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réfugiés vénézuéliens en ColombieVenezuela : la crise des migrants que l’on cache

Chronique du 3 mai 2018

Alors que, souligne dans L'Opinion Éric Le Boucher, les yeux du monde sont tournés vers les réfugiés en Syrie, les embarcations de fortune partant de Libye ou la fuite des Rohingya de Birmanie, … le drame humanitaire d’ampleur équivalente des Vénézuéliens passe sous silence :

Les opinions publiques, poursuit-il, particulièrement en France, détournent le regard en toussotant, gênées, refusant d’admettre que le modèle de la "révolution bolivarienne" d’Hugo Chavez tant admiré par Jean-Luc Mélenchon, a tourné à la ruine, à l’oppression criminelle, à la famine. Les "Insoumis" devraient regarder, reconnaître et condamner l’atroce réalité où ce pays est tombé. Il n’en est rien. Ils refusent d’en parler :

Les chiffres ne parlent pas, ils crient. L’inflation atteindra 13 000 % au Venezuela cette année, selon le FMI. La mortalité infantile a crû de 30 % l’an dernier, les décès en couche de 66 %, les cas de malaria de 76 %, selon la ministre de la Santé, Antonieta Caporole, qui a été démise immédiatement de son poste pour l’avoir dit. Quatre hôpitaux sur cinq n’ont simplement plus l’eau courante.

Les Vénézuéliens se pressent aux frontières. Ils sont 5 000 par jour, selon l’UNHCR. C’est considérable : ce nombre dépasse, chaque mois, l’ensemble de ceux qui ont quitté Cuba, 125 000, après la révolution castriste. À ce rythme, 5 % de la population quittera l’enfer bolivarien d’ici à la fin de l’année, soit 1,8 million de personnes qui rejoindront le 1,5 million déjà parti. Il s’agit du plus grand désastre humanitaire qu’a jamais connu le continent américain dans toute son histoire.

Il y a vingt ans, le Venezuela riche de son pétrole (les plus grandes réserves mondiales) était un pays d’immigration, attirant des Européens diplômés. Maintenant, tous les jours, les habitants forment des queues aux postes frontières de la Colombie et du Brésil, où leur afflux pose des problèmes exactement semblables à ceux qu’affrontent l’Italie ou la Grèce. Certains montent sur des bateaux pour rejoindre les îles de Caraïbes. Les émigrés qui le peuvent repartent ensuite pour Panama, l’Équateur, le Chili, l’Espagne ou les États-Unis. Les organisations internationales offrent de la nourriture et des soins aux migrants qui arrivent pour la plupart dans un état de grande malnutrition. Elles sont débordées. La Croix Rouge et les Nations Unies ont lancé un appel aux dons le mois dernier. L’implosion du Venezuela est devenue un désastre à l’échelle internationale. Mais chut… n’en parlez pas, cela dérange ceux qui se nomment les "Insoumis" et les médias complices.

Les principaux partis d’opposition ont déjà fait savoir qu’ils ne participeront pas à cette élection présidentielle qu’ils désignent comme une mascarade après l’arrestation de plusieurs de leurs leaders, la répression policière systématique et les morts dans les rues ou les commissariats

Mascarade électorale. Ce n’est pas fini. Des élections présidentielles devraient se tenir le 20 mai. Elles avaient été avancées (elles devaient avoir lieu régulièrement à la fin de cette année) puis repoussées et rien n’est encore sûr. Les principaux partis d’opposition ont déjà fait savoir qu’ils ne participeront pas à ce qu’ils désignent comme une mascarade après l’arrestation de plusieurs de leurs leaders, la répression policière systématique et les morts dans les rues ou les commissariats. En mars, à Valence, après un incendie aux circonstances mal éclaircies dans un local de police, 68 personnes ont été tuées. Les prisons sont, comme le reste, devenues hors de contrôle. Les organisations internationales ont elles aussi critiqué les conditions de ce scrutin, comme les États-Unis et les douze pays voisins du groupe de Lima, rompant avec la tradition de neutralité diplomatique en Amérique latine. Le Pérou a d’ailleurs refusé la venue du président Nicolas Maduro, qui a succédé à Hugo Chavez décédé en 2013, au Sommet de Amériques. Tous reprochent au président d’avoir fait réécrire la Constitution par une assemblée à sa main.

L’économie s’est littéralement effondrée, vidant les magasins, multipliant les pénuries de tout. La seule ressource qui a permis au pouvoir de tenir jusque-là est le pétrole. Mais les robinets, faute de maintenance, se ferment maintenant inexorablement. Les cours de l’or noir très bas entre 2015 et 2017 et la déroute de la compagnie nationale PDVSA ont fait subir au pays une chute de production quasiment jamais observée dans l’histoire du pétrole. Aujourd’hui tout s’accélère : entre avril 2017 et mars 2018, la production est passée de 2,8 millions de barils par jour à 1,5 million, malgré (ou à cause de) la nomination de généraux à tous les postes de la direction. Cette chute quasiment de moitié est en grande partie responsable de la remontée, ces derniers mois, du prix du baril sur le marché mondial.

Le système de santé n’existe pratiquement plus. La mortalité infantile est au niveau du Pakistan et la pauvreté est celle de Haïti ou de l’Afrique subsaharienne. Une banqueroute générale obtenue au nom de la "révolution bolivarienne"

Nœud coulant. Depuis l’automne 2017, le pays a commencé à différer les remboursements de sa dette. Il a payé Rosneft, le groupe russe appelé à la rescousse mais Pékin, qui a prêté 60 milliards de dollars à Caracas, commence à s’impatienter. Sinopec, une compagnie chinoise, poursuit PDVSA à New York pour non-paiement d’une livraison de tubes d’acier. On ignore à combien se monte le défaut global à l’égard de la Chine, on parle de 15 à 25 milliards. Mais ce qui est sûr, c’est que le nœud coulant se resserre.

En attendant l’écoulement inévitable du régime, les Vénézuéliens s’en vont, tout simplement pour ne pas mourir de faim. Le système de santé n’existe pratiquement plus. La mortalité infantile est au niveau du Pakistan et la pauvreté est celle de Haïti ou de l’Afrique subsaharienne. Une banqueroute générale obtenue au nom de la "révolution bolivarienne". Un fiasco total, aboutissement d’une rare incompétence, d’une corruption endémique, d’une morgue idéologique, du socialisme le plus imbécile. Un désastre d’idées absurdes que l’extrême gauche nous vante encore ici.

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