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Turquie : la Une du Point et les menaces turques

Chronique du 30 mai 2018

la couverture du PointLe 24 mai l'hebdomadaire Le Point consacrait un dossier, et sa couverture, à la dérive dictatoriale régime turc et de Recep Tayyip Erdogan candidat à sa propre réelection

Le 25 mai dans l’après-midi, dans le Vaucluse, un commando d'une dizaine d’hommes venaient exiger le retrait de la couverture de l’hebdomadaire contre un kiosquier du centre-ville du Pontet. La suite de cette scène a été diffusée en vidéo sur la page Facebook de réinformation la Turquie contemporaine : on peut voir des militants déployant une banderole à l’effigie du président turc cependant qu’un employé de JCDecaux "venu spécialement  de Marseille" se charge de retirer l’affiche du Point.

Le site internet de L'Obs signalait l'événement dès le 25 mai.

Le journal La Provence le 27 mai décrivait ainsi la situation tendue et la suite des événements qui en sont résulté dans cette ville:

Une vingtaine de gendarmes de la compagnie d'Avignon dont ceux du Psig se sont déployés cet après-midi sur la place Joseph-Thomas en plein centre ville du Pontet. À la demande du maire, la Une du magazine Le Point consacrée à "Erdogan, le dictateur" a été remise en place dans la sucette publicitaire par l'annonceur JC Decaux, au kiosque à journaux. Des membres de la communauté turque se trouvaient aussi sur les lieux.

Les pro-Erdogan demandaient aux élus présents sur place et au directeur de cabinet du maire Joris Hébrard, Xavier Magnin, de retirer à nouveau cette Une. Ce dernier leur a annoncé qu'il n'accéderait pas à leur demande en raison de la liberté d'expression. La situation était très tendue et certains membres de la communauté auraient menacé de revenir ce samedi soir s'installer sur la place. Un dispositif de gendarmerie pourrait rester en place tout le week-end.

Le dispositif de gendarmerie a finalement été levé vers 18 heures. Les membres de la communauté turque qui réclamaient le retrait de l'affiche ont, semble-t-il, quitté la place Joseph-Thomas. La nuit prochaine, des rondes associant les policiers municipaux et les gendarmes de la compagnie d'Avignon vont être organisées pour surveiller le kiosque à journaux.

À la question de Sébastien Le Fol (@sebastienlefol 26 mai 2018), directeur de la rédaction du Point, "Dites donc @JCDecaux_France une réaction à cette vidéo hallucinante? Est-ce bien l’un de vos agents qui retire l’affiche du Point ?" voici ce qu'a répondu sur Twitter MédiaKiosk (@mediakiosk_)dès le 26 mai, la filiale de JCDecaux dédiée à la gestion des kiosques: "Il s'agit au Pontet d'un cas isolé" (...) "La liberté de la diffusion de la presse et son affichage sont indissociables" (...) "MédiaKiosk, filiale de@JCDecaux_France, ne dessaffiche jamais les campagnes presse car seul le ministère de l’intérieur a le pouvoir d’interdire une publication. La campagne d’affichage du Point est donc bien maintenue sur tout le territoire".

Le "cas isolé" se reproduisait pourtant le même jour à Valence. Voici comment le décrit le site du Dauphiné Libéré le 28 mai:

Valence : des pro-Erdogan ont forcé un kiosquier à enlever des affiches du Point.

Il s’avoue « traumatisé ». Ce samedi 26 mai, Eric Chabot a été intimidé par des partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan. Menacé à plusieurs reprises dans la journée, le kiosquier situé sur les boulevards de Valence a finalement retiré deux affiches représentant la Une du Point. Celle-ci qualifiait le président turc de « dictateur », ce qui n’a pas plu à ses sympathisants. Une scène similaire s’est déroulée au Pontet, dans le Vaucluse.

Sur une vidéo amateur filmée par les pro-Erdogan et publiée sur les réseaux sociaux, on voit le kiosquier valentinois retirer les deux affiches sous la contrainte. Des paroles du président turc ont été ajoutées en fond sonore.

Le 28 mai Emmanuel Macron jugeait dès lors "parfaitement inacceptable" que des affiches du Point soient retirées des kiosques :

Il est parfaitement inacceptable que des affiches de @LePoint soient retirées des kiosques de presse au motif qu’elles déplaisent aux ennemis de la liberté, en France comme à l’étranger. La liberté de la presse n’a pas de prix : sans elle, c’est la dictature.
20:27 - 28 mai 2018

Le 29 mai le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, osait lui répondre ceci sur son compte twitter :

✔ @MevlutCavusoglu La démocratie ne se limite pas à l’acceptation d’insultes et de mensonges, c’est aussi la prise en compte des sensibilités de l’autre. Au-delà c’est de l’hypocrisie. Et c’est face à cela que la communauté turque de France exprime sa réaction citoyenne et démocratique. …
15:27 - 29 mai 2018

Le 30 mai, ladite "réaction citoyenne et démocratique" (sic) se reproduisait à Nîmes :

Vers 11h30 mercredi, "un ressortissant turc en survêtement noir d'une soixantaine d'années est venu dans le magasin et nous a demandé de retirer les affiches sur lesquelles figurait la Une du Point avec Erdogan", a expliqué ce responsable d'un tabac-presse de Nîmes qui ne veut pas être nommé pour des raisons de sécurité. Le kiosquier relate que l'homme lui a dit "'Si vous n'enlevez pas les affiches, on vient dans l'après-midi et on casse tout'".

"Il ne faut pas se laisser faire". Avant ces menaces, le commerçant explique il est sorti avec lui en lui expliquant "que c'était une société privée qui gérait l'affichage" sur son magasin et qu'il "n'avait pas les clefs pour enlever les affiches". "Moi je refuse d'enlever ces affiches par rapport à la liberté de la presse. Je suis diffuseur donc je suis solidaire de la presse", a poursuivi le commerçant. "Mais on m'a conseillé de les enlever... Là on est en train de les plier proprement dans le magasin et on attend de voir si on les remet ou pas", sous la surveillance de la police, ajoute le commerçant qui a aussitôt prévenu les forces de l'ordre. "Il ne faut pas se laisser faire. On a encore la liberté d'écrire ce que l'on pense que ça plaise ou pas", s'insurge le kiosquier.

 

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