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Russie : la succession de Stanislav Govoroukhine

Chronique du 26 juillet 2018

feu Stanislav Govoroukhine

Le 25 juillet à Moscou a été révélée la nomination souhaitée par le parti poutinien Russie unie pour présider la Commission pour la Culture de la Douma. Jusqu'à la disparition de son titulaire en juin ce poste était occupé par le cinéaste Stanislav Govoroukhine.

Alors qu'il était directeur de campagne de Vladimir Poutine en 2012 celui-ci estimait, dans un entretien publié par le journal Troud qu'en Russie, la corruption se situait à un niveau "normal et civilisé". Selon lui, hélas, celle-ci existe aussi en Chine, mais "là-bas, il est vrai qu'on est fusillé pour ça", etc. Le pays est revenu à ce niveau de corruption "normale" et "civilisée" après la débâcle des années 1990. "Chez nous, ajoutait-il, la corruption est plus naturelle que dans ces pays, mais nous sommes en train de sortir d'une situation monstrueuse de pillage". Il stigmatisait de la sorte les privatisations controversées des années 1990. En Russie, la corruption est "un vice dont il est difficile de se débarrasser rapidement", estimait-il, soulignant que ce fléau existait déjà à l'époque des tsars. "À propos, sous Staline, il n'y avait pas de corruption" concluait-il de façon significative.

On ne doit donc pas s'étonner qu'une journaliste et députée connue pour ses louanges de Staline soit prochainement désignée pour succéder à un tel personnage à la tête de la Commission pour la Culture à la Douma, en la personne d'Elena Iampolskaïa.

La candidature de celle-ci a été avancée par le parti au pouvoir Russie Unie et son élection prochaine à ce poste influent par les députés ne fait que peu de doutes, malgré des avis plus que mitigés des véritables milieux culturels du pays.

Son parcours, jusqu'ici a été éloquent.

En 2007 dans un article publié par les bonnes vieilles Izvestia elle pontifiait en déclarant : "Il n'y a que deux forces capables de maintenir la Russie au-dessus du gouffre. La première s'appelle Dieu et la deuxième, Staline".

En 2011, elle précisait sa pensée selon laquelle : "Le nationalisme est la réponse de l'âme et du corps à l'effacement forcé des frontières. A la mondialisation de notre espace intime et même génétique."

En 2013 elle apportait son soutien à une loi controversée qui punit la "propagande homosexuelle auprès des mineurs."

Ceci lui vaut d'être dénoncée par les organisations de défense des droits de l'Homme, et de recevoir le soutien de forces plus conservatrices. Le metteur en scène russe Iosif Reichelgaus a dénoncé la future nomination d'Elena Iampolskaïa comme "monstrueuse", tandis que d'autres représentants des milieux culturels comme l'écrivain Zakhar Prilepine ont salué la décision.

Journaliste, elle a dirigé la revue Koultoura. Dans ce cadre on lui doit la publication d'un entretien révélateur avec Evgueni Savtchenko, gouverneur de la région de Belgorod. Personne n'est pas parfait et celui-ci n'aime ni Lénine, dont il a fait déboulonner la statue à Belgorod "bien avant que ce soit à la mode" ni Staline, à l’égard duquel "il confie éprouver de Joseph Staline les sentiments les plus négatifs". Mais, compagnon de route d'une ligne nouvelle "protectionniste fervent, il soutient totalement l’agriculture et l’industrie nationales, prône le retour des Russes à la campagne et incite les jeunes à apprendre un métier plutôt qu’à faire des études supérieures."

L'intéressé développe : "Si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais un compas, je tracerais autour de Moscou un cercle d’un rayon de 300 à 400 kilomètres qui engloberait les lieux où la vie rurale est devenue quasiment inexistante et je lancerais une « domainification »  de la Russie. Une renaissance des domaines familiaux. De nombreux riches vivent aujourd’hui dans la région de Moscou. Et on trouverait facilement entre 100 000 et 200 000 familles pour s’occuper chacune de 20, 30, 50 ou 100 hectares. On pourrait fixer la limite à, disons, 500 hectares. On leur dirait de prendre ces terres, d’y construire des domaines, des routes…

"Et donc, approuve Elena Iampolskaïa , de ne pas s’acheter de chalet en Suisse ou de villa sur la Côte d’Azur… De vivre comme des « seigneurs » russes, dans le bon sens du terme – car le seigneur est aussi celui qui est responsable de tous ceux qui l’entourent."

Elena Iampolskaïa est devenue députée poutinienne en 2016. Qui était mieux désignée qu'elle pour devenir présidente de la Commission de la Culture ?

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