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Turquie : Trump appelle à libérer le pasteur Brunson

Andrew BrunsonLes 11 et 12 juillet dans le cadre du sommet de l'OTAN, le président américain affichait de façon ostensible sa sympathie pour le dirigeant turc Erdogan. "J'aime ce gars" claironnait-il, en contraste avec le comportement hostile manifesté ce jour-là aux alliés européens.
Depuis, changement de ton. Après des pressions du Sénat américain, des organisations chrétiennes, puis de la Maison Blanche, le régime turc était prié d'adoucir le sort du pasteur américain Andrew Brunson. Détenu depuis 2016 en raison de son prosélytisme chrétien dans un pays où cela est en pratique interdit, et accusé pour cela de terrorisme, celui-ci a été assigné à résidence le 25 juillet.

Le 26 juillet, Donald Trump a appelé la Turquie à le libérer "immédiatement".

"Les États-Unis imposeront d'importantes sanctions contre la Turquie pour la longue détention du pasteur Andrew Brunson, un formidable chrétien et père de famille et une personne magnifique", a tweeté le président américain, juste après une première menace de mesures punitives de la part de son vice-président Mike Pence.

"Il souffre beaucoup. Cet homme de foi innocent doit être libéré immédiatement", a-t-il insisté.

M. Trump avait déjà dénoncé la semaine précédente une "honte totale", quand un tribunal avait décidé de maintenir le pasteur en détention provisoire malgré les appels répétés à sa libération. C'est seulement le 25 qu'un autre tribunal avait décidé de le placer en résidence surveillée durant la durée de son interminable procès.

S'adressant au chef de l'État turc Recep Tayyip Erdogan, Mike Pence avait délivré un "message du président des États-Unis": "Libérez le pasteur Andrew Brunson maintenant ou soyez prêts à en payer les conséquences".

"Si la Turquie ne prend pas des mesures immédiates pour libérer cet homme de foi innocent et le renvoyer chez lui en Amérique, les États-Unis imposeront des sanctions significatives contre la Turquie jusqu'à sa libération", avait-il martelé.

L'arrestation du pasteur Brunson reste l'un des nombreux dossiers qui empoisonnent les relations entre Ankara et Washington, malgré l'appartenance de la Turquie à l'Otan.

Le pasteur, qui risque jusqu'à 35 ans de prison, est accusé par les autorités turques d'avoir agi pour le compte de deux organisations qu'elles accusent, elles aussi, de terrorisme : le réseau du prédicateur Fethullah Gülen auquel Ankara impute, malgré les dénégations de ce dernier et une absence totale de preuves, le putsch manqué de juillet 2016, ainsi que toutes forces politiques kurdes amalgamées par la propagande du pouvoir Parti des travailleurs du Kurdistan.

Il est assez clairement dit que le régime Erdogan souhaite échanger la libération du pasteur Brunson contre l'extradition de Gülen. Un chantage analogue est développé  contre la Grèce sommée de laisser extrader les quelques opposants turcs auxquels la justice du pays a accordé l'asile politique en échange de deux gardes frontières enlevés par l'arme turque et détenus par Erdogan. Ces pratiques renvient à la guerre froide, époque où le rôle de preneur d'otage actuellement tenu par la Turquie, bien qu'elle soit théoriquement une alliée, était le fait de l'adversaire soviétique.

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