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gay mac douglassChine : un million de Ouïgours en camps de rééducation

Chronique du 24 août

C'est une vive émotion qu'a causé le 10 août à Genève l’audition du Comité des Nations unies pour l’élimination des discriminations raciales(1). Sa vice-présidente, Gay McDougall, s’est déclarée "profondément inquiète des faits rapportés par les nombreux et solides témoignages" qui prouvent que, "au nom du combat contre l’extrémisme religieux et du maintien de la stabilité sociale", la Chine "a transformé la région autonome des Ouïgours en une sorte de vaste camp d’internement, établi dans le plus total secret".

Gay McDougal ajoute que "la plupart des détenus sont condamnés ou accusés de charges criminelles". Les 9 millions de Turcs Ouïgours sont traités en Chine en "ennemis de l’État". Pékin a procédé à des prélèvements massifs d’ADN pour nourrir une gigantesque base de données, puissant outil pour la surveillance policière de la région prétendument autonome des Ouïgours(2). Les journalistes qui évoquent cette situation sont harcelés.

Le système concentrationnaire chinois se porte mieux que jamais. Deux à trois millions de détenus croupissent dans les camps de rééducation de la dictature communiste. Dans la seule province du Xinjiang, le régime détient plus d’un million d’Ouïgours dans des "centres de lutte contre-extrémisme".

Selon un expert de l’ONU, le régime chinois a transformé de la région prétendument autonome des Ouïgours en un "vaste camp d’internement".

Ces révélations sur la répression des minorités ethniques et religieuses surviennent au moment où Pékin lance une politique visant toute organisation religieuse située hors du contrôle exclusif du parti communiste, et notamment les adeptes des religions qu'ils soient chrétiens, musulmans, ou adeptes du Falun Gong.

Un ancien détenu, Omir Bekali, a expliqué qu’il avait dû, avec ses co-détenus, "abjurer sa religion, faire son autocritique et jurer sa soumission au parti communiste". En cas de refus, le prisonnier est placé à l’isolement, privé de nourriture, forcé de rester debout pendant des heures jusqu’à ce qu’il soit poussé au suicide.

Le World Uyghur Congress, organisme de défense des Ouïgours basé à Munich, s’est déclaré "extrêmement satisfait que la détention extrajudiciaire d’un million d’Ouïgours ait attiré l’attention de l’ONU". Il dénonce les "jeux de mots" et les mensonges de Pékin. Washington a pour sa part exprimé "sa préoccupation profonde après les témoignages sur la répression en cours des Ouïgours et autres musulmans en Chine". Le sénateur Marco Rubio et le représentant Chris Smith, tous deux Républicains et co-présidents de la commission parlementaire sur la Chine, ont écrit à l’ambassadeur chinois pour dénoncer "la plus importante incarcération de masse d’une minorité actuellement en cours dans le monde".

Les deux parlementaires se sont aussi émus de l’arrestation des familles de journalistes travaillant pour Radio Free Asia, financée par le gouvernement américain." Ces détentions visent à intimider des familles d’employés du gouvernement des Etats-Unis et à compromettre les enquêtes crédibles sur le Xinjiang, région qui est de plus en plus interdite aux journalistes étrangers, aux membres de la société civile ou aux diplomates", poursuivent-ils avant de menacer de demander au Département d’Etat de "refuser la délivrance de visas aux dirigeants et personnels administratifs des médias d’Etat chinois opérant aux Etats-Unis".

A Genève, les fonctionnaires chinois ont évidemment réfuté les témoignages, déniant "l’existence de tels camps de rééducation" malgré la présentation d’une photographie d’un de ces centres par l’ONG Chinese Human Rights Defenders. Cette dernière a aussi fourni une photographie d’un village vide, demandant "où ses habitants avaient bien pu disparaître". Réponse mécanique de Ma Youqing, délégué chinois : "Il n’existe aucun ciblage délibéré d’une quelconque minorité ethnique ni aucune suppression ou restriction des droits ou des libertés religieuses du peuple Ouighour". Un autre délégué, Hu Lianhe, a toutefois admis que "ceux qui sont trompés par l’extrémisme religieux doivent être soutenus par une relocalisation et une formation". En d’autres termes, si le régime décide que vos convictions religieuses sont "extrêmes" – et en Chine ne pas être communiste est un signe d’extrémisme -, alors vous êtes susceptible d’être relocalisé de force et endoctriné armes à la main.

L’organe officiel anglophone chinois Global Times théorisait récemment ainsi la politique de sinisation et de répression : "Le Xinjiang est à une étape particulière de son développement dans laquelle il n’y a pas de place pour les sentiments destructeurs de l’opinion occidentale. La paix et la stabilité priment sur tout le reste. Cet objectif justifie toutes les mesures".

Notes :
(1) Cf. "ONG et ONU dénoncent les camps d’internement pour Ouïghours en Chine" sur France 24
(2) En chinois la région prétendument autonome des Ouighours est appelée Xin-jiang [autrefois romanisé en Sin-kiang], "nouveau territoire". Conquise par la dynastie mandchoue des Qing en 1760, elle était désignée par le passé du nom plus réaliste de Turkestan chinois. C'est un immense territoire de 1,66 millions de km2 où les Chinois Han, malgré un très impportant effort de colonisation et de sinisation restent minoritaires.

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