logo ihs

grévistes CGTLa CGT après l'échec

Chronique du 21 août

Après l'échec des mots d'ordre de mobilisation de juillet, la CGT semble avoir jeté a jeté l’éponge. Mireille Weinberg soulignait le 16 août dans L'Opinion que la centrale de Montreuil avait promis de nouvelles grèves à la SNCF. Or elle y a renoncé. "Pour mieux aborder la rentrée ?" demande-t-elle :

La CGT va jouer gros à la rentrée. La centrale de Philippe Martinez sera, comme toutes les autres, reçue par le Premier ministre fin août et elle va devoir clarifier sa ligne stratégique. Surtout, elle va tenter de conserver ses positions lors des élections professionnelles de novembre à la SNCF. L’enjeu ? Garder, avec Sud Rail, la majorité pour peser sur les négociations à venir, et notamment le nouveau statut des cheminots. En ligne de mire aussi, les élections syndicales de décembre dans la fonction publique, où la CGT défendra sa première place.

On allait voir ce qu’on allait voir ! Pas question de baisser les bras pendant l’été, avaient répété les leaders de la CGT. Le patron de la centrale de Montreuil, Philippe Martinez, comme Laurent Brun, le secrétaire national de la CGT Cheminots, l’avaient assuré en juillet, il y aurait encore des grèves à la SNCF "en août et probablement à la rentrée". Mais au final, la CGT est bel et bien la grande absente de l’été.

"On pouvait s’y attendre. Avec des militants et une opinion publique occupés à autre chose, les syndicats n’ont pas les moyens de mobiliser en été", selon Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail. C’était d’autant plus illusoire que le mouvement était déjà essoufflé. Dans la contestation contre la réforme de la SNCF, le front syndical avait inventé une forme nouvelle de mobilisation, une grève perlée de 37 jours, qui s’est étalée du 22 mars au 28 juin. Au terme de cet épisode, les syndicats réformistes, la CFDT et l’Unsa, ont jeté l’éponge et laissé les plus durs, la CGT et Sud Rail, continuer le combat dans la rue tout seuls.

Front syndical. Dans ce contexte, les grèves de juillet n’avaient aucune chance(1) de faire le plein et elles sont presque passées inaperçues, avec une participation de 3,17 % des cheminots le 19 juillet et un trafic quasi normal sauf sur quelques lignes du sud de la France le 27 juillet. "Entre la rupture du front syndical et l’adoption au Parlement mi-juin de la loi visant à réformer le SNCF, la mobilisation paraissait de plus en plus vaine", commente Rémi Bourguignon, enseignant-chercheur à l’IAE de Paris-Sorbonne.

"La CGT a perdu la bataille du rail"(2), dit Bernard Vivier. C’est la loi des séries. "Elle avait déjà perdu sur le front de la loi El Khomri sous le précédent gouvernement et surtout sur celui des lois travail de Muriel Pénicaud au début du quinquennat Macron. La CGT a compris dans la douleur que sa stratégie syndicale défensive, qui consiste à s’opposer systématiquement, ne fonctionne pas", commente Rémi Bourguignon. "Macron a cherché le rapport de force avec la centrale et a gagné, la CGT est sortie affaiblie", complète Bernard Vivier. Reste qu’il va falloir gérer la rentrée et les dossiers chauds sont nombreux pour la centrale.

D’abord avec les élections syndicales qui se tiendront en novembre à la SNCF. "La centrale aura besoin de montrer aux cheminots qu’elle n’a pas perdu la face. Il faut qu’elle embarque les électeurs et en l’absence de stratégie claire, qu’elle choisisse ses ennemis. Comme elle n’a pas travaillé sa ligne stratégique(3), il y a de fortes chances qu’elle privilégie la ligne dure", analyse Bernard Vivier. Aux dernières élections, la représentativité de la centrale de Montreuil était déjà passée de 35,64 % à 34,33 % à la SNCF. Avec Sud Rail, elle conservait une faible majorité, qui lui permettait d’invalider les accords d’entreprise. Tout l’enjeu pour Philippe Martinez est donc de ne pas trop baisser pour conserver son pouvoir de nuisance, à l’heure où va se négocier l’accord d’entreprise qui va fixer les contours des nouveaux droits des cheminots.

Autre enjeu de taille, les élections professionnelles de décembre dans la fonction publique. La CGT, qui a perdu sa place de premier syndicat dans le privé au profit de la CFDT en mars 2017, joue aussi très gros dans le public.

À plus courte échéance, la CGT doit enfin définir sa ligne de conduite vis-à-vis des pouvoirs publics, à l’heure où le Premier ministre s’apprête à recevoir chacune des centrales, pour la feuille de route sociale des mois à venir.

Notes :
(1) cf. Journée de mobilisation: un nouveau flop à venir pour la CGT ? par Fanny Guinochet
(2) cf. CGT: la réforme de la SNCF, un test de leadership pour Philippe Martinez par Fanny Guinochet le 14 mars 2018

(3) cf. La CGT va défiler aux côtés de La France insoumise: un aveu criant de faiblesse...

Commander notre revue Histoire & Liberté

Recevoir nos mises à jour →   Revenir au fil de nos chroniques

Tweet