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Poutine, Sentsov et le B9

Chronique du 19 juin 2018

Oleg SentsovLa chronique des "Trois mots" de Charles Hægen dans l'hedomadaire alsacien-mosellan L'Ami Hebdo - der Volksfreund daté du 17 juin est consacrée à un tour d'horizon international intitulé "Trois mots sur Donald, Kim, Vladimir et Erdogan", dont nous extrayons deux aspects qui assombrissent quelque peu la grande fête du ballon rond organisée par le régime moscovite : la détention du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov et la demande du groupe B9 des pays d'Europe baltique, centrale et balkanique libérés de l'Empire soviétique :

Le courant dominant, note le chroniqueur de L'Ami-Hebdo, se félicite, avec Vladimir Poutine,  de l’ouverture le jeudi 14 juin  de la coupe du monde de football en Russie. Une autre fête. 

Il convient de ne pas oublier le sort du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, lequel purge une peine de vingt ans de prison dans un lieu de détention du Grand nord russe. Agé de quarante et un ans, Sentsov est né en 1976 à Simferopol, en Crimée. Il a été remarqué pour son long-métrage Gaamer (2001), projeté au Festival international du film de Rotterdam en 2012. Il rejoint les activistes du mouvement Euromaïdan en novembre 2013. Durant la crise en Crimée en 2014, il porte assistance aux militaires ukrainiens assiégés dans leurs bases par les Russes. Arrêté le 11 mai 2014, suspecté de préparer des actes terroristes, il est détenu par le FSB, avec quatre ressortissants ukrainiens. Après une détention de trois semaines, une note du FSB accuse les Ukrainiens d’être "membres d’une organisation terroriste" et d’avoir préparé des explosifs pour faire sauter le mémorial de Lénine à Simferpol et d’avoir nourri le projet d’incendier les bâtiments administratifs de la communauté russe de Crimée et du parti "Russie Unie" à Simferopol.

Sentsov est détenu dès le 19 mai 2014 à la prison de Lefortovo à Moscou. Des cinéastes du monde entier comme Agnieszka Holland, Ken Loach, Mike Leigh et Pedro Almodovar adressent une lettre demandant sa libération à Poutine, lequel fait la sourde oreille. Détention sans cesse prolongée. Les Russes empêchent les autorités ukrainiennes de le contacter. L’Union européenne et les Etats-Unis demandent vainement sa libération. Le 25 août 2015, Sentsov est condamné à vingt ans de prison pour "terrorisme" et "trafic d’armes" au terme d’un procès qualifié de "stalinien" par Amnesty International et dénoncé par Kiev, l’Union européenne et les Etats-Unis. Le 14 mai dernier, Sentsov entame une grève de la faim pour exiger sa libération et celle d’autres "prisonniers politiques" urkainiens détenus en Russie. Il se dit prêt à mourir en prison.

Poutine ne peut ignorer que le cas de Sentsov contribue à entretenir l’image sombre de la Russie alors qu’elle se trouve sous les projecteurs. Il a évoqué récemment lors d’un échange téléphonique avec son homologue ukrainien Petro Porochenko un éventuel "échange de prisonniers" entre l’Ukraine et la Russie.  Nul ne sait si la mesure touchera Sentsov. Celui-ci a reçu de nombreux soutiens. Des actions de protestation ont été organisées en Europe et aux Etats-Unis. Ces jours derniers, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé l’Union européenne et le G 7 "à soutenir" Oleg Sentsov. Des dizaines d’écrivains ont appelé à sa libération, dans une lettre envoyée à Poutine avant le coup d’envoi du Mondial, ces jours derniers. Parmi les signataires : la romancière canadienne Margaret Atwood et le romancier et scénariste britannique Ian McEwan. En France où l’essayiste Michel Eltchaninoff (*) s’était rendu à l’Ambassade de Russie avec une délégation pour demander sa libération, les quotidiens Libération, La Croix et Le Monde ont récemment attiré l’attention sur son injuste sort.

Le sommet de l’OTAN, prévu pour les 11 et 12 juillet à Bruxelles, aura à se prononcer sur une demande de lla Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la République Tchèque.

Leur déclaration commune appelle le sommet de l’OTAN à renforcer l’unité de l’alliance et à préparer une réponse à la menace "hybride". Allusion directe aux «tactiques" qui ont permis à la Russie d’annexer la Crimée au printemps 2014, en alliant désinformation, menaces sur des infrastructures civiles et intervention à couvert de forces spéciales.

Les dirigeants du groupe "B 9" souhaitent que le prochain sommet donne une réponse intégrale aux menaces actuelles. Ils insistent sur la nécessité de refuser la fragmentation du flanc oriental et de ne pas oublier l’importance de la mer Noire. Ils réaffirment la doctrine de l’OTAN sur la Russie, alliant dissuasion et ouverture au dialogue politique, et l’engagement à consacrer 2 % du PIB à la défense. De quoi déplaire à Poutine, mais aussi à Trump qui ne cesse de répéter qu’il entend réduire les dépenses militaires des Etats-Unis.

Note : (*) Auteur de Dans la tête de Vladimir Poutine, Solin/Actes Sud, Arles, 2015.

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