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La CGT en marche … arrière

Chronique du 18 mai 2018

le camarade MartinezLe 16 mai, la CGT appelait à la manifestation du 26 mai. Elle accepte ainsi de se retrouver aux côtés d’associations comme Attac et la fondation Copernic, ou d’autres syndicats, comme la FSU mais aussi des partis politiques d'obédience marxiste ou d'extrême gauche comme La France insoumise, EELV, NPA, le PCF… Radio Classique s'étonnait, comme s'il s'agissait d'une nouveauté, car un tel rapprochement contredit la charte d'Amiens de 1906. On omet de remarquer que celle-ci a été abandonnée depuis bien longtemps par la centrale de Montreuil. De son côté Fanny Guinochet excellente chroniqueuse de L'Opinion, note, de façon plus pertinente, que la promiscuité fatale se manifeste "pour la première fois récemment" (sic). Mais elle qualifie cette participation, - qui ne fait jamais que ce que la CGT fait depuis 70 ans et la prise de contrôle par le PCF en 1943 à la faveur de la clandestinité - de "vraie révolution". Le journal y voit "un aveu criant de faiblesse" et "un virage politique" de Philippe Martinez. Toujours est-il qu'il s'agit de dénoncer la politique d’Emmanuel Macron.

"Compte tenu de l’urgence sociale, la CGT a pris la décision de construire cet appel avec d’autres organisations syndicales, associatives et politiques dans le respect des périmètres d’intervention et des prérogatives de chacune des organisations", peut-on lire dans un communiqué.

Le syndicat de Philippe Martinez appelle à "une marée populaire". "Compte tenu de l’urgence sociale, la CGT a pris la décision de construire cet appel avec d’autres organisations syndicales, associatives et politiques", explique le communiqué. Avant d’ajouter : "La CGT reste ainsi fidèle à ses principes d’indépendance".

Il n’empêche, cette décision de se rallier à une mobilisation – en week-end – décidée par des partis politiques est une petite révolution. Si certains en doutaient encore, c’est la preuve que la CGT ne se place plus uniquement sur la défense des salariés, et cherche à se positionner comme un opposant direct à Emmanuel Macron.

Soit un retour en arrière. Entre 1947 et les années 1990, le Parti communiste français contrôlait tous les rouages du syndicat. Depuis, considère L'Opinion, la CGT s’était – non sans mal – éloignée, au moins officiellement, de tout mouvement politique. C’est Louis Viannet, le patron de la CGT de 1992 à 1999 (décédé en octobre dernier) qui fut l’artisan de ce divorce. Non seulement, il démissionna des instances dirigeantes du PCF, mais il modifia en plus les statuts pour en retirer la notion de "syndicats de lutte des classes".

Adepte du "syndicalisme rassemblé", Louis Viannet avait été celui qui avait repris contact avec la CFDT et avait contribué à sortir la CGT de son isolement. Son successeur, Bernard Thibault, avait suivi cette ligne, tentant de mêler négociation et contestation. La CGT s’était alors imposée comme un interlocuteur respecté dans le paysage social. Elle savait se faire entendre du gouvernement.

Extrême gauche. La CGT de Philippe Martinez rompt avec ce positionnement. Et, pour le numéro un du syndicat, c’est le signe d’un aveu de faiblesse patent. Dès son arrivée dans des conditions compliquées – après la succession ratée de Bernard Thibault et le bref passage de Thierry Lepaon à la tête de la centrale –, Philippe Martinez avait été taxé d’être trop proche de l’extrême gauche. Le choix de sa directrice de cabinet, Elsa Conseil, venue du NPA en était l’expression. Les militants les plus réformistes avaient d’ailleurs été éloignés des instances internes…

Mardi après midi, les débats autour de la journée du 26 mai, ont été vifs à Montreuil. Mais le vote a été sans appel : plus de 70 fédérations auraient estimé nécessaire d’être présentes dans les cortèges. Moins d’une dizaine aurait voté contre. Plusieurs dirigeants de fédération ont observé que loin de tout appel officiel, les adhérents CGT étaient déjà nombreux dans les mobilisations de La France insoumise ; le risque était que l’appareil soit dépassé par sa base. À Marseille, lors des dernières manifestations, le représentant local de la CGT s’était par exemple affiché main dans la main avec Jean-Luc Mélenchon, sans que personne n’y trouve à redire.

Philippe Martinez avait toutefois toujours refusé cette "alliance". Il avait même cultivé la distance avec La France Insoumise qui n’avait eu de cesse de lui faire des appels du pied. Jean-Luc Mélenchon était autorisé à défiler lors des journées d’action de la CGT, mais il avait interdiction de figurer dans le carré de tête. Le syndicaliste avait aussi refusé de venir à "la fête à Macron", le 5 mai dernier, préférant se concentrer sur le 1er mai, lors de la fête du Travail.

Affaissement. Pourquoi ce changement aujourd’hui ? "Parce que la CGT est perdue et mesure chaque jour avec effroi, son affaissement, explique un bon connaisseur de la centrale de Montreuil. La CGT peine à obtenir une victoire, comme le montre le conflit à la SNCF qui s’embourbe".

Le 15 mai, Leïla de Comarmond, dans Les Échos, révélait que la centrale a perdu 30 000 adhérents en quatre ans passant de 688 986 adhérents à 695 424 adhérents en 2012, 688 986 en 2013, 688 093 adhérents en 2014, 676 165 adhérents en 2015, 664 350 adhérents en 2016…

Un coup rude après avoir déjà cédé, l’année dernière, sa première place dans le secteur privé, au profit de la CFDT. L’éloignement avec le syndicat de Laurent Berger promet d’être encore plus marqué, surtout alors que se profilent les élections professionnelles dans le public à la fin de l’année.

Le 17 mai, dans les locaux de la CGT, une conférence de presse présentait cette journée de mobilisation dont la forme est calquée sur ce qui se pratique en Espagne. "Les marées citoyennes", organisées par l’opposition, sont légion. Elles prennent parfois des couleurs, la marée verte pour la défense de l’éducation universelle et gratuite, la marée blanche contre la privatisation du système de santé, la marée violette pour défendre les droits des femmes… Le 26 mai, Philippe Martinez croisera les doigts, conclut L'Opinionpour que les drapeaux rouges de la CGT soient les plus nombreux possible.

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