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Le socialisme du XXIe siècle se décompose au Venezuela, Cuba et Nicaragua

Chronique du 29 juin 2018

chavez inventeur du concept de socialisme du 21e siècleLe mois dernier, à Cuba un vol intérieur s’est écrasé, faisant plus de cent morts. Le jour suivant le Président Nicolas Maduro se livre à un simulacre d’élections afin d’assurer son pouvoir sur le Venezuela, un pays que des milliers de citoyens fuient chaque jour. Au Nicaragua dix jours plus tard, dix-neuf personnes meurent sous le feu d’hommes armés lors d’une marche de la fête des mères organisée en opposition à Daniel Ortega.

Au-delà du coût en vies humaines, le Venezuela, Cuba et le Nicaragua ont en commun d’être parties prenantes d’un projet flou que le précédent Président du Venezuela, Hugo Chavez appelait le "socialisme du XXIe siècle".

Pendant plusieurs années ils se sont soutenus mutuellement et ont appris les uns des autres leurs propres systèmes de contrôle social. Subornant les juridictions et les autorités électorales, détruisant les oppositions, faisant de leurs partis des baronnies, ils ont transformé leurs pays en dictatures élues. Ceci leur a permis de se maintenir au pouvoir sans rien faire pour les économies nationales qui s’effondrent peut-être définitivement désormais…

C’est particulièrement vrai pour le Venezuela. Les conseillers cubains employés par M. Maduro pour maintenir un contrôle politique n’ont aucune expertise économique dans un pays aussi corrompu. En dépit des réserves d’énergie les plus importantes du monde, le Venezuela est ravagé par une hyperinflation, des pénuries et des défauts de paiement.

Mais de façon plus cruciale, la production de pétrole est la plus basse depuis 33 ans. Ce qui a privé Caracas du pétrole qu’elle vendait autrefois pour nourrir la population, et des ressources qu’elle distribuait pour acheter un soutien régional dont ceux de Cuba et du Nicaragua.

L’économie de type soviétique de Cuba est aussi dans la boucle. L’inversion partielle par le Président Donald Trump d’une détente commencée par son prédécesseur a déprimé l’intérêt des investisseurs étrangers et restreint le tourisme. L’incapacité du Venezuela à approvisionner La Havane en pétrole subventionné a fait plus de mal encore. Pour aider ses alliés les plus proches, Caracas aurait dépensé 440 millions de $ de ses maigres réserves de devises étrangères pour acheter du brut sur les marchés internationaux, qui fut ensuite acheminé vers La Havane à des conditions préférentielles. Mais cela ne parvient pas à inverser cette dilapidation économique : l’avion qui s’est tragiquement écrasé était un Boeing 737 loué parce que nombre d’appareils de la flotte cubaine sont cloués au sol par manque de pièces de rechange.

L’économie nicaraguayenne est paradoxalement en meilleure santé, même si ironiquement M. Ortega est le plus faible des trois.

Plutôt que de nationaliser l’économie, M. Ortega laisse le secteur privé exister, tant qu’il reste éloigné de la sphère politique. Il a mis en place un accord de commerce avec les USA qui a attiré les investissements et a transformé le Nicaragua en un exportateur de textile à bas coûts.

Il a aussi acheté pour des milliards de dollars de pétrole subventionné venant du Venezuela qui constitue une sorte de prêts canalisés vers une banque détenue par le parti au pouvoir.

Mais aujourd’hui, le Venezuela ne peut plus fournir de pétrole à bas prix aussi M. Ortega ne peut plus acheter le même soutien à l’intérieur du pays comme il l’a fait. Depuis le 18 avril lorsque les protestations contre le président apparurent, les milieux d’affaire s’employèrent à le pousser dehors.

Plus grave, bien que M. Ortega dirige la police et les forces armées, les militaires sont restés très neutres et pourraient bien jouer un rôle central lors d’une transition. Ils sont moins cooptés que dans l’armée vénézuélienne. Elle est en outre plus indépendante que l’armée cubaine où la révolution est institutionnelle.

"L’armée du Nicaragua est, à de nombreux égards, l’inverse de celle du Venezuela." déclare Evan Ellis, Professeur d’études latino-américaines à l’US Army College. "Elle a commencé comme une force révolutionnaire et a progressivement évolué vers une armée plus institutionnelle et plus professionnelle. L’armée vénézuélienne fut d’abord professionnelle et institutionnalisée, mais depuis elle est devenue plus corrompue."

Aucun changement ne devrait apparaître de sitôt. Après tout, les dictatures caribéennes durent historiquement longtemps. Le régime cubain a duré presque soixante ans, le Venezuela dix-neuf et le dernier passage de M. Ortega comme président onze ans.

Mais la condamnation internationale se confirme, spécialement pour le Venezuela qui a été interpellé par les juges de La Haye pour de présumés crimes contre l’humanité. Le côté positif de cette situation désespérante et de plus en plus rare dans cet hémisphère est que sur cette question nombre de pays font cause commune avec les USA.

Source : John Paul Rathbone dans le Financial times.

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