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ortega et castroNicaragua : Ni démission ni élections

Chronique du 2 août 2018

Le 31 juillet sur Euronews, le président controversé du Nicaragua, répondait de façon abrupte à ceux qui l'interrogeaient : il n'envisage en effet "Ni démission ni élections anticipées".

Au 27 juillet, pourtant, 100 jours s'étaient écoulés depuis le début de la révolte de la jeunesse contre le régime Ortega. La répression avait déjà fait plus de 300 morts. Le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh) évalue leur nombre à 448. On compte également plus de 2 800 blessés et près de 600 personnes sont portées disparues.

Une loi antiterroriste vient d'entrer en vigueur dans le pays, elle condamne à 20 ans de prison ceux qui soutiennent ou participent à des activités antigouvernementales. Les manifestants dénoncent cette chasse aux sorcières et sont désormais contraints de se cacher le visage pour préserver leur anonymat, de peur d'être eux aussi arrêtés. "Ce sont cent jours de combat afin de redonner espoir à ce pays d'être libre", a déclaré à l'AFP le leader étudiant Lester Aleman, camouflé derrière un masque couvrant son visage. Membre de l'opposition Alliance Civique parti qui a accepté le principe d'un dialogue avec le gouvernement, Lester Aleman explique : "Nous, les étudiants, nous devons aujourd'hui nous couvrir le visage parce que c'est un crime" de protester, mais "nous continuerons à manifester même si c'est dans l'anonymat."

L'Association nicaraguayenne pour les droits de l'homme (ANPDH) demande à Ortega de démanteler les groupes paramilitaires accusés de "kidnapper, torturer, assassiner" et de "terroriser" la population.

La contestation dénonce la confiscation du pouvoir par l'ancien guérillero de 72 ans, au pouvoir depuis 2007, après l'avoir déjà été de 1979 à 1990.

Le 20 juillet pourtant les "sandinistes" fêtaient imperturbablement le 39e anniversaire de la révolution qui avait chassé Somoza en 1979, mantra perpétuellement répété comme on le fait à propos de l'insurrection qui, en 1959 à Cuba, a fait partir Batista pour lui substituer Fidel Castro.

Le 21 juillet la dictature s'en prenait à l'Église, cependant que ses partisans allaient jusqu'à mitrailler les lieux de culte. Ortega accuse en effet les évêques de "manœuvres putschistes" et les a qualifiés de "satanistes". En 2007, il proclamait ainsi : "Il y a d'abord le Christ, puis Sandino et enfin Marx", car il a toujours prétendu lier son inspiration révolutionnaire à sa rencontre dans sa jeunesse avec le Christ. Son épouse, la "poétesse" mystique Rosario Murillo aggrave le trait au point d'être couramment surnommée "la sorcière".

Dans son entretien avec Oscar Valero sur Euronews, qui lui demande "Aujourd'hui, le peuple descend dans la rue pour réclamer votre départ. Pourquoi ?" Ortega, répond : D'abord, ce ne sont pas tous les Nicaraguayens. Il s'agit d'une partie de la population. Nous avons toujours eu une opposition ici qui s'est clairement fait entendre, même lors des élections. Lors de précédentes élections, auxquelles nous avions participé, nous n'avons pas obtenu la majorité. La majorité avait alors été remportée par les forces d'opposition, et toutes étaient unies sous la tutelle des États-Unis.

O.V : Mais nous parlons de la révolte actuelle au Nicaragua. Selon un récent sondage, 79 % des Nicaraguayens veulent que vous partiez. Il est donc raisonnable de questionner la volonté du peuple de vous voir rester au pouvoir.

D.O : Mais je sens qu'il y a une bonne partie de la population qui pense le contraire. Je ne peux pas vous donner le pourcentage des sondages. Je ne connais aucun sondage précis à ce jour.

O.V : Vous ne pensez pas qu'il y a un tollé dans la rue, qui, peut-être, pourrait vous mener à consulter le peuple... en appelant par exemple à des élections ?

D.O : Nous avons récemment organisé des élections. Et ce que nous avons actuellement c'est une tentative de coup d'État.

Et, bien entendu : l'ennemi ce sont les États-Unis.

Ortega, ergotant sur le nombre des victimes déclare à ce sujet : "Les organisations des droits de l'Homme sont financées par les États-Unis, précisément pour manipuler les chiffres (…) La vérité c'est que nous sommes confrontés à un ennemi puissant qui intervient militairement au Nicaragua. Cet ennemi ce sont les États-Unis."

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