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Turquie : fin factice de l’état d’urgence

Chronique du 18 juillet 2018

ErdoganLe 13 juillet à Ankara, lors d’une conférence de presse, Ibrahim Kalin le porte-parole du chef de l'État Recep Tayyip Erdogan annonçait que l’état d’urgence, instauré il y a deux ans après le mystérieux putsch avorté 2016 et dans le cadre duquel des vastes purges ont été menées tous azimuts dans le pays prendrait fin le 19 juillet. "L’état d’urgence actuel arrivera à expiration au soir du (mercredi) 18 juillet. Notre président a la volonté […] de ne pas le prolonger", a-t-il déclaré.

Après deux ans de vastes purges, la Turquie va-t-elle finalement et véritablement sortir des excès de l’état d’urgence décrété il y a deux ans après une tentative de putsch ? On peut légitimement en douter. Aucun signe d'une moindre répression n'est actuellement décelable.

Un régime d’exception instauré le 20 juillet 2016. "La lutte contre le terrorisme va se poursuivre dans le cadre des lois actuelles", mais l’état d’urgence pourrait être rétabli "en cas de situation extraordinaire", a en effet ajouté Ibrahim Kalin.

Erdogan a entamé le 9 juillet un nouveau mandat de cinq ans avec des pouvoirs renforcés après sa réélection le 24 juin. Or, il avait promis lors de sa campagne de lever l’état d’urgence.

Un tel régime d’exception avait été instauré le 20 juillet 2016, dans la foulée de la tentative de putsch du 15 au 16 juillet imputée sans preuve par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen, lequel nie toute implication.

Mis en place pour une durée initiale de trois mois, l’état d’urgence a été sans cesse prolongé depuis, suscitant des critiques de plus en plus vives contre ce régime qui élargit considérablement les prérogatives du président et des forces de sécurité.

Près de 80 000 incarcérations. Dans ce cadre de l’état d’urgence, les autorités turques ont mené une traque impitoyable contre les partisans présumés de M. Gülen. Mais au-delà des putschistes réels ou imaginaires, les purges ont également frappé des opposants pro-kurdes, des médias critiques et des intellectuels.

Depuis le putsch manqué, quelque 77 000 personnes ont ainsi été incarcérées et plus de 150 000 limogées ou suspendues. L’ampleur de la répression a suscité l’inquiétude et les critiques d’ONG et de partenaires occidentaux de la Turquie.

La levée de l’état d’urgence "n’ouvrira pas la voie à un ralentissement de la lutte contre le terrorisme", a affirmé Ibrahim Kalin. "Que personne ne s’inquiète. Cette lutte va continuer avec détermination". Il ne faut donc s'attendre à aucune mesure de libéralisation véritable.

Ibrahim Kalin s’exprimait à l’issue du premier conseil des ministres présidé par Erdogan sous le nouveau système présidentiel entré en vigueur le 9 juillet et aux termes duquel le poste de Premier ministre a été supprimé.

L’économie, nouvelle priorité. Selon lui, l’économie a été l'"un des principaux" sujets évoqués lors de la réunion du gouvernement. "Un programme à moyen terme sera présenté dans les semaines à venir", a-t-il ajouté.

La réunion du cabinet rassemblait les 16 ministres nommés par Erdogan, qui a notamment confié à son gendre, Berat Albayrak, le portefeuille sensible des Finances à un moment où l’économie turque connaît des turbulences.

Signe que l’économie s’est imposée comme l’un des principaux sujets de préoccupation du gouvernement, Berat Albayrak a indiqué que des mesures avaient été présentées en conseil des ministres. Dans un communiqué il a déclaré que sa politique économique serait guidée par "la discipline budgétaire, (le retour à) une inflation à un chiffre et des réformes structurelles".

Les observateurs s’inquiètent des signes d’essoufflement qui se multiplient : la livre turque ne cesse de se déprécier face au dollar (elle a perdu 30 % de sa valeur depuis le début de l’année) et l’inflation sur un an a franchi la barre des 15 % en juin.

Malgré cela, Erdogan se montre confiant, renouvelant sa promesse de faire entrer la Turquie dans le club des 10 pays les plus riches de la planète d’ici le centenaire de la République turque, fondée en 1923. "Nous sommes ici avec la détermination d’atteindre nos objectifs pour 2023", a déclaré le président turc avant le conseil des ministres.

Attention à la bienveillance. Comme la Chine de Xi Jinping, la Turquie d'Erdogan bénéficie de la bienveillance parfois intéressée d'Occidentaux à courte vue, aux yeux desquels "on peut tout acheter aux cannibales excepté la viande".

Ainsi le sort des représentants traditionnels des liens entre l'Europe et la Turquie, univerisitaires, intellectuels ou journalistes passe complètement à la trappe.

Ainsi, à peine quelques jours après le constat d'élections scandaleusement significatives d'une "démocrature", où le pouvoir turc ne peut se dire majoritaire qu'avec l'appui des pires extrémistes Loups Gris, seuls soutiens d'Erdogan en dehors de son propre parti l'AKP, on a commencé à voir fleurir des arguments du type «o n ne peut pas se passer de la Turquie ce "grand pays", ce "partenaire" , etc qui est, en effet, avec la Chine le deuxième paradis de la contrefaçon.

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