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PCF : Ian Brossat n° 1 de la liste aux européennes

Chronique du 6 juin 2018

Ian Brossat n° 2 de l'équipe Hidalgo sera n° 1 de la liste PCFLe 3 juin, lors du conseil national du PCF, Ian Brossat était désigné chef de file pour les européennes de 2019. À seulement 38 ans, et nonobstant une déjà longue carrière politique, le maire adjoint au logement, souligne Pauline Graulle dans Médiapart, à la mairie de Paris fait figure de star montante chez les communistes :

Il incarne ces "nouveaux visages" que le secrétaire national, Pierre Laurent, veut mettre en avant. Et visiblement, au PCF, tout le monde a envie de changement : "Ma désignation a fait la quasi-unanimité au conseil national", se réjouit l’intéressé.

Place du Colonel-Fabien, le malaise couve pourtant depuis des mois. Et plus le congrès, qui sera organisé à l’automne, se rapproche, plus le climat se tend. La perspective des élections européennes de 2019 n’apaise rien, au contraire : le parti, très affaibli, pourrait se voir obligé de faire alliance. Mais avec qui ? Le débat divise une nouvelle fois les communistes, entre les "mélenchono-compatibles", les pro-Benoît Hamon, et les partisans d'une liste autonome…

Le week-end dernier, le fossé s’est encore creusé. À l’ordre du jour du conseil national était inscrit le vote de la "base commune", ce texte destiné à porter les grandes orientations de la direction au prochain congrès dit "extraordinaire" qui aura lieu du 24 au 26 novembre à Ivry-sur-Seine (94). Mais patatras : la "base commune" a été adoptée par moins de 50 votants sur les 170 qui composent le parlement du parti. Seuls 90 délégués environ ont participé au vote – officiellement à cause de la grève à la SNCF qui aurait empêché plusieurs cadres du parti de se rendre à Paris. Parmi eux, 42 ont voté contre ou se sont abstenus. De mémoire de communiste, on n’avait jamais vu une "base commune" aussi mal adoptée.

L’affaire résonne comme une énième gifle pour Pierre Laurent, qui brigue un troisième mandat à la tête du parti. Après le désastre électoral des législatives (le vote communiste a rassemblé 600 000 voix sur toute la France, soit "le score le plus bas de son histoire législative", selon l’historien Roger Martelli), le secrétaire national est plus que jamais contesté.

Mi-février, une trentaine de jeunes dirigeants du parti, dont plusieurs de ses très proches, comme Anne Sabourin, Ian Brossat ou Igor Zamichiei, avaient publié une tribune cinglante demandant à la direction de mettre "toutes les questions […] sur la table, sans céder aux tendances qui rétrécissent le débat et sans tabou aucun sur notre projet et notre stratégie, jusqu’aux femmes et aux hommes qui se verront confier la tâche d’animer la nouvelle ambition qui sera fixée".

Deux jours plus tard, lors du conseil national du 10 février, les cadres du parti avaient carrément refusé de voter la composition de la commission d’organisation du congrès proposée par la direction. Là encore, l’atmosphère sous la coupole d’Oscar Niemeyer avait été électrique…

Quelle mouche a donc piqué les communistes, d’ordinaire si loyaux à leur secrétaire national ? Le contenu de la "base commune" a fait déborder le vase. Dans toutes ses dimensions, la ligne politique avancée par la direction apparaît très en deçà de la "rêvolution" – le mot d’ordre donné au congrès, avec un accent circonflexe parlant – annoncée.

"Le côté ‘‘je vais bien, tout va bien’’ qui apparaît dans le texte dénote un manque total de lucidité sur la situation du parti, alors qu’on aborde le congrès de la dernière chance", déplore la députée communiste Elsa Faucillon, élue en mai 2017. "Le congrès est censé être ‘‘extraordinaire’’. Mais avec ce texte cafouilleux et contradictoire, parce qu’il veut mettre d’accord tout le monde, on sait d’avance que rien ne va changer", abonde Frédérick Genevée, membre du comité exécutif du parti.

Sur la stratégie, là encore, rien de nouveau à l’horizon : "Il y a quelques années, on faisait le Front de gauche, aujourd’hui, la seule proposition, c’est la constitution de ‘‘fronts de lutte’’, c’est-à-dire un parti seul qui trouve des partenaires politiques en fonction des moments. C’est désespérant", ajoute Elsa Faucillon.

Avec plusieurs autres membres du conseil national, qui ont en commun de vouloir un rapprochement avec La France insoumise, elle a publié, lundi, sur les réseaux sociaux, une tribune au vitriol, prélude au "texte alternatif" (et donc concurrent) au texte de la direction sortante qu’ils entendent désormais présenter. Ils dénoncent un manque d’ambition tel que "le résultat est un texte que nous aurions pu écrire pareillement il y a dix ou vingt ans pour un congrès tout à fait ordinaire", alors que l’heure devrait être, selon eux, "à l’invention, à l’audace, à l’ouverture aux autres".

Génération.s plutôt que FI. À l’autre bout du parti, on n’est pas plus satisfait. "Dans la ‘‘base commune’’, il n’y a aucune idée à la hauteur de la crise politique actuelle, estime l’économiste Frédéric Boccara, tenant d’une ligne "identitaire", mais pour une fois sur la même longueur d’ondes qu’Elsa Faucillon et ses camarades. Rien sur la manière dont on se réarme face aux banques, rien sur la répartition de l’argent, rien, même, sur ce que doit être la priorité politique aujourd’hui. Tout cela manque de courage, de prise de risque. Ça ne tient pas la maison d’être un barycentre ! »

Dans l’idée de se faire entendre, il menace de déposer, lui aussi, un "texte alternatif", avec pourquoi pas, certains communistes influents, comme le député du Puy-de-Dôme et patron du groupe GDR à l’Assemblée, André Chassaigne. Proche de ces deux-là, Igor Zamichiei, homme d'appareil de 32 ans qui dirige la puissante fédération de Paris, et dont les soutiens estiment qu’il ferait un excellent secrétaire national, a lui aussi voté contre la base commune. Mais sans aller, pour l’instant, jusqu’à déposer un texte alternatif.

À un an du scrutin, les européennes rouvrent aussi les cicatrices de la bataille interne, démarrée en 2011, entre pro et anti-Mélenchon. Mais aussi avec les défenseurs de l’autonomie qui, à l’instar de Frédéric Boccara, plaident pour que le parti se reconstruire seul avant d’envisager des stratégies d’alliance.

Dans ce contexte, la désignation de Ian Brossat comme chef de file pour les européennes est pour le moins significative. Si l’adjoint d’Anne Hidalgo a pour atout son allant, il est aussi l’incarnation de la vieille stratégie d’alliances entre le PS et le PCF. Sa désignation "indique bien la fin de toute perspective de discussion avec la FI. Il est le symbole de la discorde qui mit fin au Front de gauche à la suite de la décision des communistes parisiens de s’allier au premier tour avec Anne Hidalgo", écrit Catherine Tricot, une très bonne connaisseuse de la maison communiste, dans le trimestriel Regards.

Sa plasticité avec la social-démocratie arrange en tout cas la place du Colonel-Fabien, qui entretient d’exécrables relations avec la direction de La France insoumise et lorgne depuis plusieurs mois du côté de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon. Sur la forme, il est de notoriété publique que Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon sont en froid tandis que Benoît Hamon et le patron du PCF semblent filer le parfait amour (comme ici, au Tréport).

Sur le fond, la ligne politique choisie par la FI aux européennes est vertement critiquée par la direction du PCF, Pierre Laurent ne perdant jamais une occasion de fustiger son "populisme" et son "souverainisme". Lundi, lors d’une conférence de presse, le sénateur de Paris suggérait même que la FI pourrait finir par ressembler au Mouvement Cinq Étoiles italien…

Dans ce contexte, Ian Brossat semble présenter le C.V. idéal pour mettre en place l’alliance PCF-Génération.s. Ce qu’il ne nie pas : "La situation à gauche est pire qu’il y a un an. Moi, je suis pour le rassemblement le plus large possible, or la FI est dans une logique identitaire, ne veut pas discuter avec nous. Alors oui, de fait, on pense plus à un rassemblement avec Génération.s qu’avec FI."

Pas de quoi convaincre Elsa Faucillon, qui estime que le PCF n’a pas tout fait pour l’union. "La candidature de Ian, qui est par ailleurs un excellent militant, pugnace et moderne, est une manière de se sortir à bon compte d’un rapprochement avec la FI. Si Jean-Luc Mélenchon a, il est vrai, plusieurs fois fermé la porte, nous n’avons fait aucun geste non plus", avance celle qui estime que "cette espèce de choix Génération.s plutôt que FI est un choix mortifère : on ne doit pas reproduire les schémas d’une union de la gauche à l’ancienne, il faut s’adresser à tout le monde."

À Ian Brossat, désormais, conclut dès lors Médiapart, de s’y employer.

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