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Xi Jinping Chine : L'autoritarisme grandissant de Xi Jinping

Chronique du 12 septembre

Xi Jinping inquiète de plus en plus les observateurs par son retour aux dérives  du culte de la personnalité dont il fait de plus en plus l'objet, à l'instar de l'époque la plus totalitaire du règne de Mao Tsé-toung.

Correspondante du Figaro à Pékin, Cyrille Pluyette souligne ainsi  que le président chinois a encore alourdi la chape de plomb qui pèse sur le régime en publiant une nouvelle circulaire visant à renforcer la discipline interne au Parti communiste :

Le président chinois, Xi Jinping, semblait avoir réussi à museler toute voix discordante, après avoir obtenu le droit, en mars, de se maintenir au pouvoir aussi longtemps qu'il le souhaiterait. Mais, alors que mercure n'avait jamais grimpé aussi haut à Pékin depuis près de soixante ans, "l'empereur rouge" a vécu un été inconfortable suite aux critiques qui se sont élevées contre son autoritarisme, à la montée des tensions commerciales avec les États-Unis ou à un retentissant scandale de vaccins défectueux.

La charge la plus féroce est venue d'un professeur de la prestigieuse université pékinoise Tsinghua. "À travers la Chine, les gens, y compris l'ensemble de la classe bureaucratique, doutent de la direction prise par le pays et sont inquiets pour leur propre sécurité. Cette inquiétude croissante a créé une sorte de panique dans la société", écrit Xu Zhangrun, depuis le Japon, dans un essai publié fin juillet sur le site Internet du think-tank libéral chinois Unirule.

Le texte, l'un des plus virulents diffusés sous le règne de fer de Xi Jinping, qui réduit au silence ou punit toute dissidence, a été partagé sur les réseaux sociaux chinois, où il a depuis été effacé par la censure. L'auteur s'inquiète du culte de la personnalité dont fait l'objet l'actuel leader chinois et d'un possible retour aux dérives totalitaristes de Mao Tsé-toung.

Et demande aux députés de revenir sur l'annulation de la limite de deux mandats présidentiels dans la Constitution. "Les intellectuels sont en colère depuis le coup de filet, en juillet 2015, contre de nombreux avocats et militants des droits de l'homme. Les craintes ont encore augmenté en mars dernier, avec cette réforme constitutionnelle", explique l'historien indépendant Zhang Lifan, à Pékin.

Mais l'escalade récente de la guerre commerciale amorcée par les États-Unis, qui menace l'économie chinoise - et donc des intérêts particuliers - "a catalysé le mécontentement" éprouvé par les intellectuels et une partie des officiels du Parti communiste chinois (PCC), précise le politologue Chen Daoyin, basé à Shanghaï. "Beaucoup d'observateurs chinois jugent que le régime a mal géré cette crise dès le départ, en adoptant un ton triomphaliste, croyant que l'économie était capable de tenir le choc, alors que ce n'était pas le cas", complète Zhang Lifan.

Li Xiao, professeur d'économie à l'université de Jilin, a ainsi dénoncé fin juin "l'arrogance aveugle" du pays après des décennies de croissance effrénée, malgré "l'énorme fossé technologique" subsistant entre la Chine et les États-Unis.

Sur la même longueur d'onde, l'économiste Gao Shanwen a estimé dans un discours - qu'il a depuis renié  - que l'attitude de Pékin à l'international avait contribué à détériorer la relation sino-américaine, clé selon lui des succès chinois de ces 40  dernières années.

Le gouvernement a "fidèlement respecté pendant une longue période" l'héritage de l'ancien dirigeant Deng Xiaoping qui préconisait la discrétion en politique étrangère. Mais "depuis 2018, ou même 2015", ce n'est plus le cas, et "les États-Unis considèrent de plus en plus la Chine comme un nouvel ennemi", déplore cet expert.

Dans une volonté de calmer le jeu avec Washington, la presse d'État a insisté récemment sur la nécessité de mettre en sourdine la propagande nationaliste.

Témoignant d'un certain malaise au sein de l'élite, les grincements de dents de l'été sont cependant loin d'avoir fragilisé le dirigeant le plus puissant depuis Mao, qui n'a pas tardé à reprendre les choses en main. Les médias officiels ont notamment annoncé fin juillet une campagne idéologique destinée à remettre les intellectuels dans la ligne du Parti, via des formations.

Cette initiative a toutefois peu de chance de modifier leurs convictions. "La plupart d'entre eux sont dépités, mais ils gardent le silence et se mettent à l'abri du danger", témoigne un universitaire. De quoi détériorer encore un environnement déjà peu propice à la recherche…

Parallèlement, Xi Jinping a encore alourdi la chape de plomb qui pèse sur le régime. Publiée dimanche dernier, une nouvelle circulaire visant à renforcer la discipline interne interdit à ses membres de remettre en cause les décisions du Parti. Une solution radicale pour éteindre toute contestation.

Enfin, le président a fait tomber une douzaine de responsables politiques après l'affaire des vaccins fabriqués de façon illégale, qui avait provoqué un tollé. Pas question de laisser dire que sa croisade contre la corruption laisse à désirer…

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