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Retour des empires

Chronique du 20 juillet 2018

Couverture du n°65

Le N°65 de la revue de l'Institut d'Histoire sociale, "Histoire et Liberté", est centré sur un dossier "Turquie, Chine : le retour aux empires". Dans son éditorial en effet, Pierre Rigoulot souligne ce phénomène qu'il distinque des totalitarismes "classiques", et qu'il analyse ainsi :

Les incertitudes et les menaces de bouleversements violents attachés à la situation mondiale actuelle ont des effets politiques dans le monde entier. Les autoritarismes, populismes, nationalismes et autres régionalismes qui fleurissent un peu partout ont sans doute leurs facteurs locaux mais ressortissent tous d'une situation globale indécise et tendue.

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Dans cette conjoncture, la complexité et le caractère pacifique des rouages démocratiques, les négociations et les compromis auxquelles elles conduisent nécessairement - et pacifiquement - ne semblent plus de saison. Affrontements et menaces d'affrontements dominent les relations internationales : combats russo-ukrainiens, tensions en mer de Chine du Sud, guerre civile en Syrie, confrontations avec la puissance nucléaire nord-coréenne en sont quelques exemples. Même quand la violence ne s'impose pas, le changement de décor est indéniable.

L'influence occidentale est contestée par une présence chinoise accrue en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud; la Hongrie et la Pologne distillent leur euroscepticisme; l'Afghanistan est le lieu des attentats les plus sanglants de la planète.

Les hommes en charge du pouvoir suprême en Chine, en Russie et en Turquie, trois grands États qui ont succédé à de monumentales puissances impériales, perçoivent aussi les incertitudes et les inquiétudes de leur population sans doute partiellement liées à la politique qu'ils mènent. Comme pour remédier à ce changement de décor, en ces temps où l'orage gronde, ils cherchent à donner aux peuples qu'ils entraînent dans leur sillage des repères simples grâce au rappel de grandeurs passées, certes, mais bien ancrées dans leur mémoire.

La Turquie de Recep Tayjip Erdogan, dont l'islamisation se confirme chaque jour, épure sa propre armée issue du laïcisme kémaliste, combat les Kurdes même s'ils s'opposent au mouvement djihadiste. Vladimir Poutine se tourne vers le passé tsariste pour justifier sa conception très personnalisée du pouvoir. Et Xi Iinping, désormais n° 1 sans limitation de temps, entreprend une Grande marche vers l'ouest, le long des nouvelles routes de la soie.

Tous vont chercher dans le passé impérial de leur pays à la fois un éclairage, une protection, une justification et une puissance nouvelle face à des démocraties qui, bien qu'en crise elles aussi, demeurent des États de droit et n'en reviennent pas pour autant à des formes de pouvoir qu'elles jugent définitivement surannées.

Nos concepts habituels de totalitarisme ou d'autoritarisme sont toujours pertinents pour analyser la politique russe, la politique chinoise et la politique turque actuelles, mais les pratiques et les déclarations de leurs chefs nous forcent à reconnaître des ambitions et un style analogues à ceux de périodes antérieures - comme s'il fallait, au moment de franchir une étape nouvelle, gommer l'insupportable (le communisme ou l'islamisme politique) et revenir à un type de pouvoir non démocratique mais plus présentable: l'empire.

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