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Chine : la ceinture, la route et le racisme

Chronique du 19 juillet 2018

Xi Jinping inaugurant à Pékin le Forum de la ceinture et la routeDepuis le 10 juillet, les révélations de journaux kényans éclairent d'un jour nouveau la question des objectifs et des méthodes chinoises en Afrique.

En 2017, devant 29 chefs d'Etat et de gouvernement, dont le président russe, Vladimir Poutine, qui assistaient à cette réunion, Xi Jinping inaugurait le Forum de "la Ceinture et la Route" pour élaborer, si l'on en croit l'agence officielle Xinhua, une nouvelle vision mondiale. Ce fut un grand numéro de langue de bois.

Des responsables, des chefs d'entreprises, des financiers et des journalistes étaient venus de plus de 130 pays et des représentants d'organisations internationales clés, tels que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, et la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

L'initiative "la Ceinture et la Route" était présentée comme "un projet du siècle" bénéficiant aux peuples à travers le monde.

"La Ceinture et la Route" avait été proposée par le dictateur chinois en 2013 pour explorer de nouvelles sphères de coopération internationale.

Après avoir affirmé que "l'esprit de la Route de la soie est devenu un grand héritage de la civilisation humaine" voici comment il envisage le nouveau projet: "S'étendant sur des milliers de kilomètres et riche d'une histoire millénaire, l'ancienne Route de la soie incarne l'esprit de paix et de coopération, d'ouverture et d'inclusion, d'apprentissage mutuel et de bénéfices réciproques", avait-il déclaré devant 1 500 personnes lors de la cérémonie d'ouverture du forum.

À l'époque plus de 40 pays et organisations mondiales avaient déjà signé des accords avec la Chine sur la coopération dans le cadre de "la Ceinture et la Route" ; la valeur totale des échanges commerciaux entre la Chine et les pays le long de "la Ceinture et la Route" a dépassé 3 000 milliards de dollars entre 2014 et 2016 ; et les investissements chinois dans ces pays ont dépassé 50 milliards de dollars.

Les entreprises chinoises ont établi 56 zones de coopération économique dans plus de 20 pays, générant environ 1,1 milliard de dollars de revenus fiscaux et créant 180.000 emplois locaux.

Un réseau d'infrastructures multi-dimensionnel prend forme, annonçait solennellement en 2017 l'agence Xin-Hua, Chine nouvelle. Celui-ci est appuyé par des couloirs économiques, caractérisé par des routes de transports terrestres, maritimes et aériennes et des autoroutes de l'information et soutenu par des projets majeurs de chemins de fer, de ports et de gazoducs.

Un an plus tard, le 10 juillet2018, au Kenya, l'opinion publique s'indignait en prenant connaissance d'une enquête accusant les travailleurs chinois embauchés sur la ligne emblématique SGR desservant Nairobi d’un racisme omniprésent. Le Standard Gauge Railway relie la capitale kenyane au port de Mombasa : ses 485 km de rails ont été construits depuis 2014 grâce à l’accord de financement finalisé cette année-là avec la China Road and Bridge Corporation qui a pris à sa charge 90 % des 3,6 milliards de dollars qu’aura coûté le projet. Les 10 % restants ont été payés par le contribuable kenyan. Aussitôt, une armée de travailleurs chinois avait rejoint le pays et la construction s’est achevée rapidement, permettant l’ouverture du service aux passagers le 31 mai 2017, 18 mois avant la date prévue.

Un scandale agite donc désormais les Kényans. Il porte sur le mépris dont les autochtones sont bel et bien les victimes chez eux. Nombreux sont témoignages venant confirmer les faits malgré des dénégations officielles.

Ainsi, après que le voyage inaugural du 31 mai 2017,  assuré par des Africains, ait été médiatisé en grande pompe, s'est imposée la règle du tout chinois. En effet, bien que les conducteurs kényans aient reçu une formation complète, ils sont relégués aux places passagers des cabines des conducteurs, seulement autorisés à regarder faire leurs homologues chinois.

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