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Cuba : une nouvelle constitution, toujours communiste

Chronique du 24 juillet 2018

Miguel Diaz-Canel désigné par Raùl Castro à la tête du régime communiste cubainÀ La Havane, l'Assemblée nationale  a solennellement adopté le 22 juillet la nouvelle constitution. Les bons esprits se félicitent que ce doucument de 224 articles reconnaît formellement le marché et la propriété privée comme faisant partie de son économie.

Plus de 40 années d'une économie étatisée dans sa quasi-totalité, se sont soldées par une série d'échecs retentissants dans la plupart des domaines. Font exception sans doute le secteur de la santé publique et l'alphabétisation. Les réformes de Raul Castro ont plus ou moins laissé se développer l'entrepreneuriat privé, qui n'emploie jamais que 591 000 personnes, selon les chiffres officiels, soit 13 % de la population active.

Le nouveau programme jette les bases pour l'intégration de différents acteurs économiques, en reconnaissant le rôle du marché dans l'économie de l'île, les investissements étrangers et d'autres formes de propriété, notamment privée. Cela pourrait permettre la légalisation des petites et moyennes entreprises, conçues en tant que sous-traitantes d'une économie fondamentalement étatique. À la différence du modèle chinois ce rôle ne serait pas dévolu à de grandes unités de production.

La vérité est que malheureusement le pays n'abandonnera pas ce qu'il appelle son orientation socialiste. L'expression socialisme du XXIe siècle en honneur dans l'île comme au Venezuela ou au Nicaragua a simplement remplacé le communisme; on ne trouvera donc pas de références à une éventuelle future "société communiste."

Dans le présent, le projet, réaffirme clairement ce qu'il appelle "le caractère socialiste" du système politique cubain en précisant non moins clairement le rôle dirigeant du parti communiste, parti unique. Le texte maintient invariablement ses fondements économiques: "La propriété socialiste de tout le peuple et la planification de l'économie". Ceci reste conforme à l'article 137 de la précédente Constitution cubaine de 1976-2002, lequel disposait :

"La présente Constitution ne peut être révisée, totalement ou partiellement, que par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire moyennant une décision, adoptée au scrutin nominal, à la majorité des deux tiers au moins du nombre total de ses membres, sauf en ce qui concerne le système politique, social et économique, dont le caractère irrévocable est établi par l'article 3 du chapitre premier, et l'interdiction de négocier en cas d'agression, sous la menace ou la coercition d'une puissance étrangère, comme prévu à l'article 11."

Comme il se doit dans un tel régime c'est  à l'unanimité que nouveau texte constitutionnel a été approuvé. Le projet doit désormais faire l'objet d'un débat populaire, du 13 août au 15 novembre. Un référendum sera ensuite organisé avant l'adoption finale. "Nous sommes face à un projet qui contribuera, après la consultation populaire et le référendum, à renforcer l'unité des Cubains autour de la révolution", a déclaré le président Miguel Diaz-Canel, à l'issue de la session parlementaire de deux jours.

Le camarade Diaz-Canel, a succédé au pouvoir, sans aucun débat démocratique à Raul Castro le 19 avril. Il a cependant décalré que, lors de la consultation, "chaque Cubain pourra exprimer librement ses opinions et contribuer à un texte constitutionnel qui reflète le présent et l'avenir de la patrie".

La future constitution rétablit le titre de président de la République et celui de Premier ministre. De plus, l a nouvelle Loi fondamentale définit le mariage comme l'union consentie entre deux personnes, sans préciser le sexe, ouvrant légalement la voie au mariage homosexuel, requête majeure de la communauté LGBT cubaine.

Concluons en citant l'éloge que L'Humanité du 20 avril faisait, sous la signature de Cathy Dos Santos à la gloire de "Diaz-Canel, continuateur de la révolution" :

(…) "Voilà cinq ans, note le journal communiste, que Raul Castro et Miguel Diaz-Canel incarnaient le duo présidentiel de Cuba. Le dirigeant historique de la révolution de 1959 avait annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, passant ainsi le relais à une nouvelle génération qui, dans les faits, dirige déjà le pays. Tout désignait l’ingénieur en électronique de 57 ans qui, depuis 2013, assure la vice-présidence de la Grande Île. Jeudi, Miguel Diaz-Canel a été officiellement proclamé président du Conseil d’État et des ministres de la République de Cuba. Il y a cinq ans, Raul Castro rappelait qu’il n’avait pas été élu pour « détruire le socialisme » alors que Cuba est engagée dans de profondes et complexes transformations de son économie. Miguel Diaz-Canel s’inscrit dans ce sillon.
(…)"Son élection, considère L'Huma, fait d’abord l’orgueil de Villa Clara. C’est dans cette province située au nord de l’île que Miguel Diaz-Canel a vu le jour, le 20 avril 1960, un an après la révolution. Il y a poursuivi ses études, effectué son service militaire et intégré l’université de Las Villas comme professeur en 1985. C’est également dans cette province qu’il va forger sa trajectoire politique en devenant le responsable de l’union des Jeunes communistes, en 1987. Il est vite repéré pour ses qualités de militant de terrain, sa capacité de dialogue et d’écoute. À la fin des années 1980, alors que la révolution sandiniste est étranglée par l’embargo américain et la contre-insurrection des mercenaires de la Contra, Miguel Diaz-Canel part au Nicaragua dans le cadre d’une mission de solidarité internationale."
(…) "Membre du Comité central du Parti communiste de Cuba depuis 1991, Miguel Diaz-Canel est élu secrétaire de la province deux ans plus tard. (…) Certainement moins charismatique que d’autres dirigeants de sa génération,  concède L'Huma, Miguel Diaz-Canel est néanmoins reconnu pour son énorme capacité de travail, sa rigueur politique et intellectuelle. Sa carrure impressionnante s’impose également au sein du PCC. En 2003, alors qu’il est chargé de diriger la province de Holguin, il intègre le bureau politique de la formation communiste à la demande de Raul Castro. Les deux hommes s’estiment. Une relation de confiance qui prévaut encore aujourd’hui. Après avoir occupé le portefeuille de ministre de l’Éducation supérieure, fonction au cours de laquelle il prend le temps de se réunir régulièrement avec les dirigeants estudiantins, il est nommé au Conseil d’État. En 2013, il devient premier vice-président. Raul Castro salue alors sa « fermeté idéologique ».

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