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Tchétchénie : un vivier de l'islamo-terrorisme

Chronique du 14 mai 2018

En janvier 2015 Ramzan Kadyrov manifestait contre Charlie Hebdo -- En mai 2018 il accuse la France d'être responsable de l'attentat de Khamzat Azimov rue Monsigny à Paris

Les attaques au couteau de la rue Monsigny ce 12 mai à Paris n'ont pas manqué de relancer le débat sur les fiches S. Leur auteur identifié en la personne de Khamzat Azimov était, en effet, une fois de plus, dans ce cas. Mais sa provenance, la république de Tchétchénie interpelle aussi les observateurs de l'islamo-terrorisme.

Car, indique Jean Chichizola dans un article du Figaro en ligne le 13, depuis vingt ans, les services alertent sur le risque représenté par les membres radicalisés de cette communauté :

Revendiquée par l'État islamique (EI), l'attaque de samedi était redoutée depuis longtemps par les services de renseignements. Ils soulignent en effet depuis près de deux décennies le risque représenté par des membres radicalisés issus de la communauté tchétchène en France ou étant en contact avec elle. Une analyse régulièrement confortée depuis le début des années 2000 par l'interpellation d'individus poursuivis dans des enquêtes antiterroristes visant des filières d'acheminement de volontaires vers les terres de djihad (Afghanistan, Tchétchénie, Syrie-Irak) ou des projets d'attentats dans l'Hexagone ou à l'étranger.

On se souvient ainsi, à la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 2017, de ce "vrai faux Tchétchène" français arrêté à Marseille avec un complice. Les deux hommes avaient été interpellés en possession d'armes et de plusieurs kilogrammes de TATP (explosif artisanal apprécié des terroristes islamistes). Attentat aveugle dans la Cité phocéenne, attaque d'un meeting politique ? Leur projet n'est pas connu avec certitude. Mais l'enquête a d'ores et déjà établi que le "vrai faux Tchétchène", Clément Baur, s'était converti à l'islam au contact de membres de la communauté caucasienne des Alpes-Maritimes. L'homme avait également appris le russe et le tchétchène avec succès, au point de berner un traducteur-interprète et l'administration française. Interpellé en 2015 pour faux papiers, Clément Baur s'était fait passer pour un certain Ismaïl Jabrailov, Tchétchène réfugié en Europe. Et le Français avait passé plusieurs mois à la maison d'arrêt de Lille-Sequedin en parvenant à préserver sa fausse identité et en trompant un interprète qui avait affirmé que l'accent du mis en cause indiquait qu'il était originaire d'une région bien spécifique de Tchétchénie !

Atypique, le cas de Clément Baur est loin d'être isolé. En décembre 2015, un Tchétchène de 27 ans, arrivé en France à l'adolescence avec sa famille, était interpellé à Tours et mis en examen dans un dossier antiterroriste. Alors qu'il était connu pour sa radicalisation et assigné à résidence après les attentats du 13 novembre, on avait découvert à son domicile une vidéo où il faisait allégeance à l'État islamique et un drapeau de Daech. Niant tout projet terroriste, le suspect avait menacé les policiers à plusieurs reprises. Quelques mois auparavant, les attentats de janvier 2015 avaient été suivis d'autres opérations préventives. Comme l'interpellation et la mise en examen de trois membres de la communauté qui, placés sous surveillance, avaient évoqué dans des écoutes l'intention de s'en prendre à la marche du 11 janvier 2015.

Les islamistes d'origine tchétchène ont pris place dans les groupes à risque.

Mais les services de renseignement successifs (DST-RG puis DCRI et enfin DGSI) ont tiré la sonnette d'alarme bien avant les attentats de 2015. En s'inquiétant d'abord, dans les années 2000, de l'envoi depuis la France de volontaires pour le djihad tchétchène - en 2002, la DST a ainsi démantelé une filière de combattants français et maghrébins qui avaient fait le voyage et voulaient commettre des attentats en France. En alertant ensuite sur le développement de noyaux islamistes radicaux dans la communauté installée en France. Les deux guerres de Tchétchénie (de 1994 à 1996, puis à partir de 1999) ont en effet entraîné un flux régulier de réfugiés fuyant vers l'Europe des combats féroces et une répression très dure, documentée par les organisations internationales de défense des droits de l'homme (tortures, viols, détentions arbitraires, exécutions sommaires…). Un flux entretenu également par la main de fer de l'actuel dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, soutenu par Moscou. Au sein de la communauté installée en France, un peu partout sur le territoire, avec des points forts en Ile-de-France, Alsace ou encore dans les Alpes-Maritimes, des individus ont basculé dans le grand banditisme ou l'activisme islamiste. Un phénomène particulièrement ardu à gérer pour les forces de l'ordre car les communautés tchétchènes sont réputées très solidaires et relativement fermées.

Dans ce contexte, le recrutement de sources ou de simples traducteurs devient une difficulté. Au fil des ans, les islamistes d'origine tchétchène ont en tout cas pris place dans les groupes à risque, aux côtés de leurs homologues d'origine maghrébine, turque ou encore pakistanaise. Dans des endroits parfois inattendus comme à Albi, petite préfecture du Tarn, où, en 2017, un Tchétchène au profil "psychiatrique" figurait au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Il y était inscrit pour un comportement inquiétant (cri d'"Allah Akbar !"" sur la voie publique, dénonciation de psychiatres "bons pour les juifs et les mécréants"). Deux ans plus tôt, toujours à Albi, six Tchétchènes étaient interpellés et mis en examen dans une filière d'acheminement de combattants vers la Syrie. Avec la présence de quelque 1500 combattants tchétchènes, venus d'ex-URSS, du Proche et du Moyen-Orient ou encore d'Europe, le djihad irako-syrien a en effet suscité des vocations en France comme ailleurs. C'était apparemment le cas de Khamzat Azimov. Avant qu'il décide de tuer en France.

→ Lire aussi sur le site du Figaro : "Attentat à Paris: la Tchétchénie, réservoir de combattants pour l'Etat islamique"

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