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Corée : Moscou renforce ses positions

Chronique du 2 juillet 2018

Moon Jae-in et Vladimir Poutine le 22 juin 2018 à Moscou La visite officielle du président sud-coréen Moon Jae-in chez Vladimir Poutine, estimait Claude Leblanc le 25 juin, sur le site de L'Opinion, a permis de confirmer le rôle important de la Russie dans le règlement de la question.

De tous les pays concernés par la situation dans la péninsule coréenne, le Japon semble celui le moins bien loti par le changement d’attitude de Pyongyang. Selon plusieurs sondages publiés le 18 juin dans la presse nippone, une forte majorité de Japonais (60 % selon le Nihon Keizai Shimbun, 66 % selon le Mainichi Shimbun) estiment que le gouvernement Abe ne parviendra pas à régler le dossier des ressortissants japonais enlevés par le régime nord-coréen.

Depuis le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, le 12 juin à Singapour, l’activité diplomatique autour de la péninsule coréenne s’est nettement accrue avec notamment le déplacement du leader nord-coréen à Pékin, son troisième voyage en Chine en trois mois, et la visite d’État du président sud-coréen Moon Jae-in en Russie. Entamée le 20 juin, elle s’est achevée dimanche et a permis au chef de l’État sud-coréen de s’entretenir avec son homologue russe Vladimir Poutine qui entend faire entendre sa voix dans cette partie du monde alors qu’il a fait peu parler de lui sur ce dossier au cours des derniers mois.

L’attention s’est surtout focalisée sur la Chine, principale partenaire économique de la Corée du Nord, parce que le président américain l’avait désignée comme la seule puissance en mesure de ramener Pyongyang à la raison. Or Moscou n’a jamais cessé de jouer un rôle important en coulisses en encourageant en particulier le dialogue intercoréen, clé essentielle, aux yeux du pouvoir russe, d’une sortie de crise.

Le changement de ton de Kim Jong-un à l’égard de la Corée du Sud au début de l’année qui a débouché sur la rencontre historique entre les deux dirigeants coréens, le 27 avril à Panmunjom, a validé d’une certaine façon l’approche russe et montré que la Russie avait l’oreille de Séoul et de Pyongyang, ce qui n’a pas toujours été le cas de Pékin, par exemple, longtemps en froid avec la Corée du Sud après le déploiement du système antimissile américain THAAD sur son territoire.

Stabilité durable. Quelques jours avant le tête-à-tête Kim-Trump, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a rencontré le leader nord-coréen chez lui pour lui transmettre une invitation de Vladimir Poutine à se rendre en Russie à l’occasion du Forum économique oriental qui se tient chaque année en septembre à Vladivostok. Le développement de l’économie constitue un élément crucial pour Moscou et les discussions que le président Moon a eues avec Vladimir Poutine et son Premier ministre Dmitri Medvedev illustrent son importance pour assurer une stabilité durable dans la péninsule.

Ils ont d’ailleurs convenu, vendredi, de coopérer sur le développement d’infrastructures de transports et gazières, rappelant ainsi que la petite frontière entre la Russie et la Corée du Nord pourrait jouer un rôle non négligeable si Pyongyang veut éviter d’être trop dépendant de son voisin chinois. L’accent mis sur une coopération à trois (Corée du Sud, Corée du Nord et Russie) dans les échanges russo-sud-coréens est aussi une indication des ambitions russes dans la gestion de la question coréenne. Ni la Chine ni les Etats-Unis ne sont évoqués.

"Lorsqu’un régime de paix sera établi dans la péninsule, la coopération économique entre la Corée du Sud et la Corée du Nord prendra son essor et sera élargie à une coopération tripartite avec la Russie", a simplement déclaré le Moon Jae-in. En resserrant les liens avec Moscou, le président sud-coréen souhaite consolider les avancées obtenues depuis quelques mois avec Pyongyang. De son côté, la Russie rappelle qu’elle est plus que jamais une puissance asiatique et que ses misères avec les Européens et les Etats-Unis peuvent être compensées en Extrême-Orient. Moscou et Séoul se sont entendus pour avancer sur la conclusion d’un accord de libre-échange.

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