce que les partis qui se revendiquent du communisme soient voués à disparaître au XXIe siècle, poursuit Guillaume Roubaud-Quashie, qui a corédigé le texte de "base commune". Mais dire, d’ores et déjà, qu’il y aura un candidat en 2022, ça ressemble un peu à de la posture."

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