logo ihs

partisans de MaduroCaracas : les visiteurs du ciel vs Nicolas Maduro

Chronique du 8 août 2018

Les condamnations envers l’attentat commis contre Nicolas Maduro, alors qu’il présidait à Caracas une cérémonie militaire, se multiplient dans les chancelleries. Un groupe inconnu, Los Soldados de Franela - "les soldats en tee-shirt" -, a revendiqué de Miami cet attentat où furent utilisés un ou plusieurs drones. J’avoue ne guère me sentir à l’unisson de ces vertueuses manifestations d’indignation. Quand j’ai appris qu’il était arrivé quelque chose à Maduro, j’avoue que je me suis d’abord efforcé de museler de mauvaises pensées qui m’assaillaient. Un homme politique qui préside depuis des années aux destinées d’un pays en chute libre sur le plan économique et financier ; qui d’un décret annule l’effet des dernières élections démocratiques tenues dans son pays en retirant tout pouvoir ou presque à une Assemblée majoritairement hostile à sa politique ; qui fait le malheur de toute une population et réprime brutalement toute manifestation contre lui, il m’était difficile ne pas me réjouir spontanément qu’on lui en veuille à ce point. Et puis, j’ai réfléchi… Ce n’est pas à un petit groupe de bricoleurs de génie de nous débarrasser de ce dictateur. Leur méthode n’est pas très démocratique. Bref. J’ai réprimé la joie mauvaise éprouvée un instant en entendant parler d’un attentat qui le visait, lui et lui seul. Le premier mouvement n’est pas toujours le bon…

L’usage de drones, et surtout l’usage de drones pour un attentat, a ensuite retenu mon attention. Entre cyberattaques et usage des drones, on voit se dessiner peu à peu quelques armes des violences publiques à venir et des guerres futures. Je ne regrette pas les arquebuses, mais ce qui se mijote ne m’enthousiasme pas beaucoup ! j’espère cependant que nos chefs militaires réfléchissent et travaillent là-dessus, il n’y a pas d’autre choix. À l’institut d’histoire sociale, nous suivons avec attention l’évolution de la Corée du Nord. Non seulement elle continue à peaufiner son armement nucléaire après les embrassades du 12 juin à Singapour entre Trump et Kim Jong-eun mais les drones et l’informatique comptent parmi les objets préférés de ses recherches militaires. En Amérique aussi, donc, des jeunes gens en tee-shirt, à défaut de savoir comment on reconstruit une démocratie, savent comment utiliser les armes de demain…

Qu’on me pardonne, mais loin d’être horrifié j’ai même ri franchement, en voyant à la télévision certaines images de l’attentat : la fuite désordonnée des soldats de Maduro valait son pesant d’or ! Ce dernier a de quoi s’inquiéter ! S’il compte sur cette armée pour menacer la Colombie ou résister aux "impérialistes américains", il devra d’abord mieux motiver ses troupes !

Y aura-t-il des représailles contre les auteurs de l’attentat comme Maduro l’a annoncé et peut-on s’attendre à un durcissement de sa politique à l’égard de ses opposants ? Ce n’est pas impossible. Tous les dictateurs ou apprentis-dictateurs utilisent les coups manqués de leurs adversaires pour justifier une répression accrue. Parfois même, ils fabriquent eux-mêmes ledit attentat ! Je ne suis pas sûr (malheureusement) que le président vénézuélien en ait besoin. L’opposition est certes encore très puissante. Elle peut encore compter sur la population qui n’en peut plus de la vie infernale que lui imposent Maduro et ses amis prévaricateurs et trafiquants de tout poil déguisés en militaires défenseurs du peuple… Pourtant, cette même opposition est très divisée et n’a ni tactique ni stratégie communes. Je sais : j’en parle à mon aise au cœur de l’été parisien. Un film récent sur les femmes vénézuéliennes montrait bien il y a quelques mois que non seulement le pouvoir "socialiste" dominait sans partage et avec violence, mais qu’il avait fait de la charpie avec les lois ! 

Tout est possible à Caracas et surtout le pire. Il faut être courageux et confiant dans l’avenir pour tenter d’y retrouver le chemin de la démocratie. Au Nicaragua, pays ami du "Venezuela bolivarien", on compte près de 400 morts après les manifestations anti-gouvernementales… et Ortega est toujours là. Et à Cuba, autre pays ami, les gens ont dans l’ensemble perdu jusqu’à l’idée de se révolter contre un régime qui les isole et les rend miséreux

Cette histoire n’est pas finie. Nicolas Maduro a accusé Manuel Santos, le précédent président de la Colombie, d’être derrière l’attentat. Accusation étrange : Maduro aurait pu s’en prendre à la droite montante en Colombie, celle qui vient de remporter les élections présidentielles et dont le candidat victorieux, Ivan Duque, entre en fonction aujourd’hui même, 7 août. Santos est un homme de gauche, a priori plus "compréhensif" envers Ortega, Raul Castro ou Maduro lui-même. Mais Santos a respecté le jeu démocratique dans son pays – c’est une première différence avec Maduro. Ensuite il a accueilli sans trop de difficultés des centaines et des centaines de milliers de Vénézuéliens qui fuyaient leur pays. Ces réfugiés ont ainsi découvert un pays qui n’est pas parfait mais qui, sans la logorrhée idéologique des dirigeants de Caracas, progresse et parvient à nourrir convenablement sa population. C’est une deuxième différence avec Maduro qui a ainsi des raisons d’en vouloir à cette figure de la vie politique latino-américaine. La Colombie met en cause le bolivarisme au quotidien si je puis dire. Ce que ne supporte pas n°1 du Venezuela. Mais même si la politique menée par Maduro est moins manichéenne qu’elle le fut au temps de Chavez, qu’on se rassure : les États-Unis ont leur place dans l’enfer bolivarien !

Pierre Rigoulot

Commander notre revue Histoire & Liberté

Recevoir nos mises à jour →   Revenir au fil de nos chroniques

Tweet