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Colombie : les FARC 18 mois plus tard

Chronique du 15 mai 2018

Colombie : on a célébré Santos et son accord avec les FARC  
18 mois plus tard, le désenchantement …Fin 2016, le 24 novembre, était signé un nouvel accord de paix entre les guerilleros des FARC et le président Santos. Celui-ci avait reçu dans cette perspective, le 7 octobre un prix Nobel de la paix. Le peuple colombien, à une courte majorité de 50,21 % contre 49,79 %, lors du référendum du 2 octobre 2016, en avait désavoué la première mouture signée à La Havane. Le deuxième texte ne fut pas soumis à référendum mais fut ratifié par le parlement de Bogota.

On découvre aussi, 18 mois plus tard, par un reportage de Marie Delcas, envoyée spéciale du Monde dont on trouvera ci-dessous des extraits que "les anciens guérilleros éprouvent des difficultés à se réinsérer dans la vie civile" en raison, selon la journaliste du Monde "du retard pris dans les projets de développement rural" :

(…) Dans les modestes baraquements construits par le gouvernement colombien, d’anciens guérilleros, affalés dans leurs lits, regardent la télé. Six jouent au billard sous le toit de tôle de la salle communale. Jorge, qui tient la petite épicerie coopérative, a le regard dans le vide. La tristesse règne, vendredi 26 avril, dans l’espace territorial de formation et de réincorporation (ETCR) de Mesetas, dans le département du Meta. "Qu’est-ce que je regrette du maquis ?", répète Jorge pensivement avant de répondre : "Tout."

Blotti au pied de la cordillère des Andes, à sept heures de route de Bogota, l’ETCR de Mesetas est un des 26 camps du pays où quelque 7 000 guérilleros démobilisés des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont commencé leur difficile retour à la vie civile.

Le responsable local, Aldinever Morantes, 42 ans, ne cache pas son exaspération. "La paix va mal. Nous, les guérilleros, nous avons tenu parole et rendu nos armes, toutes nos armes. Mais le gouvernement, lui, ne tient pas ses engagements, s’indigne-t-il. Où sont les fonds promis pour que nous puissions commencer à monter des coopératives et à travailler ?"

[à noter que ce parti des FARC a reçu un échec cuisant aux élections démocratiques]

Aldinever Morantes était commandant du Front 53 des FARC, qui opérait dans la région. Il est aujourd’hui membre de la direction politique du parti de la Force alternative révolutionnaire de Colombie (FARC), reconversion de l’ancienne guérilla après l’accord historique de paix signé en novembre 2016.

D’un geste du bras, l’ancien guérillero, qui a passé vingt-six ans de sa vie une mitraillette à l’épaule, montre les petites plantations de canne à sucre et de manioc, l’élevage de poissons et les micropotagers qui poussent entre les baraquements. "Tout ça, nous l’avons planté sans l’aide de personne, en utilisant notre maigre pension", explique-t-il. L’accord de paix a prévu pour tous les démobilisés une indemnité mensuelle de 702 000 pesos (200 euros) pendant deux ans. Pour recevoir cet argent, les ex-guérilleros ont dû ouvrir un compte en banque. La plupart n’avaient jamais eu une pièce d’identité.

Pour le démarrage des "projets productifs" qui leur permettront de subvenir à leurs besoins, le gouvernement s’est engagé à verser 8 millions de pesos à chacun d’entre eux. Mais rien n’a encore été mis en place. La situation des anciens rebelles est d’autant plus précaire que l’accord de paix a bizarrement oublié de leur attribuer des terres.

Les livraisons d’aliments payées par le gouvernement doivent prendre fin en juin. "Sans terre et sans argent, comment allons-nous survivre ?", se demande Aldinever Morantes, en colère. La coopérative dont il fait partie voudrait monter un centre d’écotourisme. "Les sentiers sont là pour recevoir des randonneurs du monde entier", dit-il en désignant du doigt la montagne sombre. Les guérilleros qui ont crapahuté par monts et par jungles pendant un demi-siècle connaissent comme personne ces territoires isolés du monde.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est venu ici, à Mesetas, en janvier, constater l’avancée du processus de paix avec la plus vieille guérilla de la planète. A cette occasion, M. Guterrez avait déclaré : "Il faut de la patience. La paix est un défi énorme qui ne se construit pas d’un instant à l’autre." Le président de la République de Colombie, Juan Manuel Santos, ne cesse de le répéter. Sans convaincre. Dans trois mois, il quittera le pouvoir.

Avec sept de ses anciens camarades d’armes, Alberto, 37 ans, a créé une petite coopérative pour travailler le lopin de terre adjacent aux baraquements "en attendant mieux". Tous les mois, il achète un cochon. Comme Jorge, il regrette la camaraderie et la discipline qui régnaient dans le maquis. "On était ensemble tout le temps, solidaires, se souvient-il. On n’avait besoin de rien, pas même d’argent, parce que l’organisation nous donnait tout."

Il y a huit mois encore, les ex-guérilleros couchaient sous leur bâche de plastique vert, ils mangeaient dans la cuisine communautaire et prenaient leur douche ensemble. Les logements en carton-pâte et les vrais WC ont amélioré leur quotidien. Mais la vie de groupe s’étiole, faute de projet collectif. Alberto poursuit avec nostalgie : "Dans le maquis, si quelqu’un désobéissait, il était puni. Et même fusillé. Aujourd’hui, il est exclu du parti."

Jessica, 27 ans, ne regrette rien. "Les FARC ont tué mes parents par erreur, raconte-t-elle. Alors ils m’ont pris avec eux. J’avais 9 ans. Ils m’ont donné un fusil." (…)

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